29.Adam♤

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Il est quinze heures, mais il fait tellement sombre dehors que j'ai l'impression qu'il fait déjà nuit il pleut averse. Pas le genre de pluie qui berce, ni le léger clapotis des gouttelettes qui viennent doucement s'écraser sur une fenêtre. Il pleut de façon brutale, violente, le vent hurle dans les rues comme s'il parcourait les maisons à la recherche d'une nouvelle victime. C'est terrifiant. Comme si j'allais mourir en mettant un pas dehors. Je crois que je suis seul chez moi parce que je n'entends aucun bruit, mise à part celui de la pluie.


Je n'ai pas envie de bouger. Je suis bien, ici dans mon lit, à penser, à Ezra, à l'imaginer heureuse et souriante, à me dire que peut-être que, là, tout de suite, elle est comme moi, dans son lit aussi...

Mon téléphone sonne. Dans ma tête évidemment, le premier nom qui me vient à l'esprit, c'est le sien. Mais il s'agit de Danny, un pote du lycée.

Je n'ai pas envie de décrocher.
J'ai loupé l'appel et je reste un instant hésitant, mais je fini par rappeler quand même parce que ça m'intrigue qu'il m'ait téléphoné.

Ça sonne et je réfléchis à toute vitesse, comme pour me préparer, parce que je n'ai pas la moindre idée de la raison de son coup de fil .

-Allô, Adam?

-Danny, t'as essayé de m'appeler ?

-Ouais.

Génial,  maintenant c'est le moment où t'es censé m'expliquer pourquoi.

Danny et moi n'étions pas proche.

-Je t'invite à une fête,que j'organise chez moi .

-Pardon ?

-Chez moi, vers vingt heures. Avec la moitié du lycée, ça te... ça te ferait peut-être du bien. Enfin, c'est surtout Cheryl et sa bande qui a insisté pour que je t'invite. Si ça tenait qu'à moi...

Ma poitrine se resserre.

-Je pense que je viendrai.

-Ouais. Sois à l'heure. Emmène pas l'autre taré, hein.
- Qui ? Lohan ?
- Non Ezra.

Il me raccroche au nez. Mais je m'en fous parce que je suis trop content, et, bon, je ne comprends pas tout, mais c'est sans importance. C'est quand même vraiment flatteur d'être invité à une soirée comme ça. J'avais l'intention de rejoindre Ezra sur le tout de sont immeuble ou nous avions pris l'habitude de nous retrouver mais, à choisir, je préfère quand même aller a la fête. C'est juste pour... Décompresser. Peut-être que ça va s'arranger, je vais y aller, m'éclater, les gens vont oublier un peu, et je rejoindrais Ezra en fin de soirée.





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Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est, mais je suis sur le point de rejoindre Ezra sur le toit de sont immeuble.Après avoir monté les nombreuses marches d'escaliers,  Je l'apercois  déjà, de loin de moi, à une centaine de mètre seulement. Elle m'a vu aussi, elle a tourné la tête, comme si elle m'avait entendu, je me demande comment elle fait ça, pour me sentir arriver, pour ressentir ma présence, c'est vraiment dingue.

Pourtant elle était concentré, à contempler le ciel , écouteurs à l'oreille et je l'ai sorti de ses pensées, alors que j'étais trop loin pour qu'elle puisse m'avoir entendu, et trop loin pour qu'elle puisse m'avoir vu. Je vais lui demander, si j'y pense, si je n'ai pas déjà oublié lorsque je serais assis à ses côtés. Pour l'instant je longe la vue, sur la ville et puis je réalise que c'est vraiment magnifique. Il pleut encore un peu, mais simplement des gouttelettes, un peu comme une brume, un brouillard d'eau, ce serait agréable s'il ne faisait pas aussi froid.

-Salut Ez

-Salut, Adam

Notre relation s'améliore de jours en jours, d'heure en heure, ça me rassure, ça me donne encore plus envie de la voir. J'ai attendu ce moment toute la journée, d'être ici sur le toit avec elle , pourtant, là, maintenant, je ne trouve pas les mots, j'aimerais lui dire tellement de choses, lui parler de moi, lui poser des questions, lui avouer que je tiens à elle, mais rien ne sort.

J'ai envie de commencer une vraie conversation, qui trottera dans ma tête toute la nuit, j'ai envie de la faire sourire même si ça me brûle de l'intérieur mais le silence est aussi agréable, nous l'écoutons à deux. Elle place un écouteur dans mon oreille,  nous fixons l'horizon, nous laissons le temps passer. Parce que nous avons tout notre temps ce soir. Nous avons tout notre temps pour toute notre vie, et même après.

-Comment t'as fait pour me sentir arriver ?

Elle a l'air de réfléchir, comme si elle-même n'en savait rien, je suppose que c'est le cas à sa mine indécise, elle a l'air d'hésiter, de peser ses mots, puis finalement elle soupire.

-J'en sais absolument rien. Je l'ai deviné, c'est tout. Je peux pas l'expliquer. Contente-toi de ça.

-D'accord.

 En même temps, avec elle rien ne me surprend. On a sûrement la relation la plus complexe qui puisse exister parce qu'on ne s'est jamais dit qu'on tenait l'un à l'autre mot pour mot. Du moins je ne lui est jamais dit que je tenais à  elle . Alors que c'est encore plus fort que ça, plus fort que tout d'ailleurs, encore plus fort qu'une parole, qu'un geste ou qu'un regard.

C'est peut-être pour cette raison qu'on ne parle pas beaucoup de nos sentiments, parce qu'on ne pourrait jamais les décrire à leur juste valeur.

Il n'y a rien qui égale ce que je ressens pour elle, à quoi bon prendre le temps de mettre des mots dessus s'ils ne sont pas à la hauteur.

- Ezra ?
- Oui?

- Je ne risque pas de tenir compagnie très longtemps.
- Pourquoi ?
- Je vais à une soirée...

Elle hoche la tête. Je n'arrive pas à savoir si elle est jalouse ou contente pour moi. Mais sincèrement, je crois que ça lui va.

Et puis je crois surtout qu'elle n'est tout simplement pas du genre à aimer les fêtes. Surtout depuis la soirée chez Cheryl.

Elle pourrait juste m'en vouloir d'y aller , de revoir les personne qui lui on causé du tord et de le laisser toute seul mais je ne crois pas que ce soit le cas parce qu'elle me regarde toujours aussi intensément.

Et ça recommence. Le temps s'arrête. Il y a une bulle qui se forme tout autour de nous, un brouillard qui nous enveloppe et nous exclue du monde extérieur, on se retrouve-là, dans le vide, juste, elle et moi, hors de tout le reste. C'est magnifique comme sensation. C'est comme si la terre s'était écroulée et qu'on était pas dessus. C'est comme si on regardait tout le petit monde autour dégringoler, et que nous on était là, juste au dessus, inatteignables. Elle tourne la tête. J'ai gagné. Je ne sais pas depuis combien de temps on se fixait, comme ça. Mais elle  a détourné le regard en premier. On joue à ça, souvent. Juste pour se laisser emporter à des kilomètres et revenir brutalement quand l'un de nous deux baisse les yeux.

Je suis resté quelques heure avec elle avant de m'en aller, la laissant seul sur le toit.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant