Chapitre 3

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La première chose que fit Ophélia une fois de retour dans son appartement fut de consulter l'horloge, qui lui apprit qu'une heure à peine s'était écoulée dans son monde depuis son départ, alors qu'elle avait passé bien plus de temps que cela en Onirie. Elle rangea son médaillon dans le tiroir et se glissa dans son lit douillet. D'un bond, Marcel la rejoignit et se pelotonna contre elle en ronronnant. Épuisée, la jeune fille ne tarda pas à sombrer entre les bras de Morphée.

Au matin, le réveil sonna bien trop tôt à son goût. Ophélia se versa une tasse de café – merci la cafetière programmable à l'avance – et attrapa un paquet de biscuits fourrés dans le placard. Pas très équilibré, cependant, après cette nuit éprouvante, elle avait la flemme de se préparer un vrai petit déjeuner. Elle emporterait un fruit pour le manger pendant sa pause, en compensation.

Une fois prête, elle se rendit à son travail. Elle occupait le poste d'assistante junior chez « À vos souhaits », une entreprise qui fabriquait des cartes de vœux. « Bonniche » aurait été un terme plus proche de la réalité. Elle servait le café, faisait des photocopies, il lui incombait la charge rébarbative d'aller chercher les classeurs poussiéreux en salle d'archives quand les designers souhaitaient s'inspirer des anciens modèles pour en créer de nouveaux.

Plutôt douée dans le domaine, Ophélia rêvait de voir ses propres dessins imprimés sur des cartes, or elle était trop réservée pour mettre son œuvre en avant et trop transparente pour que sa hiérarchie s'intéresse vraiment à elle et à ce qu'elle pourrait apporter à l'entreprise. Au moins, elle était payée au SMIC, se consolait-elle, contrairement aux stagiaires qui, bien que la direction leur confiât des tâches autrement intéressantes que les siennes, ne touchaient qu'une maigre rémunération, bien trop contents de pouvoir acquérir de l'expérience dans un domaine qui les passionnait pour se plaindre.

Elle arriva pile à l'heure et mit immédiatement du café à chauffer afin qu'il soit prêt au moment où son patron, M. Du Ventoux, ferait son apparition.

Sa collègue Mylène, secrétaire de direction, entra dans le bureau qu'elles partageaient.

— Salut, comment vas-tu ?

— Comme un lundi, répondit Ophélia.

— Tu as les traits tirés. Mauvaise nuit ?

— Oui et non, fit la jeune fille, évasive, en songeant aux aventures qu'elle avait vécues. Un poil courte, on va dire.

— Tu fais de l'insomnie ? Tu as essayé le lait chaud ? Les tisanes ? Le yoga ?

Ophélia pouffa en secouant la tête.

— Non, je me suis simplement couchée tard. J'avais plein de trucs à faire.

— Ah.

Mylène ouvrit son agenda et consulta son planning du jour.

— Ah oui, j'avais oublié, il y a un séminaire aujourd'hui, dit-elle.

Ophélia grimaça. Pour elle, cela signifiait aller chercher les croissants, puis les sandwiches, préparer la salle de conférence et la ranger en fin de journée, donc quitter le bureau plus tard que d'habitude. Pas qu'elle ait une foule d'activités prévues ce soir-là, cependant elle espérait pouvoir passer à la bibliothèque consulter des ouvrages sur la navigation et la pêche en mer, afin de s'informer sur son nouveau métier et ainsi éviter de fournir à son équipage des occasions supplémentaires de la prendre pour une buse. D'un autre côté, elle aurait l'opportunité de travailler sur ses propres projets puisque tout le personnel serait trop occupé pour faire attention à elle.

La jeune fille alluma son ordinateur et se rendit sur sa messagerie.

— Il y a une grève prévue le mois prochain, l'informa Mylène, en train de lire ses e-mails elle aussi.

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