Chapitre 2

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À cette heure tardive, le port était désert et tranquille. Les bateaux amarrés paraissaient endormis, les plus légers se balançant doucement, portés par le remous. Une fine brume effleurant la surface conférait à la scène un aspect surnaturel.

Ophélia attacha son vélo à un poteau et s'engagea sur la jetée, cherchant « La Voie des Anges » parmi les navires à quai.

— Zigomar, souffla-t-elle, lequel est-ce ?

Dans une nuée de paillettes, le poisson-perroquet s'extirpa du médaillon et se percha sur son épaule.

— « La Voie » ne se trouve pas dans le monde des humains. Il faut d'abord ouvrir le passage vers l'Onirie.

— Et comment je fais ?

— Tiens-le au-dessus de la tête et imagine que tu rentres chez toi.

— Facile à dire, c'est ici chez moi !

— Ah oui, mince. J'avais omis ce détail. Et tu es la seule à pouvoir le déverrouiller. Bon, voilà ce que nous allons procéder : je vais te décrire l'Onirie et tu vas essayer de t'y projeter mentalement, cela devrait marcher.

— Ok.

Fermant les yeux pour mieux se concentrer, Ophélia écouta la voix de Zigomar la guider. En Onirie, la nuit régnait en permanence, cependant la lune et les étoiles apportaient suffisamment de lumière pour qu'on y voie aussi clair qu'en plein jour. Les gens portaient des vêtements de couleurs sombres, taillés dans une étoffe si aérienne qu'elle paraissait tissée avec des rayons de lune. Bordé de bâtisses d'aspect médiéval, le port d'Onirie bouillonnait toujours d'effervescence, entre les marins et les marchands concluant des affaires et les personnes utilisant les vaisseaux pour se rendre en divers endroits du pays.

« La Voie des Anges » était de loin le plus gros des navires d'Onirie. Il comptait quatre mâts et une douzaine de voiles. Peint dans des tons marine et or, il faisait la fierté de son capitaine.

— Ça y est, je m'y vois comme si j'y étais...

— Magnifique ! Ç'a fonctionné ! s'enthousiasme Zigomar. Le passage s'est ouvert.

Ophélia ouvrit les yeux. En effet, le ciel ondulait tels des rideaux gonflés par le vent. À travers le vortex, elle distingua un vaisseau en approche et reconnut en lui celui qu'elle cherchait, identique à la gravure du médaillon.

— Maintenant, avance de quelques pas, ordonna le poisson-perroquet.

La jeune fille s'exécuta et sentit une légère variation dans l'air tandis qu'elle franchissait le passage. Il lui fallut un court instant pour réaliser où elle se trouvait. Semblable à sa vision, l'Onirie lui apparaissait comme une sorte d'univers enchanté. Ophélia reconnut des habitations, même si elles n'avaient que peu en commun avec les maisons et immeubles de son propre monde. Des personnes de toutes tailles, certaines pas entièrement humaines, déambulaient sur la place, sans lui prêter une attention particulière, à part un regard occasionnel et curieux à sa tenue, qui devait paraître pour le moins originale aux yeux des autochtones. Une odeur déconcertante chatouillait ses narines, différente de celle du port de La Rochelle. L'air ne sentait pas l'iode, mais l'encens et la fête foraine. Étonnant mélange !

De petits animaux à longues oreilles gambadaient au milieu des étals. Leur pelage d'un blanc bleuté presque fluorescent tranchait sur le gris ardoise des pavés.

— Qu'ils sont adorables ces lapinous ! s'exclama Ophélia.

— On les appelle des lapins de lune. Ils pullulent près du port, au point que certains les considèrent comme nuisibles. Ils ont tendance à grignoter tout et n'importe quoi.

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