Chapitre 7

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J'ai validé la décoration, les plans de table, le repas et l'animation pour notre soirée de Noël en une matinée. C'est parfait ! Et cet après-midi, je vais choisir ma tenue avec Maëlys. Encore une galère. Je la rejoins devant le centre commercial et l'embrasse. Elle me prend le bras tandis que nous rentrons à l'intérieur.

— Alors ! Tout est prêt pour votre soirée de Noël ?

— Oui. Manque plus que ma tenue. Tu ne peux vraiment pas venir ?

— Non je pars pour Los Angeles ce week-end. Je ne peux pas déplacer.

— C'est dommage. En fait, Super-Connard veut mes dessins.

Elle rit en commençant à regarder toutes les robes.

— Arrête d'appeler ton patron comme ça.

— Tu couches avec ok, mais laisse-moi l'appeler comme je veux.

— Premièrement on ne couche plus ensemble, c'est fini. Et deuxièmement, pourquoi il veut tes dessins ?

— Alléluia j'aurais plus à tomber sur lui au milieu de la nuit ! Bah il veut les produire pour son prochain défilé.

— Bah c'est super ! Tu commences la réalisation quand ?

— Jamais, ça ne va pas la tête. C'est de Super-Connard qu'on parle.

— Oh mais passe au-dessus c'est bon. Tu es grosse, tout le monde le sait, tu t'aimes comme tu es. Ne le laisse pas décider de ta vie.

— Merci de me traiter de grosse publiquement c'est adorable.

Je croise les bras en la regardant. Elle ne m'a jamais dit en face que j'étais grosse. Ronde, curvy, en forme oui, mais pas grosse. Bien sûr, comparé à sa taille trente-six.

— Non, mais tu vois ce que je veux dire ! Ce n'est pas un défaut, ça se voit, tout le monde le sait et il y en a qui n'aime pas, bah c'est pas grave.

— Ce n'est pas un défaut pour toi car tu es dans un corps mince. Qu'est-ce que tu en sais pour moi ?

— Arrête Charlize, tu es bien dans ton corps quand même, ça se voit. Tu es bien habillée, tu es belle, tu rayonnes.

— J'ai l'impression que tu ne me connais pas là. Tu me vois à la maison pourtant. Tu sais que je me déteste et que l'apparence que je donne est totalement contraire.

— Bah si tu ne t'aimes pas pourquoi tu t'empiffres de paquets de gâteaux entier ? Fais du sport, changes si tu en as besoin.

— Ok... Euh, je n'ai pas besoin de toi pour ma tenue merci.

Je pars vers la sortie du magasin, les larmes qui me montent aux yeux, sans me retourner lorsqu'elle m'appelle. Je viens de m'engueuler avec ma meilleure amie dans un grand magasin, super.

J'ai l'habitude d'entendre des « regarde la grosse » dans mon dos quand je marche dans la rue. C'est mon quotidien, mais venant d'elle, je ne m'y attendais pas vraiment. Et puis je suis ronde, je fais une taille quarante-deux, je ne me trouve pas énorme, je ne pèse pas cent-cinquante kilos. Et quand bien même. Rien n'empêche de se sentir bien avec son poids. Ou de se sentir mal. Ou de vouloir se sentir bien. Mais comment se sentir à l'aise dans une société qui fait tout pour vous montrer que vous sortez de la case, que rien ne vous correspond et qu'il vaut mieux rester caché ? Comment affronter le monde extérieur où le stéréotype de la femme maigre, aux abdominaux saillants et toujours maquillée est prédominant ? Je revendique mes rondeurs et à la fois je voudrais m'enterrer six pieds sous terre pour que personne ne me voit. Je mange comme je veux et je voudrais faire un régime draconien pour ressembler à ces fit-girl d'internet. Je veux créer ma ligne de vêtements pour femme ronde et je ne veux pas le faire par peur. Ma vie est une contradiction entière.

L'amour n'a pas de tailleLisez cette histoire GRATUITEMENT !