Cher violeur

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Cher violeur,

Aujourd'hui j'écris cette lettre en ayant besoin de la présence de mon copain pour me donner de la force, tellement je suis terrifiée de vous faire lire ces mots. Je sais que ça n'a pas sa place sur wattpad, mais je ne savais pas où le mettre. Et je ne pouvais pas le garder pour moi, j'ai trop gardé. Ici j'ai tout partagé depuis près de 4 ans, mes pleurs, mes joies, mes bonheurs, mes tristesses et maintenant ceci. La plus intense des horreurs qui pouvait m'arriver, et quelque chose que j'ai toujours vu en me disant "ça n'arrive qu'aux autres". J'ai pris une image au hasard dans mon fil de photo, et maintenant j'écris avec mon coeur et mes souffrances.

À mon réveil à 4h du matin dans une salle de bain pleine de sang. Il y en avait partout, partout et il me hante. Tout était rouge, et j'avais tellement mal. Tellement mal.

À mon cher violeur il y a des dizaines de choses que j'aimerais dire. Mais avant tout, à cette amie venue me voir pour me dire "tu es allée seule chez lui, non ? C'est de ta faute, tu crois pas ?" j'ai envie de dire ferme ta gueule. À vous qui vous êtes faits agressés, quelque soit l'agression, physique, mentale, sexuelle : ce n'est pas de votre faute. Ce ne sera jamais de votre faute. Peu importe les circonstances, vos vêtements, votre attitude, rien n'est de votre faute. C'est de la leur, du début à la fin. Personne n'a le droit de vous toucher sans votre consentement. Personne. Ni de vous regarder, ni même de vous parler d'une façon que vous n'appréciez pas. Vous êtes le seul juge de ce qu'est la limite.

À mes lecteurs j'aimerais dire qu'il faut avoir conscience que, non, ça n'arrive pas qu'aux autres.  Loin de moi l'idée de vouloir vous faire vivre dans la peur, j'appelle juste à la tolérance. Tolérance des peurs des autres, tolérance de l'absence, tolérance des différences. Après mon agression, qui remonte à quelques mois maintenant, j'ai changé d'attitude, j'ai développé de l'anxiété. J'ai arrêté d'aller aux soirées, on me voyait de moins en moins en cours. J'ai reçu des "t'es devenue bizarre", "t'as changé", "tu nous snobes", non ce n'est pas vous que j'essayais d'éviter. La seule personne que j'ai toujours voulu fuir, c'est moi même. 

Alors j'ai forcé pour être normale, mais ça ne fonctionnait pas. Et les réflexions revenaient, encore plus fortes. Douloureuses car j'avais envie d'hurler et d'expliquer, de tout dire, tout raconter, mais j'en étais incapable. J'encaissais. Alors je vous en prie, quoi qu'il se passe, soutenez les autres. Vous ignorez la gravité de leur problème, la gravité de ce qu'il leur arrive. 

Maintenant à mon violeur. À toi. À toi qui a cru avoir ce droit là, qui m'a droguée, a ignoré mes refus. À toi, j'aimerais te dire que je te hais. Mais c'est faux, parce que la seule personne que je déteste c'est moi même. Cependant, avec le recul, maintenant je peux te dire ceci : tu ne me fais pas peur. Tu ne me feras plus jamais peur. 

À vous tous, j'aimerais dire que je sais qu'il y a des soucis plus graves. Et j'en suis sincèrement désolée, je m'excuse à tous ceux qui souffrent, qui se sentent seuls, qui pensent que personne ne les comprend. Mais j'aimerais que vous sachiez que quoi que vous traversiez, vous n'êtes pas seuls. Vous ne le serez jamais. Et vous allez vous relever, toujours, peu importe combien c'est dur. De la peine de coeur, au deuil en passant par le viol, vous êtes plus forts que ça.

Et pour finir, à moi même j'aimerais dire que je me pardonne. Que je me pardonne d'avoir gardé ça pour moi pendant des semaines, de m'avoir tellement tellement fait souffrir, d'avoir refusé de pleurer, au point de détruire ma santé. Au point de développer des problèmes respiratoires, des insomnies chroniques, et une anxiété certaine. Je me pardonne aussi d'avoir été là ce soir là, je me pardonne de ne pas avoir eu la force de partir, de répondre à ces enculés qui m'ont jeté des "tout est de ta faute". Je me pardonne de ne pas avoir eu la force d'en parler à quiconque pendant plus d'un mois.

Et à vous, je vous le répète encore une fois : parfois il faut faire les choses en ayant peur. En ayant mal, et c'est correct. Parfois on ne peut juste pas passez au dessus, et il faut y aller quand même.

Mes mots en toute sincérité, mon soutient entier, et ma dévotion complète pour vous ce soir.

Suicide écoute : 01 45 39 40 00

Aide aux victimes de violences physiques, sexuelles ou mentales : 116 006

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