Chapitre 14

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Réussir en tant qu'auto-entrepreneur avait demandé à Terrence une bonne dose de patience et de courage. Il avait dû suivre de multiples formations et se pencher sur des notions administratives dont il se moquait. Sa persévérance lui avait offert la réussite, mais il n'en demeurait pas moins un humain avec ses défauts. Peu ponctuel et désorganisé, il parvenait toujours à assumer ses commandes dans les délais, sans trop savoir comment. Ce fut ainsi, qu'en cette fin pluvieuse de juin, qu'il se retrouva avec une montagne de colis à expédier avant sa pause du mois de juillet, consacré à leur voyage de noces. La pression du temps qui passait trop vite avait étouffé son obsession pour le ménage et son bureau s'était mué en un capharnaüm délirant. Sebastian, dont les cours s'étaient terminés deux semaines auparavant, tentait de maintenir l'appartement suffisamment propre pour que le photographe ne fasse pas une crise de nerf. Le jeune homme, lassé de manger des plats préparés depuis plus d'une semaine, prit son courage à deux mains et frappa au bureau de son époux, qui l'invita à entrer d'une voix cassée.

-Quoi ?

Le brun ne commenta ni le nombre impressionnant de mégots dans le cendrier, ni la multiplication de tasses de café vide et encore moins les cinq paquets de chocolats entamés.

-Terry, je vais aller faire quelques courses pour cuisiner les prochains jours.

-Non.

-Terry, on ne peut pas continuer à se nourrir ainsi.

Le blond se frotta les yeux et nota dans un coin de son esprit de prendre rendez-vous chez un ophtalmologue. Il ne s'était pas rasé depuis plus d'une semaine et ses cernes le transformaient peu à peu en mort-vivant. Lui qui avait toujours été pâle, il semblait presque translucide. Il se battait déjà contre l'épuisement et la migraine, il ne se sentait pas capable d'encaisser une intoxication alimentaire.

-Mon ange, si je mange un de tes plats, je vais crever. Par pitié, ne nous inflige pas ta cuisine.

Sebastian grimaça et n'eut aucun argument face à cette triste vérité. Il embrassa Terrence sur la joue et dégagea l'une de ses mèches qui tombait devant ses yeux.

-Tu veux que j'aille poster tout ça pendant que tu fais ton inventaire et tes papiers ?

-Non, je me débrouille.

Le brun leva les yeux au ciel.

-Ce n'était pas une question. Tu es bien trop épuisé pour sortir et pour conduire. Je m'occupe de ça et dès demain tu te reposes. Pour de vrai. On rangera tout plus tard.

Habituellement, le photographe aurait protesté mais il n'en avait ni l'envie ni la force.

-Si tu veux. Merci Seb.

-Je peux au moins faire ça pour toi.

Après trois jours complets de repos et plusieurs bains chauds, Terrence émergea enfin dans le monde des vivants. Les courses et la lessive avaient été faites et il allait enfin pouvoir cuisiner de nouveau. Mais avant ça, il devrait tout nettoyer de fond en comble.

-Seb, c'est adorable de ta part d'avoir fait le ménage ces deux dernières semaines.

-C'est normal Terry.

-Mais n'essaie plus. Vraiment. Si tu avais été une femme de l'époque, tu n'aurais jamais été bon à marier.

Le photographe esquiva de peu une gomme.

-J'ai même passé l'aspirateur !

-Oui mon ange, j'apprécie l'effort. Et tu es presque aussi doué en ménage qu'en cuisine visiblement. Mais je t'aime quand même.

Combat pour vivreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant