Chapitre 11

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En cette fin d'été, Sebastian avait peu à peu repris du poids et semblait être de nouveau habité par une inépuisable bonne humeur. Bien qu'occupé par le lancement de sa nouvelle collection, Terrence ne put qu'apprécier le regain d'enthousiasme de son compagnon. Il n'aurait jamais imaginé que son énergie lui manquerait autant. Leur appartement paraissait presque aussi vivant qu'auparavant, même si la voix du brun manquait cruellement au photographe. Il n'arrivait pas encore à réaliser que dans moins de deux jours, l'ancien chanteur entrerait à l'université et qu'à cause de sa cheville pas encore complètement guérie, il ne pourrait l'y conduire. Le blond se sentait coupable, mais s'était bien gardé d'en faire part au jeune homme, n'ayant pas envie de l'inquiéter inutilement.

Le lendemain matin, Terrence se réveilla en grognant, car il était seul dans leur grand lit. Ouvrant un œil, il regarda le réveil qui affichait huit heures. Il détestait le matin, alors pourquoi son imbécile de petit-ami avait-il décidé de se lever si tôt un dimanche ?

Un peu énervé, le blond se leva à son tour et trouva Seb dans la cuisine. Il était assis devant la table et mâchouillait sans grande conviction une tartine à la confiture de fraise. Étrange... Surtout pour une personne qui avalait son petit-déjeuner à la vitesse de la lumière.

Intrigué, Terrence se servit un café et s'installa en face de lui. Il ne réagit pas.

- Sebastian ?

Aucune réponse. Un peu vexé, le photographe secoua une main devant ses yeux et réitéra son appel.

- Sebastian ?

Il cligna des paupières et lui sourit. Il se pencha vers lui et l'embrassa.

- « Désolé Terry, je ne t'avais pas vu rentrer. »

- Tu n'as pas l'air dans ton assiette. Quelque chose ne va pas ?

Il haussa les épaules et sembla réfléchir.

- « J'ai peur. »

- Je te demande pardon ?

- « J'ai peur de rentrer à la fac demain. Je crois que je ne vais pas y aller. »

- Bien sûr que si tu vas y aller, même si je dois te traîner là-bas par la peau du cou !

Le photographe quitta la pièce, encore plus de mauvaise humeur qu'à son réveil, et s'enferma dans son bureau. Il alluma son ordinateur et observa l'un de ses croquis. Il ne parvint toutefois pas à se concentrer, trop coupable d'avoir passé ses nerfs sur son compagnon. Il aurait dû rester couché. Dans un soupir, il cadenassa sa fierté quelque part au fond de son esprit, avala trois chocolats, prit une grande inspiration et retourna dans la cuisine.

-Je n'aurai pas dû m'énerver ainsi, même si je suis un peu inquiet.

Sebastian hocha vaguement la tête.

-Mon ange, de quoi as-tu peur ?

-«D'avoir autant de problèmes qu'au collège ou au lycée.»

-Je suis persuadé que ça ne sera pas le cas. Les étudiants seront plus occupés à faire la fête et à rentabiliser le prix de leur année en travaillant, qu'à chercher à savoir qui préfère quoi. Si tu n'accordes pas ta confiance au premier venu, tout ira bien. Et si malgré tout quelqu'un venait à t'insulter, ignore-le. Ce genre d'individu ne mérite ni ton attention ni ton regard.

-«Merci Terrence. J'envie ta capacité de détachement.»

-Les joies de la vieillesse.

Sebastian sourit, rassuré quant à sa rentrée, bien que les spectres des moqueries et humiliations passées dansaient encore dans un coin de sa mémoire. Le photographe, quant à lui, espérait avoir vu juste. Si son amant venait à se faire agresser, il savait qu'il ne pourrait se retenir d'aller tabasser son bourreau ... Ce qui le conduirait directement en prison, ruinant ainsi leur bonheur. C'était d'ailleurs à cause de cette crainte, que Terrence prenait garde à ne commettre absolument aucune infraction, même mineure. Au volant, jamais une seule goutte d'alcool ni un kilomètre heure de trop. En soirée, il avait banni la drogue récréative depuis de nombreuses années et s'assurait de ne jamais se retrouver ivre. Chez lui, il s'appliquait à ne pas être trop bruyant et à ne pas heurter les règles de la copropriété.

Combat pour vivreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant