28 - À chacun sa sagesse

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J'ai du mal à m'endormir, je tourne et retourne dans le lit. Malgré ma fatigue, mon cerveau carbure, il surchauffe.

Quand nous sommes rentrés de notre balade, au bout d'une heure, j'ai pu rester quelques instants en tête-à-tête avec Christophe pendant que Maeve s'occupait dans sa chambre.

— Ça s'est bien passé ? avais-je demandé en prenant ses mains en photo.

— L'exercice est particulier. Quand tu me filmes, c'est de l'immersion, c'est une conversation plus qu'une interview. Ce n'est pas forcé et j'apprécie ça.

Cela m'avait touché, cela me touche encore. C'est stupide, je sais, je n'ai jamais cru que j'étais extra-maligne...

Pendant que Christophe préparait des boulettes d'aubergines et courgettes aux herbes aromatiques ; la sauce tomate embaumait tout l'espace. J'ai sorti mon téléphone de ma poche pour prendre ses mains en photo.

— Je peux t'instagrammer ?

— Si tu veux.

— Je peux te mentionner ?

— Ce sont mes mains, donc oui.

J'avais donc écrit :

« Christophe Sanz est un auteur de thrillers qui débute. Si ses ventes ne décollent pas, je lui propose d'ouvrir son propre restaurant de mets saisonniers. Je lui prédis un meilleur futur de ce côté-là. »

— Un meilleur futur..., avait-il relevé avec un sourire amusé.

— Après, c'est toi qui vois. Hop, publié, avec le tag qui va bien.

Maeve nous avait rejoints, mais la complicité, celle que je chéris par-dessus tout, n'avait pas disparu.

Le cerveau est vraiment une machine étonnante. J'ai toujours eu un faible, voire deux, pour Christophe, mais d'imaginer qu'il peut en avoir autant pour moi, transforme ma façon de le voir. De le percevoir. Je n'avais jamais réellement compris le dicton « aime quelqu'un qui t'aime ». Cela n'avait jamais fait sens, pour moi.

JUsqu'à maintenant.

C'est magique, c'est peu fiable, c'est dangeureux, c'est effrayant, tout ça à la fois et je me sens terriblement perdue. Parce que je ne veux pas d'une histoire compliquée : je veux juste quelqu'un qui m'aime et qui me respecte assez pour ne pas me cacher ses squelettes. Marco et Christophe devraient donc rester tapis dans l'ombre, ni l'un ni l'autre ne devrait me convenir.

Mais cela n'a jamais été simple, n'est-ce pas ? On n'a pas inventé le prix Nobel de l'amour parce que personne ne connaît les réponses à toutes les questions qu'on se pose. Il y a deux seules explications possibles : « ta gueule, c'est magique » et « c'est comme ça », la variante « seul Dieu le sait ». Aucune ne me convient, évidemment.

Assoiffée, je descends pour me servir de l'eau et quand je remonte avec une bouteille fraîche, je note la lumière dans l'escalier qui mène au grenier. J'hésite un moment, puis grimpe lentement les marches jusqu'à l'antre de l'ours. La porte est semi-ouverte ; Christophe est assis sur le canapé, concentré sur un paquet de feuilles.

— C'est Pollock ? demandé-je aussitôt sans réfléchir.

Quand il relève la tête, surpris, je me pince les lèvres pour éviter un « oups » qui est vraiment sur le bout de la langue.

— Je n'arrivais pas à dormir et j'ai vu de la lumière, expliqué-je en montrant ma bouteille.

— Pourquoi tu n'arrives pas à dormir ?

— Je ne sais pas, mens-je aussitôt. Peut-être qu'un ou deux chapitres de Pollock pour...

— Non.

Zouk Love #wattys2019Where stories live. Discover now