27 - Pas merci

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Quand il me voit arriver dans le salon, Christophe me sert un verre de limonade aux framboises fraîche, que j'accepte en remerciant avant de m'asseoir sur le fauteuil. Ils discutent voyage et malgré le thème neutre, je peux voir combien Maeve est nerveuse et combien Christophe est contrarié.

Bravo bis, Petula.

— C'est délicieux, dis-je après une première gorgée. Tu ne m'en as jamais préparé, je suis vexée.

— Tu n'es jamais descendue en septembre.

— Si je viens tous les mois, autant emménager.

Il s'adosse, le coude sur le bras du canapé, et me dévisage.

— Ça n'aurait pas marché de cette façon.

— Tant qu'on n'essaie pas, on ne sait pas, philosophé-je.

Je bois une nouvelle gorgée avant de reprendre :

— Alors, quel est le programme ?

— Eh bien, pendant nos échanges, j'ai proposé qu'on prenne un lieu à l'intérieur et un lieu à l'extérieur, répond Maeve.

— La piscine ou l'antre de l'ours ?

— Mon bureau, dit-il.

— C'est ce que je dis, l'antre de l'ours.

Je lui offre un sourire innocent et tends mon verre vide.

— S'il te plaît, merci, ajouté-je en clignant des yeux de façon charmante.

Il récupère mon verre ; ses doigts frôlent les miens.

— J'ai dit à Maeve qu'il y avait peu d'intérêt pour tourner dans mon bureau puisqu'on le voit pas mal pendant ton émission, dit-il en me resservant.

— Mais on ne l'a jamais exploré, remarqué-je.

— Tu te contentes d'explorer ma tête.

— Rares sont les choses que je fais aussi bien.

Je reprends mon verre.

— Je ne saurais dire, commente-t-il. Et la piscine, ce n'est pas très intéressant, à mon avis.

Je suis à deux doigts de lui dire que cela dépend pour qui, mais je fais un sort à ma limonade à la place.


* * *


— C'est étrange de ne pas te voir avec tes yeux bioniques, remarque Christophe.

Je suis appuyée contre la porte-fenêtre ouverte, à respirer le parfum des fleurs et de la piscine, quand il se rapproche de moi, les mains dans les poches de son pantalon. J'ai un faible sourire.

— C'est très étrange d'être ici sans, concordé-je. Au fait, c'est très étrange de ne pas être dans l'action tout court, de ne pas m'inquiéter avec les micros, la lumière, l'emplacement...

— Tu te souviens de tes débuts ?

— Image horrible, son encore pire, dis-je en me refrognant.

— Maintenant tu pourras te lancer dans une websérie.

Je lève les yeux vers lui. Son regard m'enveloppe toute entière, mon ventre réagit comme une chatouille. Maeve arrive en enveloppant le micro attaché à sa caméra d'une protection anti-vent.

— J'allais demander à Christophe s'il était prêt, mais finalement, c'est à toi que je pose la question, dis-je.

Maeve rougit si violemment que ses yeux bleus semblent disparaître.

— Marie-Jésus-Joseph, je suis une calamité, bredouilla-t-elle. C'est la première fois que je fais ça, je viens de passer trois ans à écumer des photos de people pour en faire des articles, si on peut appeler ça des articles. Je suis tellement reconnaissante que tu veuilles être mon cobaye, Christophe, et tellement désolée si je montre combien je suis novice.

— Détends-toi, la rassure-t-il. Je ne mords que les gens que je connais.

— Ça, tu ne me l'as jamais dit ! m'écrié-je.

— Ah non ?

— Je m'en serais souvenue, tu penses ! Je n'ai pas suffisamment exploré ton cerveau, m'est d'avis.

— Alors peut-être pas. Mais ne t'inquiète pas, Maeve, tout va bien se passer.

La côte, à quelques minutes à peine de chez lui, est entrecoupée de canaux et un port assez spectaculaire. Christophe nous fait faire le tour avant de nous emmener sur le canal du Rhône à Sète. Nous descendons de voiture et je respire le parfum de la mer.

— Un week-end est trop court pour lire des épreuves et interviewer les gens en mangeant, lancé-je soudain en me tournant vers Christophe.

— Il te faut au moins une semaine pour le tourisme.

— Oui ! Par contre, je ne sais pas si Audrey serait d'accord, remarqué-je en grimaçant.

— Si tu continues de lire et de chroniquer pendant ton séjour, je ne vois pas pourquoi ça n'irait pas, dit Maeve en tendant un micro-cravate à Christophe.

Par habitude, je m'occupe de l'accrocher à sa boutonnière tout en répondant :

— Mon salaire n'est pas le même si je me déplace. Il y a les indemnités de déplacement, de séjour, de repas, tout ça.

J'ai les sens particulièrement aiguisés, aujourd'hui, entre la chaleur corporelle de Christophe et la façon dont son torse s'anime à chaque respiration.

— De repas et de séjour ? s'étonne Maeve, les sourcils froncés. Mais tu es nourrie et logée pendant ton déplacement !

— Tu as donc intérêt à convaincre Audrey, dis-je en essayant de paraître naturelle. Mais on parle, on parle, tu es sensée bosser.

Je m'écarte de Christophe en croisant les mains dans mon dos. Mes doigts me démangent.

— Pendant que vous y allez, je vais rester par ici, à prendre des photos pour Instagram, décidé-je.

— Paul est fort, quand même, se moque Maeve.

— Ou alors, je suis trop faible, marmonné-je.

Je les regarde s'éloigner, puis je m'occupe du mieux que je peux. Je les suis de loin pour ne pas apparaître dans leur champ de vision, j'entends ce qu'ils se disent, ou plutôt ce que Christophe dit.

Il est adorable. Maeve a du mal avec l'exercice, mais il la prend sous son aile, répond aux questions qu'elle n'a pas su poser. Tout ce qu'il dit, je sais déjà. Cela me rassure quand même qu'il me réserve certaines exclusivités...

Cher cerveau, tu es un con. Pas merci, pas bisou.

Zouk Love #wattys2019Where stories live. Discover now