Chapitre IX: Contes Refusés

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Ils étaient enfin arrivés à Colimère. Juste devant eux, la verdure s'affinait, jusqu'à se terminer en une multitude de pointes végétales pour laisser la place aux parois de cette ville, renfermant respectueusement le monarque de ce royaume que l'on nomme Elardie. De chaque côté de la porte patienta un garde, exposant de temps à autre sa face inquiète vers les nuages nuancés porcelaine-argent aux dorures solaires, guettant la venue de la première goutte.

C'était la première fois que Ferdinand et Julien voyait une si grande ville. Ainsi, pour faire honneur à cette première fois, une journée de repos dans cette ville royale était le minimum.

La recherche d'une auberge était maintenant prétexte à remplir sa vue de rues parfaitement propres, de carrosses qu'ils avaient déjà vus dans les contes de fées, tirés par des étalons jouant des percussions de leur sabots sur le sol, de bâtiments laissant les artistes enfanter leur idéals de beauté sur leur murs, d'héroïques mousquetaires, d'hommes dont les cheveux ne tombaient pas, mais s'enroulaient infiniment en boucles horizontalement ordonnées...

-Hé Ferdinand, y'a une auberge par-là.

Ce dernier tourna le regard pour aller dans la direction indiqué.

Une fois à l'intérieur, celui-ci laissa comme à son habitude Julien parler des chambres. Mais ses rêveries furent brèves.

-On sort. C'est trop cher ici.

Ils allèrent donc à l'opposée de la direction que Julien avait indiqué, exposant la face ahurie de Ferdinand qui ne savait uniquement que c'était trop cher.

Ils essayèrent donc toutes les combinaisons de rue et de ruelles, mais dans les rares établissements trouvés, le prix n'était acceptable qu'en négligeant leur budget futur, et ils se rendirent rapidement compte de la petitesse de la ville quand ils réalisèrent qu'ils en avait fait plusieurs fois le tour. La bruine commença à tomber par petits morceaux, exacerbant fourbement le fait qu'il n'avaient pas d'abri.


«Sa Majesté a t-elle donc acceptée de me financer mes expéditions en Nouvelle-Elardie afin que je puisse réaliser mon traité?»

-Non messire, elle l'a jugée comme étant pas assez rentable.

-Je vois...

Laurent s'y attendait fatalement, le roi se fichant royalement de tout ce qui ne pouvait constituer ou modifier des chiffres. Mais s'y attendre n'empêchait pas la colère, car le refus du roi était l'approbation non-officielle des moqueries d'une partie de la basse-cour, et de ce satané procès que l'Église lui avait infligé. Il quitta donc le palais royal, suivi par les chuchotements fourbes de ces idiots en costumes étouffées de luxe.

Et quand il eu enfin accès à de l'air frais et pur de tout parfum dissimulateur de puanteurs secrètes, celui-ci était traversé de gouttes d'eau, glaçantes, mais lavantes. Il marcha donc chez lui, avec pour seule détente pour son esprit le bruit de fond pluvieux et un soupir.

Ces gens... Ils se prétendaient friands d'exotismes d'outre-mer et de bizarreries, mais ce n'était qu'à condition que cette originalité entrait dans leur norme, car l'acceptation de la multidirectionnalité de l'étrangeté exploserait sans doute les murs de leur réalité conviviale. Sauf quand un des porcs découvre que telle direction n'envoie pas que des gouttes d'acides, à partir de là, toutes les vaches foncent et se mettent à encombrer la dite direction.

Il se rendit compte qu'il n'était pas seul dans cette rue quand un individu au visage masqué le percuta. Instinctivement, il fouilla sa poches, et son instinct avait eu raison.


«Au voleur!» Fut le son qui passa au travers des gouttes, et pénétra dans le sombre abri arboricole que Julien et Ferdinand avaient trouvé. Ils virent deux spectres assombris par le soir avancé par les nuages remonter la rue, martelant frénétiquement la fine couche d'eau au sol tout en alimentant l'écho de ce cri de désespoir.

Ferdinand aurait préféré laisser le destin s'écouler naturellement, mais il connaissait le prix mental de l'inaction, et en conséquence il préféra quitter ce présent, qu'il chérissait d'habitude farouchement en s'avançant à toute vitesse à travers les impacts humides. Il comprit que son pouvoir était un luxe qui n'était pas seulement une cause en soi, mais aussi un argument en faveur d'action auparavant inaccessible à cause de sa volonté trop faible. Après avoir repensé à l'ivrogne de l'auberge, il condensa la froideur givrante de la pluie en une forme cristalline enrobant son poing. Arrivé là où allait être celui des deux qui était en tête et trop proche pour être l'origine des appels à l'aide, il frappa de son poing renforcé par la glace le haut de la silhouette qui s'écroula sur le côté.

Le sang se diluant dans les flaques lui avait fait craindre qu'il venait de commettre un meurtre, mais en regardant mieux on constatait que celui qu'il avait frappé respirait encore.

-Merci infiniment jeune homme! Lâchât la deuxième silhouette essoufflée et trempée.

Il fouilla le corps assommé malgré la pluie tout en jurant. «Allez vous abriter là-bas, je vais vous rejoindre.»

Ferdinand alla l'attendre comme indiqué sous l'arbre où Julien avait tout vu et accepté ce qui venait de se passer avec des yeux ronds. Tout de suite après vint l'homme qui se révélait difficilement dans l'obscurité être un noble avec une bourse à la main.

-Un grand merci pour m'avoir aider à récupérer mon or. Tiens. Il remit deux pièces d'or à Ferdinand, de quoi payer le prix exorbitant d'une auberge ici sans dormir dehors pendant le reste du voyage.

Il vit les morceaux de glace à moitié fondus accrochés à la main de ce dernier. «Qu'est-ce vous avez à la main?» Pouvait-il lui dire sans qu'il répande la rumeur partout? De toute manière, ils n'allaient pas rester longtemps ici et contrairement a son village, ils ne comptaient pas revenir, donc il jugea que oui. Il espérait juste qu'il le laisserait tranquille assez rapidement.

-Je sais que ça peut vous paraître étrange, messire, mais j'ai suis capable... De réchauffer ou de refroidir les choses en les touchant. Regardez. Il mit sa main en dehors du périmètre protégé de la pluie par l'arbre, et à chaque fois que les nuages envoyèrent une goutte en prenant sa paume pour cible, au moment du contact, celle-ci renvoya une colonne marqueuse d'évaporation.

Les coins de la bouche du noble se soulevèrent, émerveillé par les chemins tordus que pouvait prendre le destin.

«Il se trouve justement que je projette d'écrire un livre sur les gens dotés de pouvoir surnaturels, je pense qu'on pourrait apprendre des tas de choses l'un de l'autre. Je me présente, je suis Laurent de Jésonnes (il remarqua Julien assis par terre), et vous n'êtes pas d'ici je présume? Venez chez moi, que l'on puissions discuter dans de meilleures conditions.»

Julien, qui s'était levé quand il avait vu que son nom contenait le «de», indicateur de son statut de maître d'un lieu existant quelque part, commença à le suivre et se présentât comme Julien Duchenne. La déclaration de Jésonnes sur son intérêt pour les pouvoirs réveilla celui de Ferdinand, qui était bien plus fort que sa discrétion naturelle, faisant que sans qu'on ai à lui demander, il se présentât lui aussi.

Ils rentrèrent dans l'air chaleureux de l'appartement situé à un premier étage. Ferdinand et Julien furent tiraillé entre s'affaler sur les fauteuils, par le bonheur du retour du confort, et attendre avec un respect timide du riche appartement l'autorisation de s'asseoir du propriétaire, qui commanda à un vieux domestique du vin, des biscuits pour trois, son carnet et une plume. Entre temps il dit aux deux jeunes hommes qu'ils pouvaient s'asseoir.

-Dites, vous aviez dis que vous projetez d'écrire un livre sur les gens ayant des pouvoirs surnaturels comme moi, il y en a beaucoup?

-Je ne le saurais le dire, mais après avoir fait des recherches, j'en ai déduis qu'il y en avait probablement à toutes les époques, depuis les premières civilisations connues, jusqu'à l'histoire récente. Malheureusement chaque pouvoir étant très différent selon les individus, il est très compliqué de différencier les mythes de la réalité. Sauf qu'il y a des étranges détails qui m'ont permis de comprendre, que c'était là quelque chose de beaucoup plus gros que quelques légendes...

Quintessence Jardin CélesteLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant