Chapitre VI: Haine du Présent

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Pendant la semaine suivant l'arrivée de Liaorme sur le continent, les détails de la plupart des pièces de la grande demeure bourgeoise de Seolda, ainsi que les tracés les reliant avaient été immanquablement assimilées. Il savait dorénavant différencier les quelques statuettes exotiques ponctuant les salles les plus présentables, reconnaître les répétitions des motifs sur le papier peint, et où était le coin du plafond abritant une araignée immobilement suspendue à sa toile. Il appris à connaître les différents domestiques du riche vésalien, qui étaient tous étrangement petits et possédant une queue, des «Quérui» selon ses dires. Ils semblaient bien mieux supporter tout le froid, que les murs de la maison ne purent empêcher d'entrer, que Mélise, Seolda, ainsi que Liaorme dont le dernier souffle de l'hiver déferla à travers son passif de chaleur insulaire, jusqu'à son métabolisme où un rhume s'accrocha de toutes ses dents.

-Hé, Liaorme! C'était la voix de Seolda qui était venu le voir. Ton arrivée en Vésanie à fait grand bruit dans toute la ville!

L'intéressé comprit rapidement pourquoi. Les on-dit, des fentes au travers de la cabine du capitaine...

-Et donc?

-On va organiser un dîner dans 3 jours avec tout les gentilshommes les plus riches de la citée, il y aura également le gouverneur!

-je vous remercie pour recevoir un si grand honneur de votre part.

Lui qui était arrivé du gravier anonyme avec des gravats pour seule parenté avec le présent, s'était attendu à ce que la civilisation soit étanche à tout élément étrange venu de quelque localité fantaisiste. Mais c'était au contraire à ce moment que l'identité Lorandienne ne recevait plus seulement de la fierté de Liaorme, mais donnait en retour du privilège, comme d'accéder directement au balcons mondains et au champs de vision les plus dorés.

-Donc je te conseillerait d'intensifier ton apprentissage de la langue avec Mélise.

Ainsi, ce soir tant attendu arriva après des journées entièrement dévouées à la maîtrise du vésalien. Le domicile de Seolda s'emplit de gens à l'accoutrement raffiné, lâchant par-ci par là des paroles elles aussi aussi plus léchées les une que les autres, batifolantes dans une musique avançant avec un mou luxueux.

En s'investissant auditivement dans les échanges verbaux dans l'air, Liaorme eu la confirmation que durant ce soir, le principal sujet de discussion était lui au conditionnel. Manifestement, ils ne surent pas que son lui au présent était juste devant eux, ce qui le dépita du fait d'être injustement privé de conversation. Il s'avança donc vers la lumière, s'estimant suffisamment bon en vésalien pour pouvoir aborder des personnes avec un langage au dessus de la moyenne. Mais son initiative fût dispensable, car Seolda apportant à ses côté un grand vésalien aux cheveux d'une blancheur possédant une rare pureté pour cette race vinrent à lui.

-C'est lui, le Dernier Lorandien! Annonça fièrement l'hôte à son plus haut invité et implicitement à tout les autres présents. Ce qui fît interrompre les discussions éparses pour que les discuteurs puissent se tourner vers ce Dernier Lorandien ,qui était maintenant inratable et dont le statut était l'évidence absolue puisque c'était le seul humain mâle présent.

-Heu oui, c'est moi. Prolongea Liaorme surpris par cette intervention de Seolda, ce qui causa ce balbutiement dans la première partie de sa phrase avant de se reprendre dans la seconde. En continuant cette logique d'affirmation, Liaorme fît ce qu'il fît dans le bateau, ce qui illumina la salle.

-Incroyable! Répondit le vésalien au cheveux blanc. Quel est votre nom?

-Liaorme Narévire à votre service, messire.

-Je me présente en retour, je suis Jiraol Laedri, Gouverneur de la citée de Noaral. Au passage, je m'excuse pour le froid et la neige, plaisantât-il, même si le climat est ici beaucoup plus rude qu'il l'est probablement sur votre île, force est de constater que cette hiver est particulièrement tenace!

-Ne vous inquiétez pas, monsieur le gouverneur, je pense que même cet hiver finira par passer comme tous les autres, répondit-il agréablement à la boutade de son interlocuteur.

-A ce que Seolda m'a raconté, on vous à trouvé lors d'une expédition archéologique, dans un sarcophage métallique enterré sous des ruines! Lui même avait encore du mal à croire cet arnaqueur de Seolda l'ayant invité ici. D'ailleurs, la plus grande partie de l'esprit de Laedri était actuellement acharnée à déterminer avec quel artifice ce gamin avait créé de la lumière dans sa main.

-Oui, en effet.

A partir de la, Liaorme lui raconta l'histoire de témoignage vivant du passé qui était la sienne. «...Et donc plusieurs siècles après selon Seolda, je fut réveillé par son équipe de fouille. Et n'ayant nulle part où aller, j'ai décidé de le suivre sur le continent et de l'aider dans son travail de recherche».

Mélise occupée à servir à boire aux invités qui écoutaient les récits de Liaorme à l'autre bout de la grande pièce, ne réalisa que maintenant les très rapides progrès de l'orateur en vésalien, qui en quelques semaines savait maintenant couramment parler cette langue. Et ce n'était pas qu'il posséda quelque célérité mentale à conquérir les mots inconnus, mais plutôt... Qu'il passa plus de temps que la patience l'impose à chercher la maîtrise de la langue, sa patience à elle en particulier. Ce n'était pas qu'il la retenait sur les bords de l'heure d'apprentissage que son maître avait fixé, elle avait remarqué qu'à chaque fois que la personne avec qui Liaorme parlait grimaçait, il prenait instinctivement cela comme de la déception envers lui. C'était plutôt qu'il lui demanda bien après et maladroitement comment se dit tel mot ou sa signification en élardien, car il persévérait même sans elle, penché sur ses feuilles couvert de mots et de leur traduction et les livres servant de terrains de pratique, tout en prononçant en boucle de façon progressivement juste, jusqu'à ce que lui aussi fût contraint d'arrêter par l'appel d'aide de Seolda pour comprendre ou corriger certains textes traitant de la Lorande. Mélise était compréhensive envers Liaorme, avoir la sensation d'avoir des siècles de retard ne correspondant sûrement pas à la définition de quiétude, ce qui ne rendit pas moins embêtantes ses quatrièmes ou cinquièmes demandes pour savoir comment ont dit «pain», au point qu'il avait appris d'elle sans le savoir à dire «excrément». Et depuis il s'était mis à chaque repas à en demander, au grand rire de Mélise. Il avait fallu que son maître mette fin à cette plaisanterie.

-Très intéressant jeune homme, commenta hypocritement Laedri sur le récit de Liaorme. Mais néanmoins, la possibilité d'un faussaire est toujours à prendre en compte. Alors certes, l'arcane lumineuse que vous nous avez exposée était impressionnante, mais je craint que quelque escroc doté de connaissances d'artificier puisse la contrefaire. Pour que j'ai bien la preuve que vous soyez un Lorandien, il faut que vous fassiez une arcane dont l'effet est non reproduisible, voyez-vous?

-Oui... Mais j'ai le regret de vous dire que je ne maîtrise que cette arcane.

Comme par hasard. Ce gamin posséderait sous sa peau des pouvoirs immenses, mais tout ce qu'il pouvait faire, c'était cette chose pâle ne faisant qu'émettre poussivement de la lumière, autrement dit du rien brillant. Même pour un humain, il aurait été sacrément idiot si la mauvaise blague de Seolda aurait été la réalité.

Tiens, voilà le gamin qui demande, comme si sa vie en dépendait, si il pourrait revenir dans une semaine car d'ici là il aura une nouvelle «arcane». Il pourra réessayer car il a l'air de vraiment y croire, mais ça sera lui qui viendra, car Laedri ne pouvait supporter ni cet escroc de Seolda, ni cette soirée à laquelle il devait à tout prix trouver un prétexte pour s'en aller pas trop impoliment.

Le lendemain matin au petit déjeuner Seolda avait beau dire à Liaorme que Laedri aurait été capable de fouiller chaque recoin de cette maison pour avoir une raison de ne rien changer à rien, Liaorme gardait ce sentiment d'avoir raté le présent et maintenant son propre passé, et avait l'égo broyé par l'indestructible vérité apparaissant béante au milieu de ses connaissance, et peu importe son intelligence, ce n' était visiblement pas assez, et à en juger par lui-même beaucoup plus d'un poil. Le fait de ne savoir maîtriser qu'une seule arcane qui n'est même pas la plus utile le réveilla au rang d'idiot. Mais le fait de ne pas avoir révisé en vue de l'acquisition à un niveau supérieur à l'infinitésimal, de ce pouvoir infini touchable à la main ayant soulevé son peuple, dont il était l'ultime conscience ,sur les cimes dorées de l'éternité le réveilla au rang de vache mâchant l'herbe à l'infini.

Quintessence Jardin CélesteLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant