Chapitre 1 réécrit

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- Dernier appel pour les passagers du vol 3085 à destination de Dublin. Merci de vous présenter le plus rapidement possible porte 1.

Nous y étions. Le moment difficile que j'avais tant redouté ces deux dernières semaines. Je devais dire au revoir à ma famille, sans savoir quand je pourrais les voir à nouveau. Les yeux remplis de larmes, je pris mon frère dans mes bras, embrassait mes parents et prit la direction du sas où l'hôtesse attendait, montre en main et tapant du pied avec impatience. Me retournant une dernière fois, je saluais les miens puis m'engouffrais dans le couloir qui menait à bord de l'appareil. J'avais essayé de me préparer à cette séparation mais je n'étais jamais partie plus de trois semaines loin de mes proches. Aujourd'hui, une autre vie se dessinait devant moi : nouveau pays, nouveau boulot. Cette simple idée fit repartir de plus belle les sanglots que j'avais difficilement réussi à calmer quelques minutes plus tôt. J'essayais tant bien que mal de me convaincre que cette mutation était peut être une bonne chose, la clé pour oublier Adrian et tout cette histoire.

- Mademoiselle, je peux voir votre billet ?

L'hôtesse me tira de ma réflexion. J'étais tellement perdue dans mes pensées que j'oubliais de présenter ma carte d'embarquement. Dans ses yeux, je pouvais voir un mélange de compassion et de pitié quand j'essuyais mon nez avec un mouchoir qui tenait tout seul tellement il était trempé.

- Excusez-moi, balbutiai-je. Je n'avais pas fait attention.

- Il n'y a pas problème. Votre siège est le 5B, par ici sur votre gauche. Bon vol.

Je remerciais la jeune femme et pénétrais dans l'avion en hoquetant. Après m'être frayée un chemin dans l'allée, je trouvais mon siège, déposais mon sac et prenais place coté hublot. J'inspirais profondément pour me calmer, m'enfonçant un peu plus dans le luxueux siège en cuir blanc et gris chiné. Avant de quitter mon ancienne entreprise, j'avais réussi à négocier, contre ma discrétion, une grosse compensation ainsi qu'un billet en première classe, all inclusive et mini bar à volonté. Adrian n'était pas le seul à devoir guérir. Mon cœur et mon égo en avaient également pris un sacré coup. Les émotions de ces derniers jours, exacerbées par mes nombreuses crises de doutes, avaient pas mal perturbé mon sommeil. Et avant de débarquer sur le sol irlandais, une vraie nuit ne serait pas de trop.

A l'annonce de mon déménagement pour l'Irlande, tous mes proches sans exception avaient cherché à me briefer. J'avais donc entendu beaucoup de choses sur ce pays et ses occupants. Une collègue de travail, Abby, m'avait envoyé par mail une sorte de rapport intitulé « l'Irlande, terre des roux » dans lequel elle me démontrait par a + b que ce pays était peuplé d'individus poils de carottes depuis la nuit des temps et qu'une trop grande exposition pouvait me condamner à tout jamais. Abby, en fan de théories du complot à ses heures perdues, poussait peut être trop la paranoïa à mon goût. Mes « copines » prirent des mines compatissantes lors de notre dernière sortie, m'expliquant que venir me voir là-bas ne seraient pas bon pour leur teint. Je pouvais encore entendre Aubrey rétorquer «mais ma chérie, il pleut tout le temps en Irlande, c'est le seul pays du monde où le soleil fait grève et tu sais ce qui arrive à une peau en manque de lumière ? Elle se fane ». Je passais en revue les remarques diverses et variées, du « ils ne boivent que de la bière » à « il n'y a que des moutons là bas » en passant par « oh à part Dublin, ce ne sont que des villages au bord des falaises ». Les Américains et les stéréotypes... Ils ont tendance à oublier qu'une grande partie de leur population est d'origine irlandaise...

Un coup de coude un peu raide me sortit de ma torpeur. J'ouvris les yeux et tombais nez à nez avec.... Un dos ! Visiblement, le passager du siège d'à coté s'énervait avec sa ceinture et ne faisait guère attention à moi. Je fermais à nouveau les yeux, me concentrant sur la voix de l'hôtesse qui répétait les consignes de sécurité. Au bout de quelques secondes, nouveau coup de coude. Je poussais un long soupire exaspéré, suffisamment fort pour faire comprendre à mon voisin que son attitude commençait à me taper sur le système. Pour toute réponse, ce dernier se contenta de maugréer quelque chose qui ressemblait à « si on ne supporte rien, autant rester chez soi ». C'en était trop. Aussi décidai-je de répliquer de manière quelque peu cinglante.

An irish love (En Réécriture )Lisez cette histoire GRATUITEMENT !