Petit anarchiste, casse-couilles pour vieux : l'adolescence chez Didier Super

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Extrait des actes du colloque « Prolégomènes à une analyse phénoménologique du halo interprétatif dans le corpus supérien », publiés aux Presses Universitaires de Plan de Cuques.

Introduction

Dans le cadre de cette étude, nous nous proposons de montrer comment « Petit anarchiste, casse-couilles pour vieux » illustre l'attitude foncièrement bienveillante de l'artiste-auteur vis-à-vis des enfultes via une myriade de références à travers lesquelles l'artiste-auteur exprime sa compassion pour le sujet-enfulte et lui apporte son soutien.

Ⅰ Casse-couilles pour vieux, ou la réinterprétation supérienne du complexe d'Œdipe

Le titre-refrain aux allures d'oxymore, anaphore que la musique contrebalance par un leitmotiv, pose immédiatement la situation (voir aussi « Dis-moi Didier Super : métastructure du paratexte dans l'œuvre de Didier Super »). Le sujet, « petit » car toujours enfant et « anarchiste » puisqu'il doit s'affranchir de l'autorité parentale, va pour cela, tel Œdipe, vaincre son père (son « vieux »), non en le tuant mais en lui « cassant les couilles », soit, par une castration symbolique, en le privant de son statut de géniteur, affirmant ainsi l'indépendance de l'enfulte orchidoclaste.

Ⅱ L'enfulte : plus un enfant, pas encore un adulte

Super introduit son personnage, en douceur et profondeur, par ce qui a fait sa réputation, nous voulons parler de la « description supérienne » au sujet de laquelle on lira notamment « T'as une belle peau : concision et puissance évocatrice de la description chez Didier Super ». Le « petit » n'a pas de muscles, pas de poils, ce qui en fait un être vulnérable qui, par là même, attire l'affection de l'auditeur. Toujours dans ces premiers paragraphes représentant la fin de l'enfance [PACCPV 1, 2], le sujet est situé dans son environnement social et familial, avec des parents attentionnés qui lui paient un tee-shirt à trois cents euros, et envisage encore de rester dans ce cadre en recherchant la profession respectée de gendarme.

Ⅲ Adolescence : affirmation du moi face au surmoi, sublimation du ça

Dans la deuxième partie de la chanson [PACCPV 2, 3], l'enfulte, confronté aux impératifs de la société qui réprouve son appropriation du tissu acoustico-artistique, affirme son emprise sur son propre corps par le piercing. Désormais affranchi des préoccupations terre-à-terre que lui imposent la biologie, il se prépare à quitter son nid afin de s'envoler vers l'indépendance et fonder son propre foyer, ce que symbolise le solo d'aspirateur de l'arrière-plan instrumental.

Ⅳ Passage à l'âge adulte : recherche de l'idéal amoureux

Le sacrifice que Super évoque sans tabou et avec une simplicité déconcertante [PACCPV 5] prouve l'engagement total et monovalent de l'enfulte par l'oblation de la PlayStation 2, dont l'enfant qu'il était ne se serait jamais séparé. Le « bout de shit » obtenu en contrepartie indique clairement que l'objectif recherché est l'amour : « shit » est un synonyme de « marijuana », autrement dit « Marie-Jeanne », figure de l'idéal féminin. Notons la réapparition du « bout », désormais équipé de sa boucle d'oreille et prêt à accomplir sa mission. Avant d'en arriver là, l'enfulte devra cependant apprendre à se connaître lui-même (le lecteur intéressé par cette référence à l'antiquité grecque, Γνῶθι σεαυτόν - Gnỗthi seautόn, consultera avec profit « On va tous crever : présence de l'Apocalypse chez Didier Super », où ce thème est abordé) et, en particulier, déterminer son orientation sexuelle, ce qu'explicite avec une remarquable concision le dernier couplet [PACCPV 6].

À ce stade, l'artiste-auteur saisit l'occasion de glisser un encouragement affectueux à l'enfulte qui, cerné par un « concert » (c'est-à-dire un rassemblement) de métal évoquant les fusils des soldats ou des chasseurs, choisit de « danser », geste par lequel il resitue l'Art au centre de la vie, ressemblant ainsi à « Bambi », l'enfant innocent contre qui le mal s'acharne en vain.

Conclusion

Nous avons montré la façon dont Super met en valeur le personnage de l'enfulte dans la chanson « Petit anarchiste, casse-couilles pour vieux ». Étant donné l'ampleur de l'œuvre supérienne, cette étude en appelle d'autres dont nous ne doutons pas de l'intérêt scientifique, notamment sur le personnage canin de « Petit caniche, peluche pour vieux » et sur l'automobile de « Citroën BX, bagnole de vieux ».

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