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Je tire sur le nœud bleu marine qui détend le papier orange et celui-ci s'épanche et s'abandonne pour laisser apparaître un chalet en trois dimensions. Mon oncle est propriétaire de quelques chalets dans un lotissement, l'un de ces chalets ne se loue pas et a besoin d'énormément de travaux depuis que l'ancien locataire l'a gravement détérioré avant de se scarifier à l'intérieur. Je sors complètement l'offrande de son emballage puis m'aperçois que c'est un long support fait de plusieurs photos en trois dimensions. Je regarde toutes les situations immortalisées avec attention, je souris, il n'y a que des bons souvenirs... ou presque.

L'une m'immortalise avec un nutritionniste très célèbre que je voulais absolument rencontrer, la seconde est un caddie en allumettes, je l'avais fait pour l'école, pour sensibiliser à la surconsommation. A la fin de ma présentation, j'étais censé brûler le caddie pour dire que la surconsommation pousse à la déforestation, mais ça n'a pas eu l'effet escompté. Dans ma tête j'avais imaginé chauffer le bas pour que le feu se faufile sur chacune des allumettes. J'ai chauffé le bas, ma structure s'est effondrée et le tout a brûlé.
Sur le cliché suivant, on peut apercevoir Pauline en tutu rose, avec des lunettes jaunes en forme de cœur, qui me tend mon gâteau d'anniversaire sur lequel il y a un petit « 18 » dessiné au chocolat et à la poudre d'amande. On semblait tellement jeune... On se savait admiré pour notre jeunesse, on se croyait invincible, on était beau. Je suis très fier de la savoir à mes côtés depuis des années. Elle embellie ma vie, jour après jour.
Une autre photographie est un simple mot que j'écris clandestinement sur la plupart des murs des grosses enseignes. Le mot est « OSE ». Cette pratique m'a valu de nombreuses mise en garde des policiers. La suivante est une photographie que j'ai prise lors d'un voyage entre ami.e.s, le voyage se déroulait à Moscou. Il y avait Pierre, Siméo, Hélène, Eliott, Boris et Pauline. Dans mes yeux se loge un socle de mélancolie sur lequel se trouve une grosse poignée d'amertume et le tout est saupoudré de joie et de curiosité.
Mon regard se pose sur un signe. Le signe « + » en gras, écrit sous forme de tag : à l'intérieur de ce « + », on distingue un œil. C'est le symbole de notre groupe d'ami.e.s, je crois profondément que le positif entraîne du positif et que le monde est tel qu'on le voit, on peut le changer à tout moment, ou du moins, l'améliorer. C'est à nous de choisir, d'agir. C'est à nous que revient la décision mais surtout c'est à nous d'être acteurice, non spectateurice.
La dernière photographie a été prise en été, par mon oncle, devant le fameux chalet. Nous sommes tou.te.s, en maillot de bain, nous sourions tou.te.s, c'était l'été 2034. Des larmes montent et grouillent au bord de mes yeux. La voix rauque et mélodieuse d'Izia s'estompe peu à peu, le bruit extérieur ne m'atteint plus, la machine dirigée par mes organes veut se faire entendre.
Je repense soudainement à Siméo. Alors que nous étions tou.te.s au chalet, pendant que nous nous amusions, pendant que l'on jouait à des jeux de société, pendant que nous riions, Siméo avait replongé. Il était arrivé à l'hôpital pour une augmentation mammaire suite à sa prise d'hormones transitives, il avait déjà choisi le prénom. Avant de commencer l'opération, les médecins lui ont demandé s'il prenait un traitement ou n'importe quelle substance, légale ou illégale. Il a répondu « Non », il a menti. Un simple antonyme aurait suffit à le garder en vie, un seul antonyme et nous serions tou.te.s venu.e.s... Siméo n'était pas parmi nous, il devait arriver six jours plus tard au chalet, et nous l'aurons appelé Sandra. Malheureusement, iel prenait différentes poudres, interdites. Iel avait arrêté, il y a quatre mois. Iel a repris. Iel a menti. Son mensonge a provoqué une réaction chimique avec l'anesthésiant, iel n'est plus.

Voyant mes larmes s'agglutiner et nourrir mon humeur aqueuse, voyant mon regard fixer cette photographie, voyant mon vide intérieur se refléter sur mon extérieur, Pauline court changer la musique et monter le son. Hélène et Eliott me caressent les épaules.

- Merci beaucoup, merci à tou.te.s, cette photofirme est vraiment géniale.

- C'est pour ça que tu pleures ? Ironise Pierre.

- Cette photofirme rappelle une multitude de souvenirs, tous sont bons sauf le dernier qui l'est seulement en partie. Votre cadeau me fait sincèrement plaisir. Croyez-moi.

- Y a ça aussi. Séverine intervient me tendant un lourd et relativement petit paquet.

Je l'attrape à deux mains et déchire le fin papier gris foncé qui longe et épouse parfaitement les formes du contenu. Je m'aperçois rapidement que le contenu est un livre, je m'empresse de le sortir de sa protection recyclable. Mon présent est un ouvrage assez grand, assez épais sur « La photographie, son histoire, ses acteurices ». Mes doigts ne peuvent s'empêcher de faire danser les pages du bouquin, mes yeux ne peuvent s'empêcher de bouger de droite à gauche, d'admirer la qualité du papier, la qualité d'écriture, d'illustrations...

- C'est encore un cadeau commun. En espérant que tu deviennes photographe professionnel. Me dit Eliott, en m'embrassant et passant son index au niveau de mes cernes.

- Si ça continue je ne pourrais pas rentrer seul, il faudra que des âmes charitables m'aident à porter mes cadeaux !

- Ca tombe bien, ça ne continue pas ! Intervient Marc.

Je ris puis remercie tout le monde, je suis vraiment touché par la réunification de tou.te.s, par leurs cadeaux de très grandes valeurs à mes yeux...

Héliosexuel [TERMINÉE]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !