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M'avançant en direction de la villa des Godès, j'essaie d'oublier le faible d'esprit du métro, je vais retrouver mon amie et positiver. Après tout, c'est mon anniversaire. Enfin chaque année, je doute. Je ne sais pas si en célébrant mon anniversaire, je fête mes années sur Terre ou je rends hommage aux terroristes. Je m'efforce de penser que non, la seconde hypothèse n'est qu'illusoire, que je fais d'abord ces festivités pour moi et que si je rends hommage à un groupe de personnes : c'est aux centaines de victimes et à leurs familles. Sûrement pas aux cruels imbéciles qui ont ôtés la joie, l'insouciance, la force, les ami.e.s, la gaieté, la vie momentanément ou définitivement pour injecter à ces gens la peur, la souffrance, les larmes et parfois même la mort, par le biais des utilisations sempiternels des armes de guerre.

Je ne connais absolument personne de concernée par cette attaque et pourtant, à chaque fois que j'y pense, je pleure.

Je fais un détour dans le quartier et regarde des vidéos humoristiques sur mon polytrophone, le temps de lisser mon visage, ravaler mes larmes, enfiler mon masque d'hypocrite.
Cinq minutes de Jérémy Ferrari, trois d'Elie Kakou et me voilà déjà revenu sur le lieu de rendez-vous. Je suis impressionné par cette immense cour. La demeure de Pauline était déjà énorme lorsque je venais, mais depuis que ses parents ont déménagé, elle est gigantesque. J'ouvre le léger mais solide portail, je marche maintenant sur une allée de cailloux, plus ou moins gros, plus ou moins blancs, plus ou moins ronds. De part et d'autre du chemin, il y a des arbres : bien fournis, bien taillés, relativement hauts. Derrière ceux-ci, il y a de la verdure et quelques autres espèces d'arbres, qui se rejoignent et forment un jardin. J'arrive à hauteur de trois petites marches qui mènent à la terrasse, qui, elle-même, mène à la porte d'entrée. J'accélère le pas, sans même me tenir aux rambardes de fer se trouvant de chaque côté des marches. Je suis en haut, sous le porche. J'agite le heurtoir, impatient. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvre :

- Bon anniversaire ! Dit-elle en me sautant dans les bras.

- Merci ma belle !


Je lui tends les bouteilles de vodka, soho, lambrusco et manzana avec un sourire complice.

- Il ne fallait pas, s'exclame Pauline en prenant celles-ci pour les ranger avec les autres.

C'est ton anniversaire, tu ne dois ramener que ta petite personne, et puis... j'ai acheté des bouteilles moi aussi. Marc en ramène également, mais lui ce sont des boissons sucrées, non alcoolisées, pour les mélanges !

- Au moins on aura l'embarras du choix à ce niveau-là. Ça va toi ?

- Oui très bien ! Maintenant que j'ai déménagé, mes parents voient que j'ai gagné en maturité et me font davantage confiance. J'ai la maison pour deux jours, ils reviennent dans la nuit qui sépare demain et après-demain ! Tu leur manques tu sais ?

- Ils me manquent aussi, ça fait...


Je réfléchis mais elle répond :

- Bientôt deux ans que tu n'les a pas vus !

- Quand même ! Tu t'es fait de nouveaux et nouvelles ami.e.s dans ta nouvelle ville ?

- Oui, plein ! Mais ils ne vous arrivent pas à la cheville !

- Tu peux me tutoyer.

- Toujours aussi bête !


Une sonnerie courte et stridente parvient à mes oreilles. Ce bruit s'apparente à celui que pourrait faire un appareil électroménager.

- Tu peux te retourner s'il-te-plaît ?

- Pourquoi ?

- J'ai fait cuire quelques trucs.

- Oh.


Dos à l'activité qui se déroule derrière moi, mon ouïe se concentre et fait son travail encore mieux que lorsque tous mes sens sont présents. J'entends des plaques interagir avec le plan de travail, j'entends des portes s'ouvrir et se fermer, j'entends des pas.

- C'est bon ?

- Presque.


J'attends encore. Mon odorat tente, en vain, de deviner quelles sont les choses que mon amie a fait cuire.

- C'est bon Arthur.


Pendant que je me retourne, j'entends :

- SURPRIIIIIISE !


Peu de temps après avoir entendu ce mot dans des bouches qui me sont connues, une mélodie dansante se fait entendre. C'est une chanson d'Izia. Je ne sais plus où regarder, des humains familiers sont de tous les côtés. Certains sortent de derrière les épais rideaux des Godès, d'autres de derrière la table à manger, d'autres encore de derrière la rambarde blanche des escaliers. Pierre, Marc, Séverine, Eliott... Dans un immense sourire je laisse une tremblante phrase passer à travers mes lèvres :

- Tout le monde devait arriver ce soir !


Ma copine Louane prend alors la parole :

- On ne voulait pas perdre de temps !


La belle Louane... Je ne l'avais même pas vue, ça me fait tellement plaisir qu'elle soit là ! La première fois que l'on s'est parlé, c'était parce qu'elle m'était littéralement tombé dessus. Nous n'étions pas dans le même lycée mais nos filières étaient similaires. Sa classe, la mienne et d'autres qui travaillaient autour du même secteur d'activité se rejoignaient à une conférence. Celle-ci portait sur les différentes sources qu'un.e auteur.e (d'articles, de revues, de livres...) devait utiliser. J'étais entre un garçon de ma classe et elle, je ne la connaissais pas, je ne la regardais pas, j'étais concentré sur le diaporama explicatif quand je l'ai senti rapprocher sa chaise en feutrine jaune de la table. Suite à cela, elle a dû entremêler nos pieds de chaises, elle a trafiqué quelques secondes, puis elle est tombée. Sur moi.

- Vous êtes super ! Je réponds, plein d'enthousiasme.


C'est incroyable que Pauline ait pu inviter tou.te.s mes ami.e.s, ou presque, ça me fait vraiment chaud au cœur.

- Prenez tou.te.s place dans le canapé et les fauteuils, je vous rejoins. Dit-elle.


Tout le monde s'exécute, j'entends les placards s'ouvrir et se fermer, une dernière fois. Pauline nous rejoint ensuite et je prends la parole :

- Merci à tou.te.s d'être venu.e.s, je suis sincèrement très content !


J'attrape Pauline par les épaules et lui chuchote :

- Et merci à toi, t'es la meilleure !


Ma secrète révélation attendrit mon interlocutrice et celle-ci m'offre un bisou péteux !
Par chance, pendant que je réfléchissais à la phrase suivante, Eliott m'interrompt dans mon discours :

- Tiens ! C'est de la part de tout le monde.


Il me tend un long et fin paquet orange. Mes lèvres se crispent, mon regard se baisse. Gêné, je prends ce cadeau et balbutie de sincères remerciements.

Héliosexuel [TERMINÉE]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !