Comment ne pas manquer l'heure du thé

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Comment ne pas manquer l'heure du thé
© Rose P. Katell
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Le tisonnier atterrit dans le miroir au-dessus de la cheminée et s'y figea, créant des sillons de fissures irréguliers. Pire, il manqua sa cible. Essoufflée et incommodée par son corset, Constance pesta, puis contempla les dégâts. Le tisonnier n'avait pas souffert, mais le verre... Elle espéra que son frère comprendrait.

Elle se mordilla l'intérieur de la joue. Elle s'installait à peine dans la maison de campagne de Lewis qu'elle y provoquait déjà une catastrophe. La honte l'envahit ; dire qu'il lui cédait les lieux et l'entretenait financièrement... Elle l'en remerciait d'une drôle de façon.

Plusieurs coups frappés contre la porte du salon la tirèrent de ses réflexions. Surprise, elle sursauta.

- Miss Harris ? Vous allez bien ?

- O-Oui, balbutia-t-elle.

- Vous êtes sûre ? Pardonnez-moi d'insister, j'ai entendu un grand fracas et...

Elle s'empressa de fournir une explication.

- Une simple maladresse de ma part, il n'y a pas de quoi s'inquiéter. Je vais m'en occuper.

Sans qu'elle lui en donne la permission, l'une des bonnes recrutées par Lewis pénétra dans la pièce, l'air angoissé.

- Laissez-moi m'en charg...

L'offre mourut sur les lèvres de la domestique sitôt que celle-ci remarqua le carnage. Constance grimaça, mais s'efforça d'arborer une mine rassurante.

- Un bête accident. Lewis a dû vous informer de ma gaucherie légendaire...

Pas convaincue, la jeune femme hocha malgré tout la tête. Constance faillit en soupirer de soulagement : Lewis lui avait probablement suggéré de ne pas prendre en compte les bizarreries qui l'entouraient, de se montrer polie quelle que soit la situation. Elle réfréna un sourire. Elle avait beau avoir dépassé les vingt ans, Lewis agirait toujours avec la même prévenance envers elle, sans juger sa particularité ou attendre d'elle qu'elle mène la vie typique d'une Anglaise - une attitude que leurs parents ne parvenaient pas à avoir, raison pour laquelle elle emménageait ici au lieu de rester dans la demeure familiale.

- Miss Harris ?

Constance se focalisa à nouveau sur son interlocutrice. À sa mine, elle soupçonna qu'elle l'avait déjà appelée.

- Excusez-moi,... Oh. Je m'aperçois que je ne connais pas votre prénom.

- Bess, Miss.

Elle opina.

- Excusez-moi, Bess. J'étais perdue dans mes pensées. Vous disiez ?

- Souhaitez-vous que je nettoie maintenant ? Je demanderai à l'intendante d'écrire à Monsieur, pour le miroir.

Constance pâlit. L'intendante ! Par tous les saints, elle n'était pas encore allée la trouver... Comment avait-elle pu oublier son désir de discuter au sujet du personnel ? Elle s'était pourtant promis de faire plus ample connaissance avec elle, car son arrivée tardive de la veille ne le lui avait pas permis.

Comment ne pas manquer l'heure du théLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant