Chapitre 1

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Maxine

Une brume froide nous enveloppe, et rend notre tâche contraignante. Le climat coréen en avril est relativement doux, mais certaines journées, cette brume matinale nous glace les os. Mes collègues semblent aussi désemparés que moi ; tous, sauf Devon Lippman. Il faut dire qu'il a bien d'autres soucis en tête depuis quelques mois.

Pourtant, il continue à faire son travail sérieusement, comme si rien ne pouvait l'atteindre. Par certains côtés, je crois que je l'admire. Bon, il est certain qu'il est loin de remporter le premier prix de camaraderie, mais je ne peux pas dire que j'excelle dans ce domaine non plus.

Depuis que j'ai rejoint le CEBY, je ne me suis pas vraiment liée à mes nouveaux camarades, mis à part la famille Lippman. Il faut dire que je loge dans leur manoir, en compagnie du directeur du CEBY lui-même. Il m'a affirmé que c'était pour ma protection ; je lui fais confiance. En même temps, cette demeure est magnifique. Océane a vraiment fait un travail remarquable avec la nouvelle décoration.

Je me fige un bref instant, et chasse bien vite l'héritière de mes pensées. Je ferais mieux d'ailleurs de chasser tous souvenirs de mes pensées et me concentrer sur mon job.

Aujourd'hui est notre quatrième jour de recherche. Depuis quelques mois que nous cherchons l'artefact – en vain – nos pistes s'amenuisent. Le fait de ne pas savoir de quel point de vue étudier cette énigme n'aide pas. William en est arrivé à citer la statue de la fraternité, érigée après l'armistice de la troisième guerre mondiale, à une trentaine de kilomètres au nord de Seoul. Devon s'est aussitôt porté volontaire, comme d'habitude. J'avais envie de voyager, alors je l'ai accompagné.

Depuis notre arrivée, nous avons installé des terrains de fouille tout autour de la statue, pour nous partager le travail. Notre équipe de dix n'est pas de trop pour inspecter toute cette zone. Notre détecteur n'a pas repéré les ondes émises par un artefact, ce qui en temps normal nous aurait fait rebrousser chemin, mais depuis quelques temps, les détecteurs ont tendance à buguer. Nos meilleurs techniciens se sont penchés sur le problème, sans y comprendre quoique ce soit.

Il est encore tôt, mais déjà deux ou trois de mes collègues fouillent la terre. Ai-je besoin de préciser que Devon est parmi eux ? Il est toujours levé le premier ; toujours occupé à quelque chose. Je suppose qu'il en a besoin pour oublier. J'hésite un instant et le rejoins dans le carré qu'il s'est sélectionné. Il fauche rageusement la terre dure à coups de pioche. Apparemment, il s'est levé du pied gauche... s'il a dormi. Je m'arrête à bonne distance derrière lui ; je préfère éviter de me prendre un coup maladroit.

— Bonjour.

Ma voix paraît presque éthérée dans ce brouillard mystique.

Il me jette un rapide coup d'œil et me salue en retour d'un grognement. Il ne s'arrête pas une seule seconde de travailler. Je relance la discussion, probablement pas de manière très intelligente.

— Tu as trouvé quelque chose ?

Au fil des mois, on en est venu à se tutoyer. Un ricanement sarcastique lui échappe.

— Tu crois que je creuserais toujours si c'était le cas ?

Je grimace, mais j'ai bien mérité sa répartie. Plutôt que de rétorquer une phrase creuse, je m'empare d'une pioche à mon tour et commence à creuser à ses côtés.

Pendant de longues minutes, nous ne prononçons pas un mot. Seul résonne le métal frappant la roche, et nos grognements d'effort.

Au bout d'un moment, Devon fait une pause et s'essuie le front avec le revers de sa manche. Je sens ensuite son regard peser sur moi.

Yanael 4 - Les trompettes de l'ApocalypseLisez cette histoire GRATUITEMENT !