5. La cité d'Al-Agar (3)

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Rahyr et Vankir reprirent leur chemin. Ils entrèrent enfin dans le ravin lumineux, qui offrait une vue sur toutes les échoppes intégrées dans la montagne : chaque entrée sculptée abritait des artisans aux ouvrages variés : allant de simples breloques aux objets à la technologie avancée. Vankir saluait des djinns à tour de rôle, il semblait connaître du monde ici. Il y avait davantage de djinnins dans cet endroit et peu d'autres espèces de Djinns.

Dans le creux du ravin, se trouvait une enseigne aux lettres Djinns flambant d'un feu bleu électrique, ils étaient arrivés au salon de tatouage. La roche grise avait été recouverte de cette pierre bleue luisante. L'entrée était un enchaînement de dessins divers et continus jusqu'aux lettres enflammées de l'enseigne. Mais une question taraudait l'esprit de Rahyr : où était l'entrée ?

—C'est dans la gueule du dragon, dit Vankir

Vankir s'approcha et inséra son médaillon d'identification. L'ouverture lui coûta deux unités djinns : un système de paiement utilisé dans la cité, mais qui était réservée aux Djinns de rang 1, 2 et 3, ainsi qu'aux Djinns-voyageurs. Lorsque le médaillon, insérée dans la sculpture géante du dragon s'enflamma, rien ne se passa et Vankir le retira.

—C'est bon, déclara-t-il, On peut entrer ! 

—Mais par où, je ne vois aucune entrée.

—Hé bien par là, pointa Vankir du doigt.

Le patrouilleur désigna les yeux du dragon qui avait laissé place à deux petits trous.

—Si tu as du mal à t'évaporer, enflamme tout ton corps, ce sera plus facile pour changer d'état

Les deux djinns se transformèrent en fumée et s'insérèrent lentement dans les yeux du dragon. A la minute où ils entrèrent, ils furent aspirés par le bas, jusqu'à toucher un sol dur et froid. Le patrouilleur et le djinn terrestre se matérialisèrent à nouveau. 

Devant eux, se trouvait une entrée circulaire formée par des dents géantes de dragon, sculptés dans la pierre : ils étaient arrivés à destination. Derrière, le vide entre eux et la paroi laissait entrevoir des dizaines de galeries et des allers et venus de Djinns qui apparaissaient à des endroits différents. C'était comme si on avait creusé une tranchée circulaire tout le long de la paroi de la montagne.

—C'est une galerie souterraine en spirale. Un jour, je te ferais visiter les autres tunnels mais pour l'instant, place à ton premier tatouage de Djinn. Après, il faudra sérieusement qu'on t'habille, je ne voulais rien te dire, grimaça-t-il, mais enfin bon tu m'as compris. Allez, à toi à l'honneur !

Rahyr s'engouffra le premier dans la gueule du dragon en pierre qui lui révéla un lieu à l'ambiance tamisée et sombre. La lumière n'était pas produite par des flammes cette fois mais par des néons translucides, cela ressemblait beaucoup au fluide vital de l'âme qu'il avait goûtée quelques heures auparavant. En face, tout au bout de la galerie, le mur était sculpté sur toute sa hauteur. De part et d'autre, on pouvait voir des petites entrées arrondies taillées dans la pierre et cachées par des voiles de fumée noire, stables et impossible à traverser.

Mais ce qui retenu l'attention de Rahyr, n'était pas la couleur des murs, ni même ce bruit de scie qui agressait ses oreilles, c'était l'odeur : une odeur de sang et de souffre. Rahyr absorbé par ce décor étrange, n'avait même pas remarqué que Vankir avait disparu. Ses entrailles se tordirent, sa bouche s'humidifia. Des frissons le secouaient de toute part. Le djinn terrestre n'aurait su dire si c'était à cause de l'odeur ou d'une anxiété entretenue par ce bruit effrayant qui se jouait à l'infini dans sa tête. 

—C'est ce soir que ça va se passer. J'espère que tout le monde est prêt. Il faudra protéger notre futur roi. 

Rahyr s'était adossé au mur gauche, proche d'une entrée couverte par ce rideau de fumée noire. 

—Es-tu prêt toi ? Je te sens anxieux, répliqua une autre voix au timbre suave

—C'est que... J'ai peur que les choses dégénèrent dans la cité...

—Oh, ce sera le cas, dit calmement la voix étrangère, Le Conseil pliera devant nous, mais nous, jamais. Un Djinn se gouverne seul.

Rahyr tremblait de tout son être, il suait abondamment. Alors qu'il aperçut enfin la silhouette de Vankir s'approcher de lui, sa vue se troubla et il sombra dans les ténèbres.

Un bruit sourd et continu résonnait dans les oreilles du djinn terrestre, jusqu'à ce que le bruit se transforme en son, puis en rythme accompagné d'une mélodie. Il semblait y avoir du mouvement là où il se trouvait, des silhouettes floues bougeaient autour de lui. Peu à peu, Rahyr reprenait connaissance.


—Bienvenue au bar couché ! S'exclama Vankir, Si j'avais su que te faire un tatouage t'angoissait à ce point, on serait venu ici directement—Je t'ai dit que je ne voulais pas y aller.

Vankir se sentit un peu coupable, il était peut-être trop enthousiaste ou trop hâtif. Rahyr aurait bien sûr tout le temps pour découvrir ce monde mais combien le patrouilleur en avait-il encore ? Vankir allait bientôt partir en mission, il le sentait.

A gauche, sur la scène s'agitait une drôle de créature qui était très familière au djinn terrestre. On aurait dit un chat géant, mince et élégant, au pelage gris foncé. Le chazème était vêtu de ce qui ressemblait à un costume de couleur sombre. Enivré par la mélodie qu'il chantait, le chazème claquait des doigts au rythme des tambours martelés dans le fond par des trolls. C'est à ce moment que deux nymphes habillées de paillette sortirent de l'ombre pour accompagner le chat géant, à la silhouette longiligne.

Tout le monde tapait du pied dans le bar au rythme de la mélodie sauvage, la voix imposante du chat réchauffée par celles plus délicates des nymphes. Rahyr ne comprenait pas tous les mots de la langue des djinns, il parlait un jind très ancien, mais il arrivait tout de même à saisir de le sens de ce qu'on lui racontait et lui aussi se mit à taper du pied.

—Rahyr, je te présente Vys ! Pendant que tu étais plongé dans le coma, nous avons discuté de ta situation et je n'ai même pas eu besoin de lui demander, Vys s'est proposé de t'héberger. Alors qu'est-ce qu'on dit ?—Merci Vys

Le djinnin à l'allure de colosse le salua et lui servit une coupe fumante

—C'est pour moi, dit Vys—Ah il ne faut pas que tu rates ça ! C'est un peu toxique, une fois que tu auras passé les vomissements, tu te sentiras beaucoup mieux, mais crois-moi ça vaut le détour ! —Euh... Non merci. Je ne me sens pas très bien, je prendrais bien une de ces petites fioles magiques 

—Bon d'accord, mais tu commences ton service ce soir ! Oh, il faut que j'appelle Ylis pour lui demander de nous rejoindre avant qu'il ne s'en aille, je te le présenterais.

Le monde des Djinns : Ylis, l'arracheur d'âmesLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant