20 - Règlements et présentations

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Angeline le sylphe prévint Braquart et Chapuis :

Je suis présent et égal à moi-même ; réfléchissez bien.

Le lieutenant et le major accusèrent réception de la menace. Nathanaël, sac de voyage à l'épaule et Amandine de Sarh au bras, toisa les deux gardes d'un air de défi. Elle les salua :

— Punis, je suppose ? Veuillez accepter mes excuses.

Le sarcasme de Braquart explosa :

— Ça alors, mademoiselle, vous avez encore attrapé Luz avant nous ! Quelle efficacité, je présume que vous vous rendez derechef aux geôles afin de jeter ce meurtrier à sa place.

Amandine baissa les yeux.

— Quant à vous, le pet glorifié, vous avez agressé la Garde. Vous avez attaqué des collègues. Méfiez-vous : dès qu'on aura trouvé comment, on vous mettra la main dessus.

Pardon ?

— Il ne le pense pas, gémit Chapuis. Ne lui en tenez pas rigueur.

— J'en pense que nous sommes encore envoyés sur les roses pendant que les nobles, comme à leur habitude, s'en tirent bien. J'en pense que des citadins ont été envoyés à la Tour pour moins que ça. Vous avez traversé les geôles, monsieur de Luz ; vous êtes-vous demandé qui étaient vos voisins ? De qui les prisonniers étaient les pères, fils, frères, amis ? Et vous êtes partis jouer les martyrs auprès du Grand Maître ; n'avez-vous donc aucune pudeur ?

— Lieutenant, si c'est ce qui vous inquiète, je ne m'en tire pas à si bon compte : le Grand Maître m'a banni de la Tour et je me rends en Ville.

— Vous vous rendez en Ville ! Elle est bien bonne, celle-là. C'est une punition, maintenant ? C'est bon à savoir, parce que j'y ai des amis, une femme et trois enfants, en Ville !

— Et un petit-fils, glissa Amandine dans un sourire.

— Oh, taisez-vous !

Amandine de Sarh releva la tête, le sourcil haussé.

— Lieutenant. Vous pouvez vomir votre colère autant que vous le voulez. Vous pouvez à loisir me rappeler mes manquements à ma Maison. Mais ce que vous ne pouvez certainement pas faire, c'est me donner un ordre. Partons, Nathanaël.

Ils gagnèrent l'ascenseur.

*

Ada Rousseau-Stiegsen faisait ses comptes sur son bureau. Ils ne tombaient pas juste. Elle se renversa en arrière sur sa chaise et soupira. Son époux passa derrière elle, consulta son carnet, embrassa son front et lui dit :

— Je ne connais pas beaucoup d'hommes qui peuvent se vanter d'avoir une femme qui ne leur coûte que cinq sous.

— Je suis désolée. Je t'ai promis que tu n'aurais rien à dépenser quand j'ai ouvert la pension mais je n'y parviens pas. Il faudrait congédier quelqu'un mais alors je devrais prendre sa place et tu sais que je ne peux pas, je ne peux pas.

— Chérie. Je ne paie que mes vêtements, la moitié des dépenses d'Olivia et la moitié des meubles. Je ne paie même plus mes repas quand nous les prenons avec les pensionnaires. Cinq sous, ça ne vaut pas la peine de te rendre malade.

Ada posa ses binocles et son crayon et se retourna vers Sven, contrariée.

— Je n'y peux rien : ça m'embête. Si nous subissons un imprévu, c'est encore ton salaire qui devra couvrir. Je n'aime pas ça du tout.

Il la prit dans ses bras. Elle tâcha de garder contenance. Il lui était bien trop facile de s'abandonner dans sa chaleur. Il s'enquit :

— Tu penses à autre chose, n'est-ce pas ?

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