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Au bout de la route

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Chester
Tueurs d'anges et/ou Onirophrénie
(Attention aux spoilers : si vous avez lu seulement Tueurs d'anges, vous serez spoilé·es sur Onirophrénie. Si vous avez lu seulement Onirophrénie, vous serez spoilé·es sur Tueurs d'anges)



Il n'y a presque plus aucune étoile dans le ciel, et celles qui résistent brillent pour toutes les autres.

Le chant du cygne des astres mourants.

Lili n'avait pas conscience qu'elles s'éteignaient une à une ; en fait, elle ne regardait jamais le ciel quand elle marchait en dessous. Son horizon se résumait à la perspective vertigineuse des terres ravagées par la lumière, aux mille nuances de gris que la cendre jetait sur les paysages. Anthracite de l'asphalte crevassé, grège des champs grillés, payne et perle des tempêtes. Et l'azur de l'été se reflétant sur la mer, un bleu qui n'existe que dans ses rêves.

La lumière, elle l'a retrouvée en arrivant à Town. La dernière ville du monde a beau n'être qu'un camp de réfugiés fuyant la colère des Cieux, elle brille comme une supernova dans la nuit, parcourue de guirlandes et de lanternes alimentées par les panneaux photovoltaïques que la poussière n'a pas encore éteints, arpentée par les survivants que les anges n'ont pas réussi à faire taire.

Mais les supernovas ne sont que des étoiles en fin de vie, en fin de compte.

Et il ne reste que cinquante-deux jours. Soit rien. Une paille.

Et alors qu'elle regarde les astres briller en silence avant de s'effacer, Lili se demande pourquoi elle s'est acharnée à avancer envers et contre tout pour parvenir au bout de la route.

Elle a erré durant des mois sous la menace des anges, et avait presque réussi à se persuader que ce périple serait sans fin. Un calendrier figé à la même date. Un sablier infini dans lequel les grains ne s'épuisent pas. Un voyage sans destination.

Et pourtant, elle y est arrivée, à destination, alors même qu'elle ne voulait pas la voir

Et il ne reste plus que cinquante-deux jours maintenant.

Les habitants de Town lui paraissent indifférents à cette terrible échéance qui se profile en détruisant tout sur son passage. Peut-être parce qu'ils vivent entre eux depuis longtemps, peut-être parce qu'ils se sont résignés, aussi... Mais Lili peine à les comprendre. Elle les entend, au loin, occupés à raviver les flammes du grand bûcher élevé sur le semblant de place au cœur du camp, un rituel immuable après lequel ils vont se réunir jusque tard dans la nuit pour manger ensemble, puis rire et s'amuser, danser parfois, et chanter... Une façon de tenir l'obscurité à distance, un sort afin de conjurer les ténèbres qui menacent à chaque instant de fondre sur eux. Un exorcisme pour ne pas perdre la tête.

Sa tête, Lili se demande comment elle ne l'a pas encore perdue, elle s'étonne toujours de ne pas être devenue folle avec le temps.

À moins qu'elle le soit déjà.

À moins que Town ne soit qu'une illusion, un mirage que son esprit malade aurait construit pour elle.

Bruit de semelles crissant sur du gravier derrière elle, soudain. Quelqu'un vient, la sortant de sa sinistre songerie, et elle soupire avec lassitude.

Le soir, quand elle cherche à fuir la compagnie des habitants de Town auxquels elle ne s'est jamais vraiment mêlée, elle se réfugie ici, dans le petit parc pour les enfants caché entre deux rangées de pavillons. Elle a demandé à Noah et à Joseph, les deux gamins avec qui elle passe le plus clair de ses journées, de la laisser seule ces moments-là. « J'ai besoin de m'isoler, parfois, leur a-t-elle dit. Un peu comme un jardin secret, vous voyez ? » Elle s'assied alors sur une des balançoires rouillées et parle au silence, parle aux étoiles mourantes qu'elle aperçoit entre les cimes des arbres au feuillage séché, bercée par le crépitement de la torche accrochée au lampadaire non loin et par le parfum du bois brûlé.

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