Chapitre 2

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Monde Sauvage — Village des survivants

La cavalière remontait la rivière depuis plus d'une demi-heure ; la prudence l'obligeait à se téléporter à l'écart du camp des survivants, afin de les préserver des immortels. Avant de se mettre en route, elle prenait garde d'être bien seule et guettait les alentours. Depuis treize ans, elle coupait le lien avec son clan durant la téléportation pour éviter aux siens de la suivre à la trace ; le temps de la retrouver, elle pouvait brouiller les pistes et protéger les derniers Hommes encore en vie. Certes, elle se questionnait sur la réelle efficacité de cette manœuvre ; les Alphas localisaient n'importe lequel des leurs à partir du moment où le lien était ouvert. Dans le cas contraire, cela était vu comme une désertion, une trahison, et la peine de mort était souvent appliquée. Charlotte désirait éviter d'en arriver là, et étendait à nouveau son esprit après la téléportation. Sans doute que Nalpha faisait trop confiance ou alors il ignorait volontairement certaines conduites si cela ne nuisait pas au bien-être de la tribu. Quelques remarques lui mettaient par moment la puce à l'oreille, toutefois sans grandes preuves. De plus, le Loup semblait s'éloigner peu à peu de la gérance du clan, dont Romaric prenait lentement les rênes. En fin de compte, Charlotte s'inquiétait pour rien ; si Nalpha avait voulu la bloquer, il l'aurait fait depuis longtemps. En attendant, la Delta veillait à la sécurité des derniers représentants de l'espèce humaine.

Une dizaine d'années auparavant, une violente épidémie avait eu raison des mortels ; les réserves avaient été décimées et la maladie s'était propagée hors de celles-là, atteignant les esclaves. De nombreux Skryta'lian avaient essayé de mettre à l'abri les personnes saines et d'éradiquer la Peste. Malheureusement, les camps, non contrôlés et avec une hygiène décroissante depuis bien longtemps, étaient devenus des nids mortels ; les rats souillaient les rues, les habitations, et condamnaient les humains avec brutalité. Beaucoup avaient espéré fuir. Ils avaient emporté avec eux le réservoir naturel de la maladie et avaient contaminé les individus à l'extérieur. Les Loups, pour lesquels cette maladie s'apparentait à un simple rhume, n'avaient jamais jugé utile de préserver ces êtres inférieurs de ces virus jusqu'à cet instant-là.

La panique avait envahi les deux peuples. Les Alphas avaient donc pris une décision menant à l'extermination de l'espèce humaine ; les survivants des campements furent retenus dans un seul, accompagnés par des esclaves arrachés à leur maître même s'ils ne présentaient aucun symptôme. Les rats furent chassés, abattus, afin de faire cesser cette pandémie et les réserves, désertes, se consumèrent dans les flammes. Puis, le pire arriva. Les humains s'étaient déchirés, s'entretuant dans le but d'écarter les malades ; un affrontement interne qui conduisit à la destruction des lieux. Plusieurs incendies s'étaient propagés à grande vitesse, ils avaient tout dévoré sur leur passage ; enfermés, piégés, aucun survivant n'avait été recensé après cette période dévastatrice. Charlotte fut témoin de l'extinction de son espèce.

Néanmoins, la Louve était parvenue à sortir discrètement certains des siens de cet enfer et ils représentaient aujourd'hui les derniers Hommes sur Terre. Officiellement, ce peuple n'existait plus. Ce petit groupe de rescapés était mené par Emile Faure et il comptait une quarantaine d'individus. La douleur se lisait en chacun d'eux ; ils acceptaient à contrecœur le fait d'être une espèce désormais condamnée.

Charlotte continua son chemin, avant d'arriver à la lisière d'une forêt où se trouvait un petit village. Elle lança sa monture au galop. Sa longue chevelure ondulée flottait derrière elle ; libre et sauvage, elle volait au gré du vent et du rythme adopté par l'animal. La femme s'était vêtue simplement : un vieux pantalon avec des bottes, ainsi qu'un t-shirt et un pull vieilli par le temps. En un regard, elle ressemblait à ces individus qu'elle rejoignait et qui se contentaient de peu sans se plaindre. Charlotte refusait sa condition d'immortelle. Elle ne l'acceptait pas et ne l'accepterait jamais ; Charlotte restait humaine en son cœur.

Skryta'lian : T2 - SoulèvementWhere stories live. Discover now