Chapitre 24 - Partie 1 - L'affrontement

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Naola préparait un Salazar avec une application particulière. Non qu'elle ne connaisse pas sur le bout des doigts la composition du cocktail vermillon, mais tout, ce soir, revêtait de couleurs et d'un caractère très spécial.

Elle s'était pointée au Mordret's Pub en fin d'après-midi et avait décrété y passer quelques heures. Son ancien patron avait accueilli la nouvelle d'un « En ce cas je vous laisse le service » tout à fait indifférent et était retourné à son étude du moment – un livre qui avait la désagréable tendance à embaumer l'air d'odeurs pestilentielles lorsqu'il estimait son lecteur inattentif. La nuit, de toute façon, s'annonçait calme : les longues dents ne sortaient presque jamais à la nouvelle lune.

De fait, le bar était désert, ou presque : Iyan, un vampire massif à la peau sombre, feuilletait tranquillement un journal, installé sur l'un des tabourets accolés au zinc. La créature, vêtue d'un grand manteau noir élégamment coupé, portait – pour le style sans doute – de petites lunettes rondes.

« Je prendrais un autre café, s'il te plaît, demanda-t-il alors qu'elle terminait sa préparation.

— Je te fais ça. »

La jeune femme figea son cocktail d'un sortilège temporel avant de s'occuper de la commande. Elle déposa la tasse fumante devant le vampire, puis bâilla.

« T'es toujours coincé ici ? s'enquit-elle.

— Jusqu'à ce que l'Ordre se calme, ouais, grogna la créature en découvrant les canines.

— Je t'imaginais pas mercenaire. »

Iyan haussa les épaules.

« Y faut, parfois. Ils paient bien et nous laissent vider les gêneurs. Une curée, ça éloigne la faim et ça chasse la rage, des fois pendant plusieurs mois. Y'a que l'Ordre qui nous offre des curées.

— Ouais et on voit où ça te mène, répondit la serveuse avec ironie. Ça fait combien de temps que tu te planques ?

— Une semaine. »

Naola garda pour elle ses commentaires. Iyan faisait partie des vampires qui auraient dû assurer la protection de Diaidrail et qui avaient fui face à la violence meurtrière de l'Once. L'Ordre avait mis à prix la tête des déserteurs : des cinq créatures rescapées, deux seulement vivaient encore. Iyan avait eu la présence d'esprit de demander asile à Mordret et, depuis, il se terrait au Pub.

« Je redescends, merci pour le café, lâcha-t-il brusquement.

— Je ne vais pas tarder à rentrer. Fais attention à toi, répondit Naola avec un sourire.

— Ouais, toi aussi. »

Naola réalisa un second cocktail dans la salle parfaitement vide. Elle apprécia chaque instant, chaque tintement de bouteille, chaque effluve d'alcool, chaque volute rouge de la préparation. Terminée, elle la disposa en face d'elle, puis leva le maléfice temporel qui figeait encore son premier verre.

« Un Salazar, Monsieur.

— Vous partez bien tôt, ce soir, commenta Mordret, assit en face d'elle.

— J'ai dit à Mattéo que je ne m'attarderais pas, s'excusa-t-elle.

— Je ne vous attendais pas, quoi qu'il en soit.

— Dites que je vous dérange aussi...

— Je n'ai pas dit cela. »

Naola rit et ils dégustèrent de concert une gorgée de cocktail. La jeune femme dissimulait sans difficulté son malaise au vampire. Il n'y entendait rien aux sentiments humains et avait toujours été infoutu de détecter son état émotionnel ; ce soir ne faisait pas exception. Comment aurait-il pu déceler la terreur derrière le sourire amusé de sa petite serveuse ?

Dans quelques heures, l'Once s'attaquerait au leader de l'Ordre, une lutte à mort à laquelle Naola prendrait part. Ce verre dans le silence apaisé du Mordret's Pub risquait bien d'être le dernier.







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Et nous allons être obligées de vous laisser avec cette seule  mise en bouche car nous avons du faire face à un impératif d'ordre professionnel... C'est assez chouette de pouvoir dire "professionnel" dans ce cadre là, puisque nous avons signé nos premiers contrats d'édition pour Bienvenue au Mordret's Pub, et qu'il s'en est suivi une TRÈS INTENSE période de relecture, pour livrer le tapuscrit corrigé dans les temps. 

Nous ne voulons pas bâcler cette fin de livre, mais les journées n'ont pas la décence de faire plus de 24h... résultat, nous n'avons pas pu y consacrer le temps nécessaire ce mois ci. Nous avons donc décidé de ne pas nous hâter... ce qui implique de vous faire patienter :)

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Bonne soirée et à très vite ! 

Cloé et Tat'

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