24.Ezra♠

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Bouger. Il faut que je bouge.
Arrête de trembler putain..., arrête je t'en supplie, arrête.

          
Je resserre mes doigts sur le drap comme pour le déchirer. Ce même drap sur lequel... Un gémissement m'échappe. Je m'en recroqueville d'autant plus sur moi-même. Je sens les larmes coulant incessamment sur mes joues. J'opère un léger mouvement, un léger battement de la cuisse que je regrette aussitôt. La douleur s'insinue en moi, une brûlure vive m'arrache un nouveau gémissement, de nouvelles larmes.

         
  J'ai mal.

Adam s'approche doucement de moi, comme pour ne pas me brusquer. Il se baisse et ramasse mes sous-vêtements tombés au sol. S'asseyant au bord du lit, il les pose à son côté et se contente d'attendre. Mon regard est posé sur lui. Sa respiration est toujours forte. Je ne l'ai pas vu battre l'homme. Je l'ai entendu. Il est venu, il m'a sauvée. Grâce à lui ce supplice est terminé. Je rentre la tête sous mes bras pour pleurer en silence. Je sens son regard posé sur moi et lorsque je relève la tête je le rencontre. Ses yeux brillent. Au ralenti, j'essaye tant bien que mal de me redresser. Mes bras sont faibles et encore tremblants, ils supportent mal le poids de mon corps qui me semble peser plusieurs tonnes. J'essaye d'atteindre mes sous-vêtements. Il les reprend pour me les tendres puis après me les avoir donnés, se lève et va à la fenêtre. Il lève les rideaux et observe l'extérieur, me laissant mon intimité. Je laisse le drap retomber et découvrir ma poitrine nue avant de mettre avec difficulté et gestes détachés, mon soutien-gorge. Je n'arrive pas à fermer les agrafes et des larmes de rages perlent au coin de mes yeux, mon nez me pique, ma gorge est nouée. N'en pouvant plus je l'enlève et le jette rageusement à l'autre bout de la salle. Je m'agrippe la tête à deux mains et me bat le front de la paume de ma main. M'entendant, Adam se retourne et s'approche précipitamment de moi. Il m'agrippe par les épaules pour me calmer mais ce geste me fait sursauter et je me jette en arrière.

- Je suis désolé, se précipite-t-il de dire.

           
Ses yeux se remettent à briller. Ma vue se brouille tandis que je secoue la tête. Ce n'est pas sa faute.

- Je peux t'aider à le mettre si tu veux ?

           
Une légère gêne s'installe dans l'atmosphère. J'acquiesce et doucement, il ramasse ma lingerie et contourne le lit pour m'approcher. Je lui montre mon dos. Il me tend le linge que je mets et, attrapant les deux extrémités en essayant de ne pas toucher ma peau, fixe les agrafes.

- Merci.

           
Ma voix n'est qu'un murmure brisé. Je détends légèrement les jambes, mon entre jambe souillé par le sang, pour enfiler ma culotte, essayant de ne pas trop me montrer à Adam qui, de toute manière, a détourné le regard. Je sais maintenant qu'il faut que je me lève. Ce simple geste me parait impossible. Je me mets au bord du matelas et laisse pendre mes jambes dans le vide. Je pose mes pieds au sol et petit à petit, me dresse, laissant tout mon poids sur ces muscles.

Je tremble toujours, je resserre les bras autour de ma poitrine et m'oblige à respirer profondément. Il m'apporte ma robe et je l'enfile. Je lui tourne le dos et le dégage de mes cheveux. Comprenant, il ferme ma fermeture. Je frissonne en sentant ses doigts remonter le long de mon corps et dès que ce geste est effectué, il s'empresse de retirer ses mains.

- Pardon, murmurai-je.

           
Je me sens minable, pitoyable. Alors je m'excuse, de lui causer tant de soucis. D'être confronté à de telles situations. D'avoir à me supporter. A m'assister. Sans aide je ne suis plus rien.

- Ce n'est pas à toi de t'excuser.

           
L'amertume pointe dans sa voix. Il ne pardonnera pas ce gars. Et moi je ne l'oublierai jamais. Les larmes reviennent, descendent le long de mes pommettes, se nichent au coin de ma bouche pour aller pendre au bout de mon menton :

- Je n'étais pas moi. Ça ne me ressemblait pas. Ça n'était pas moi. Jamais je n'aurais fait ça.
- Je sais. Ce n'est pas toi.

        
   Je ferme les yeux et inspire profondément, sa voix m'aide à me calmer. Elle est posée, douce et attentive.

- C'est après que j'aie bu et.... Je ne sais pas ce que c'était.

          
Je me rappelle la sensation après avoir bu dans le verre tendu par Cheryl.
           

Cheryl.

           
Serait-il possible que ce soit elle qui ait mis quelque chose dans mon verre. Pour se railler de moi et me ridiculiser ? Etait-elle consciente de jusqu'où son geste pouvait aller ? J'espère bien que non. Je me tourne alors vers Adam et murmure :

- Cheryl.

           
La panique me prend et mon regard se perd. Je regarde partout autour de moi et recule pour m'appuyer contre le mur. Le seul avec qui le contact m'est encore possible. Adam attend que je poursuive.

- Cheryl a mis quelque chose dans mon verre.

           
Je me laisse tomber au sol et me contorsionne. Il s'approche de moi et pose une main sur ma joue. Je sursaute mais m'oblige à ne pas avoir de geste de rejet. Ainsi, je relève la tête, paupières closes et me laisse aller contre sa paume.

- Aide-moi à sortir d'ici, s'il te plaît.

          
Il prend ma main et m'entraîne, à travers le couloir, les escaliers, le hall d'entrée, le jardin.

          
Nous sommes seuls au milieu de la rue obscure et sa main tient toujours la mienne.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant