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Oxyde
Tueurs d'anges, Oracles | Facultatif : Elisabeta



Il a ressenti la présence jusque dans ses os dès le moment où il a posé le pied sur le sol poussiéreux de cette ville dont il ne sait rien, pas même son nom. En réalité, Oxyde ignorait totalement où il se trouvait à ce moment-là ; il errait dans le coin depuis deux jours en espérant vite retrouver son chemin, conscient du temps qui passait sans vergogne, et pestait contre son sens de l'orientation mis en défaut.

Il n'est pas loin de la frontière italienne, c'est certain. Mais ensuite ? Où se trouve-t-il exactement, près de quelle grande ville, près de quel grand axe qui lui permettrait de reprendre la route sans attendre ? Les jours passent à une vitesse folle. Il a à peine le temps d'émerger le matin, tiré du sommeil par la terrifiante lumière du soleil qui frappe ses paupières, qu'il doit déjà se remettre en quête d'un abri pour le soir, un bâtiment loin des anges, loin des pillards et loin des survivants, si possible dans un coin paumé où personne n'aurait l'idée de fouiner. Pas trop paumé non plus, pas trop reculé pour pouvoir fuir quand il le faut, et pas trop délabré pour éviter de se réveiller en pleine nuit parce que le toit de l'immeuble lui serait tombé sur la gueule.

Mission Impossible, chaque jour.

Et seul, parce que ce serait trop facile ; Dossou n'est jamais revenu, Élias est trop loin, et Francesca apparaît à présent par intermittence. Oxyde se promène comme un con à la recherche d'un refuge qui lui permettrait de passer ces derniers jours sans qu'on l'emmerde, mais il faut croire que c'est trop demandé.

Alors il erre au hasard des routes couvertes de carcasses de voitures et de cendre, au gré des carrefours, des zones industrielles, des ruines de villages, suivant les lignes tracées sur la seule carte du pays qu'il a réussi à ne pas égarer.

Ne va pas trop loin, se dit-il à chaque fois. Il doit à tout prix rester à portée de Town et se laisser la possibilité de faire demi-tour avant le dernier jour. Lorsque Francesca parvenait encore à s'ancrer dans la réalité, elle le prévenait avant qu'il ne s'éloigne, et elle l'accablait de reproches ensuite pour lui faire passer sa manie de foncer tête baissée sans jamais prendre le temps de réfléchir. Du moins, elle essayait.

« Il faut toujours que tu ailles trop loin », le blâmait-elle.

Francesca lui rappelait à chaque fois qu'elle ne serait pas toujours là afin de le remettre dans le droit chemin, et il en fait l'amère expérience aujourd'hui.

À présent, il doit se grouiller avant que la nuit tombe. Trouver un immeuble encore à peu près debout, une cave qui ne s'effondrerait pas... Par chance, les anges ont déserté la région, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle Oxyde est venu jusqu'ici : chercher un peu de calme loin des créatures qui se sont acharnées à lui courir après pendant des mois.

Une vraie promenade de santé.

La ville au bout de la route lui a semblé intacte, plus ou moins solide, autant qu'une ville peut l'être alors que la fin du monde approche. Les bâtiments tiennent toujours debout, les devantures aux couleurs passées résistent au vent. Les arbres, eux, ont grillé. La chaussée est couverte de cendre et de débris en tout genre, et même d'épaves de véhicules rouillés et de bus éventrés.

Mais c'est l'absence totale d'êtres vivants dans les environs qui le trouble à chaque fois. L'absence de vie. Oxyde ne ressent aucune présence, ni morte ni vivante. Pas un chat. Les survivants ont préféré rallier Town, sans doute...

Aucune présence, donc. À l'exception de cette aura non-mortelle qu'il a perçue dès qu'il est entré dans la commune, à la fois forte et diffuse, et impossible à caractériser. Il veut bien croire que sa double vue soit perturbée depuis quelques mois, mais que sa clairvoyance se mette à déconner...

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