17 - Mères et protecteurs

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Angeline de Coq était bannie de sa Maison. Protégée par Gabriel d'Ascley depuis des années, elle dormait plutôt chez les Sarh : elle préférait l'indifférence polie de la Maison des Gardes à l'hostilité de quelques membres de la Maison des médecins.

Un message passant par Casiel de Sarh risquait de se perdre en chemin :Nathanaël de Luz devrait donc aller transmettre sa bonne volonté à sa mère en personne. En plein chez la Garde, qui désirait sans doute se venger de lui pour la nuit de son évasion.

Son oncle Ariel décréta qu'il allait l'accompagner d'un potache :

— Ne t'en fais pas mon petit bonhomme, j'ai encore mes entrées dans la baraque.

Lesdites entrées étaient féminines.

Dans son jeune temps, Ariel de Luz avait été un séducteur acharné de ces dames ; le plus surprenant dans l'affaire, c'était qu'il devait s'y être pris correctement car aucune de ses conquêtes ne le lui reprochait. On aurait pu, par dérision, suggérer qu'il avait une femme dans chaque Maison, mais on aurait alors subi un laïus sur le fait que ses compagnes ne constituaient pas des pièces dans une collection et que les traiter comme telles même pour plaisanter était odieux. Comme son succès romantique avait rejailli sur Luz et en avait fait une Maison appréciée dans la Tour éternelle, sa famille le lui passait.

L'oncle et le neveu filèrent du quatre-vingt-cinquième au cinquantième en ascenseur, puis prirent un escalier de service et descendirent jusqu'à l'étage supérieur des Sarh. Ariel abandonna Nathanaël sur place en lui demandant de patienter. Nat se plaqua contre un mur et projeta une Illusion du papier peint devant lui, la plus discrète possible pour ne pas ameuter toute la Maison.

Elle était maigre et floue, cette Illusion. Il s'en frustra. Depuis sa fuite, sa prise sur ses propres pouvoirs s'amoindrissait, sans qu'il sache si cette perte de contrôle devait à une maladie du corps ou à un affaiblissement de l'esprit. Après six mois de geôle, imaginer l'un ou l'autre était aisé. Il laissa tomber le mur, ferma les yeux, et souhaita disparaître.

Ariel revint, Roseline de Sarh à son bras. La vieille demoiselle souriait en se mordillant la lèvre ; Nathanaël se demanda si son oncle s'était échangé lui-même contre son droit de passage. Cela lui aurait ressemblé. Bah, tant qu'il était heureux ainsi ; tous les Luz savaient à quel point il avait besoin de ce bonheur.

— Riri me dit que tu veux te réconcilier avec Angie ? C'est une bonne idée, cela lui ferait le plus grand bien. Je vous amène à sa chambre, ne faites pas attention au bazar, elle est encore sous influence.

Ariel avait donc omis de préciser la dimension politique de leur rapprochement ; tant mieux pour eux.

La porte d'Angeline de Coq était étanche. Nathanaël s'en trouva perplexe. Roseline expliqua :

— Quand elle est dans un état altéré de conscience, Angeline fait baver ses Illusions partout ; vous connaissez sa puissance, elle empêchait les autres de travailler. Nous lui avons réservé cette pièce infranchissable à l'Illusion et tout le monde est content.

Elle toqua à l'huis puis déverrouilla le sas.

Nathanaël et Ariel entrèrent dans un palais couvert de livres du sol aux voûtes.

— Il a de la barbe, celui-là, nota Ariel. Ta mère ressort ce mirage depuis avant ta naissance.

Roseline referma la porte étanche. Nathanaël et Ariel avancèrent vers la silhouette couchée d'Angeline de Coq.

Elle roula ses yeux vers les nouveaux arrivants. Ils se remplirent de larmes.

— Daniel ?

Ariel déglutit et hocha la tête en signe de dénégation.

MirageWhere stories live. Discover now