CHAPITRE 2 - LES RETROUVAILLES

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Je me sentais nerveuse à l'idée de devoir exposer ma vie. Sitôt mon diplôme en poche, je fus embauchée dans le restaurant de l'un des hôtels ou j'avais effectué un stage quelques mois auparavant. Le travail était dur mais je devais gagner de l'argent et prendre mon indépendance.

Ayant enfin réussi à me dégoter mon premier studio à Paris, c'était déjà une grande aventure pour moi.  Aujourd'hui j'avais un autre travail et un bien plus grand appartement. Je travaille depuis quelques années chez Didier Barbet, traiteur des gourmets. Monsieur Barbet était un homme qui avait bien réussi sa vie et était parvenu à s'imposer dans le milieu de la restauration, faisant de lui l'un des leaders du marché. C'était aussi un homme aigri et irascible, seul l'appât du gain comptait. Il souhaitait que son fils reprenne son affaire, sans réellement se rendre compte que celui-ci en était incapable. Que ce soit en termes de gestion, de cuisine, d'organisation ou même de marketing, le jeune homme ne semblait n'avoir aucun talent particulier, voire pire, être mauvais en tout. Nous devions sans arrêt, mes collègues et moi rattraper les bourdes du fils Barbet. Cet emploi m'avait cependant permis d'assister à de belles réceptions, de fabuleux mariages et de rencontrer (de loin) tout le gratin parisien. De plus je m'entendais très bien avec mes collègues. Je ne comptais plus mes heures au travail, mon temps passé en cuisine à préparer les mets, et parfois rapporter ce qui n'avait pas été consommé par les clients chez moi ou pour mes parents.

Anna me sortit de ma rêverie :

— Et toi Alice, raconte-nous tout ! Que fais-tu dans la vie ? Tu as voyagé un peu ? 

— Oh et bien tu sais, non je n'ai pas eu l'occasion de voyager beaucoup (voire pas du tout en fait). Après mon diplôme j'ai travaillé quelque temps à l'hôtel le Grand Chêne avant d'atterrir chez Didier Barbet et d'y être formé. C'est un boulot formidable, j'y rencontre un tas de personnes importantes ! mon ton se voulait convaincant, mais y croyais-je moi-même ? Pas sûr.

— Vraiment ? s'enquit Inès, notre laboratoire a eu l'occasion à plusieurs reprises de faire appel au traiteur Barbet pour certaines de nos réceptions internes et nos symposia. On s'est régalé à chaque fois, c'était toujours vraiment très chic. On s'est peut-être croisé ?

— Peut-être, nous sommes plusieurs équipes, mon travail est principalement en cuisine maintenant, mais c'est possible oui, nous comptons plusieurs laboratoires pharmaceutiques parmi nos gros clients : Amgen, Pfizer, GSK etc.

— Vous faites des réceptions à l'étranger également ? se renseigna Mehdi. Ma fiancée est Anglaise, et nous pensons sérieusement nous marier sur une péniche à Portsmouth.

— Non, nous avons déjà suffisamment de demandes partout en France et Monaco, et très peu de particuliers à vrai dire, ou alors pour des budgets très conséquents. Mais toutes mes félicitations pour vos fiançailles.

— Et toi Alice, tu es mariée ? Des enfants ? me demanda à son tour Sophie.

— Non rien de tout ça, je me consacre pour le moment à mon travail, je n'ai pas vraiment le temps de faire des rencontres pour l'instant, ni même de sortir en fait.

Le sourire de mes camarades s'effaçait de leur visage, comme-ci ma vie leur semblait pathétique.

— Et vous ? mon regard se porta sur Inès, Anna et Sophie. 

— Je suis mariée depuis 3 ans et j'ai donné naissance l'an dernier à notre premier enfant, et cette année au second, s'empressa de répondre Inès. Au vu de sa taille si fine, je ne serai pas étonnée qu'elle ait fait appel à une mère porteuse, pensais-je un brin jalouse. Nous la félicitons tandis qu'elle nous décrocha son plus beau sourire, digne d'une candidate d'une élection de Miss.

Un soupçon d'audaceLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant