23 - Litotes

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Je prétexte du travail pour ne pas rentrer avec Ninon et Maeve. La rédaction se vide, Alex met de la musique, un groupe de rock alternatif dont il prépare un dossier. Je balance de la tête même si c'est loin d'être mon style. Le rythme entraînant m'aide pourtant à aller plus vite. C'est la première fois que je suis efficace depuis que j'ai rencontré Marco, ce qui en dit long sur ma force de caractère. Je mets en page et programme mes chroniques, relis mes scripts qui s'accumulent parce que je ne suis pas d'humeur à me filmer, réponds à mes e-mails et aux commentaires laissés tant sur Facebook que sur le site, je confirme mille cinq cents fois les événements auxquels je suis invitée à partir de la rentrée, et jette un coup d'œil à la liste des prochaines sorties pour décider qui sera mon prochain interviewé. Mon week-end impromptu à Pérols me donne deux mois supplémentaires, la vidéo de Lucy Skye étant publiée en septembre et celle de Christophe paraîtra en octobre. C'est large !

— Je rentre, informe Alex en coupant la musique.

Je jette un coup d'œil à l'horloge. Seigneur, il est quasiment 20 heures.

— Je n'ai pas vu le temps passer ! m'étonné-je.

L'avantage d'être restée à la rédaction avec Alex, c'est qu'il n'essaie pas de me tirer les vers du nez, contrairement à Maeve et à Ninon qui m'auraient pressée comme un citron. Il m'attend pour que nous descendions ensemble et nous séparons devant la bouche du métro.

Quand je refais surface après vingt minutes de trajet, mes pas ralentissent avant même que mon cerveau ne fasse tilt. Marco fait les cent pas devant mon immeuble et quand il me voit arriver, il se fige.

Moi itou.

— Petula...

— Je ne vais pas discuter sur le trottoir. Je suis crevée, je suis morte de faim.

— Je peux t'emmener quelque part.

Je soupire.

— Okay. Je mangerais bien des frites.

Je fais signe à Marco de me suivre au café le plus proche, mais tous les bistrots sont pleins à craquer et ma mauvaise humeur s'accentue. On finit par s'installer à un McDo, à ce stade, je n'ai plus que les frites à l'esprit. Je termine une grande portion avant de lever les yeux vers lui. Il n'a pris qu'un Coca qu'il entoure de ses longs doigts. Ses doigts qui m'ont envoyée au septième ciel plus d'une fois...

Seigneur, pourquoi penser à cela maintenant ?

— Je ne sais pas quoi te dire, commença-t-il.

— Je ne pense pas qu'il y ait quelque chose à ajouter, remarqué-je en prenant mon double cheeseburger. Tu t'es déjà excusé, tu as déjà dit ce que tu voulais dire et...

Je hausse les épaules, faute de mieux.

— J'ai du mal avec les familles qu'on omet, résumé-je. Tout le monde a ses bêtes noires, celle-là est la mienne. Et puis, à la fin, c'est ta fille qui t'en voudra.

Elle t'en voudra à mort.

Il se passe la main sur le crâne fraîchement rasé.

— Je ne te déteste pas, Marco, ajouté-je.

Je viens de lui sortir une litote. Je me prends pour Chimène ou bien ?

— Je me disais juste que c'était trop beau pour être vrai, et mes peurs se sont confirmées en une seule nuit, poursuis-je. C'est... décevant... et blessant.

Je termine de manger et bois lentement mon iced tea.

— Tu vois ta fille ? demandé-je.

— Tous les jours.

Il prend un temps avant de reprendre :

— Je ne manque pas une histoire au coucher. Quand je suis en déplacement, on utilise FaceTime.

Mon cœur s'attendrit bien trop facilement. Notre époque est formidable, vraiment. Je termine mon dîner et repousse le plateau.

— Et maintenant ? demande-t-il.

— Si tu m'appelles, je répondrai. Peut-être qu'on pourra faire connaissance, à présent.

Zouk Love #wattys2019Where stories live. Discover now