20 - Zouk love

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Marco m'attend à l'extérieur de sa voiture. Cette fois-ci, il n'est pas en train de pianoter sur son téléphone, il regarde sans regarder l'agitation dans ma rue. Mes talons ont beau résonner sur le pavé, il y a trop de bruit dans les alentours pour qu'il se rende compte de mon approche.

— Marco.

Il se retourne et semble sur le point de siffler avant de se raviser. Bon réflexe. Ninon m'a forcée à porter une robe rouge qui ne cache rien de mes formes et mes cheveux sont libres comme le vent. Finalement, peut-être bien que Ninon devrait rester à la rubrique mode, elle peut ne pas aimer mais elle sait s'y faire.

— Petula..., souffle Marco.

Je m'approche, me blottit contre lui avant qu'il n'ait le geste de m'attirer dans ses bras, et il m'embrasse longuement, langoureusement. Mon bas-ventre pétille, je gémis bien malgré moi.

— Prenez une chambre, nom de Dieu !

Je sursaute et lève les yeux jusqu'à la fenêtre de mon salon, au troisième étage. Ninon est en train de secouer un rouleau de pâtisserie. Mais qu'ai-je fait au Bon Dieu, sérieusement ?! C'est peut-être Christophe qui a raison, en fin de comptes : mieux vaut la solitude !

Marco étouffe un rire à grand peine. Il s'éclaircit la gorge — du moins, il l'essaie —, tire sur sa veste et salue Ninon de la main. Ma coloc se met à rire, ravie de son coup.

— Amusez-vous bien, les enfants, soyez sages ! ajoute-t-elle avec un clin d'œil pas du tout discret.

Marco s'esclaffe. Je ne me donne pas la peine de répondre, de toute façon, Ninon s'éclipse à l'intérieur de l'appartement. Elle doit rejoindre Nico et c'est une réelle tragédie qu'elle ne soit pas déjà chez son copain. Marco m'ouvre la portière et je monte dans la voiture en faisant attention à ne pas décoller mes jambes l'une de l'autre. Marco suit le mouvement sans se cacher, ce qui provoque un accès de panique à tous les papillons dans mon ventre. Il referme avec douceur et s'installe derrière le volant. Au lieu de démarrer, il se tourne vers moi pour me regarder droit dans les yeux.

— Tu es très belle, dit-il.

— J'ai fait un effort.

— Cette robe te va à ravir, mais... tu es déjà très belle sans.

— Tu n'as pas idée...

Me voilà dans les sous-entendus. C'est contagieux, cette affaire.

Je détourne le regard.

— Démarre.

Généralement, les zoukeurs se débrouillent également lorsqu'il s'agit de salsa ou de bachata. Marco n'est pas une exception. Il me guide sans fausse note, se déhanche, me sourit... Il chante à proximité de mon oreille, parfaitement synchronisé avec la musique, traduisant en cours de route. « C'est une obsession... » J'en ai la chair de poule. Je recule légèrement pour le regarder, j'en ai la gorge et la bouche sèches. Il m'embrasse rapidement avant de me faire tourner, puis me bloque à nouveau dans ses bras. Nous ne quittons pas la piste de danse de toute la nuit.

Quand commence Dernière danse de Slaï, les premiers pas de Marco me troublent. Les vingt premières secondes de ce zouk m'emportent à mille lieues lorsque je l'écoute seule ; dans ses bras, je suis littéralement perdue. Marco chante dans mon oreille, me demande de ne pas l'abandonner, supplie ma compagnie, quémande ma nuit... C'est un des zouks les plus parfaits et les plus appropriés lorsqu'on veut prolonger la soirée. Je presse sa nuque entre mes doigts.

— Je veux être ta captive, soufflé-je en écho à la musique.

Il me dévisage, les yeux brillants.

— Rentrons chez moi..., chuchoté-je.

Sans attendre sa réponse, je prends sa main et le guide en dehors de la boîte de nuit. Quand nous arrivons à côté de la voiture, je m'échappe avant qu'il ne se décide de m'embrasser contre la portière. Dans les lumières déformantes d'une boîte de nuit, oui, mais sur le trottoir, non merci ! Je monte dans la voiture, le souffle court, anxieuse. Marco démarre, garde ses mains pour lui. La tension est électrique dans l'habitacle. Je ferme les yeux et, derrière mes paupières, se dessine la plus belle des danses...

Il faut moins de vingt minutes pour arriver chez moi. Quand nous montons, l'appartement est plongé dans le noir. J'allume la lumière du salon et laisse Marco passer. Il observe notre pièce à vivre, avec ses meubles chinés et dépareillés de toutes les couleurs. C'est l'œuvre de Maeve, très inspirée par le salon de Monica dans Friends. Je ne sais pas encore comment les murs n'ont pas été peints en violet pendant un de mes déplacements...

Sur la table basse, il y a deux verres et une bouteille de vin. Qui de Maeve ou de Ninon ? Marco ne se pose visiblement pas de question : il ouvre la bouteille et nous sert. Je me déchausse — perdant au passage une demi-douzaine de centimètres — et m'approche de lui. Je prends mon verre, le remercie d'un sourire et vais allumer la petite chaîne hi-fi sur une des étagères encombrées. Je mets du zouk, mais pas n'importe lequel, Septième ciel d'Ali Angel et Warren, un morceau qui n'appelle que le love. 

Je bois une gorgée de vin, pose le verre à côté de la chaîne et me retourne.

Marco n'a pas touché à sa boisson, il ne m'a pas quittée du regard. Son attention me plaît, son désir alors transforme le vertige dans mon ventre en ouragan. Il saisit ma main et me guide à travers le salon avec autant de langueur que d'envie. Je n'ouvre pas les yeux, c'est dans le noir que je me laisse emporter le mieux. Puis Marco fait du surplace, bougeant tout juste le bassin contre le mien. Je retiens ma respiration.

Sa main est ferme sur ma taille, me presse contre lui, me fait comprendre ce qui m'attend. Je lève la tête et croise son regard fiévreux, caresse sa nuque. Il se penche et m'embrasse. Nos jambes sont entrelacées, ma robe est remontée sur mes cuisses. La main de Marco glisse sous le tissu, contourne la dentelle de ma culotte. Je frémis. Il pose les lèvres dans le creux de mon cou tout en dénudant mon épaule. Je me mords la lèvre inférieure, la chair de poule me couvre entièrement. Je glisse ma main entre nous, déboutonne son pantalon, baisse la braguette et touche la bosse chaude et nerveuse à travers son caleçon. La respiration de Marco se trouble. J'embrasse son menton avant de le lâcher pour récupérer un préservatif dans un des coffres sur les étagères, puis je vais me coller au mur, le carré argenté entre mes doigts. Marco laisse tomber sa veste et retrousse ses manches ; je déballe le préservatif. Marco me rejoint et appuie ses mains au mur, de part et d'autre de ma tête. Il plonge son regard trouble dans le mien. Sans le quitter des yeux, je baisse son pantalon et son caleçon et le caresse. Une de ses mains glisse à côté de ma tête, faible. Je cherche ses lèvres tout en déroulant le préservatif sur son sexe turgescent. Il me dévore la bouche en relevant ma robe et tirant ma culotte. Je m'en débarrasse en me déhanchant. Il me soulève en me plaquant contre le mur ; j'entoure ses hanches pour mieux tenir et il guide son sexe en moi. Je ferme les yeux, soupire contre sa bouche.

Enfin.

Il attend une seconde, puis fait un premier pas. De danse. Je me mets à rire.

— On ne me l'a jamais faite, celle-là...

Il me tait d'un baiser et je l'accompagne dans la danse.

Ce n'est pas du zouk love pour rien...

Zouk Love #wattys2019Where stories live. Discover now