19 - Si et seulement si

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Paris

Arrivée à la gare de Lyon, je prends le métro de façon automatique. Heureusement que l'habitude guide mes pas vers le XIXe, je me serais retrouvée à Bobigny, sinon, ce qui fait un peu loin, comme détour... Quand je rentre enfin chez moi, Maeve et Ninon sont en train de discuter passionnément, mais je ne parviens pas à distinguer quoi que ce soit.

— Alors ? Alors ? demande Maeve en me suivant dans ma chambre. Tu le prends ou pas ?

Si avant ça me faisait lever les yeux au ciel, là, ça me contrarie.

Énormément.

— Il est pris, résumé-je en étouffant un bâillement. J'ai mal dormi, cette nuit, son dernier roman est un cauchemar. Je vais me coucher. Bonne nuit, les filles...

Après ma douche, je ne défais pas mes bagages et file au lit. Même si je n'ai pas tout à fait menti à propos de ma mauvaise nuit — j'ai déjà eu pire, comme rêve, je me demande ce que ça veut dire à propos de moi —, c'est juste le fouillis de pensées qui m'épuise.

Parce que c'est Christophe.

Parce que je tiens énormément à lui.

Et parce que je ne veux pas faire fausse route à imaginer ce qui n'existe pas.

Peu importe ce qu'il y a entre nous, je ne veux surtout pas perdre ce que nous avons. Je ne veux pas risquer ce que nous avons.

Finalement, il n'a peut-être pas tort...

Alors que je cogite encore, mon téléphone vibre.

« J'espère que tu es arrivée à bon port. Merci pour ce week-end, j'essaierai d'écrire plus vite si cela veut dire ta présence régulière à Pérols. Bonne nuit, ma belle. »


***


Tout mon matériel dans mon sac à dos, je suis les filles dans le métro pour nous rendre au Boudoir. Je plonge dans les notes que j'ai prises sur mon cahier 1984 pour savoir par où commencer. Le plus logique serait de commencer par le début, mais ma logique à moi est différente. Comme mon émission s'appelle À table avec..., je commence souvent par la cuisine. Je pourrais lancer cet épisode avec la main de Christophe qui s'assure qu'il n'y a plus d'écailles sur les daurades, j'aime cette image, mais elle vient avec ma grande bouche et ma question qui a tout déclenché « Tu ne veux pas m'épouser ? ». J'avais attendu une plaisanterie, une taquinerie, en retour, et à la place, j'ai vu un homme bien trop seul pour son propre bien...

— J'espère qu'Audrey va accepter mon idée, s'inquiète Maeve en faisant tourner ses fiches de présentation. Elle n'a même pas voulu entendre parler d'un spin-off d'À table avec..., elle a dit qu'on mangeait bien trop sur notre chaîne.

— Et tu proposes quoi, du coup ? m'enquiers-je, bien ravie de quitter Christophe de mon esprit pour quelques instants.

— Une variante : Balade avec... ! Au lieu d'être à table, l'invité nous emmène quelque part qu'il adore. Évidemment, pour des raisons de budget, on va se limiter à la France. J'avoue que tout au fond de moi, je rêve d'Istanbul et Reykjavik, quand même.

— Il y a de beaux coins en France qui n'ont rien à envier à la Turquie ou à l'Islande, remarque Ninon.

— Je n'ai pas encore eu un voyage en dehors de l'Hexagone, renchéris-je. Cela ne me dérange pas plus que ça, finalement, je vais dans des endroits où je n'aurais jamais mis les pieds, trop occupée à vouloir aller ailleurs. Je vais à Berlin avec Paul dans quelques semaines, je n'ai même pas pensé au Périgord, par exemple.

Zouk Love #wattys2019Where stories live. Discover now