18 - Et si... ?

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Le chemin de retour me semble encore plus long que l'aller. Je suis toujours ravie de voyager et je suis toujours un peu plus ravie de rentrer, mais cette fois-ci, j'aurais eu envie de rester encore plus avec Christophe, quitte à être trop indiscrète.

Je vérifie l'ordre des cartes mémoires dans mon cahier de brouillon spécial vidéos — avec une affiche The Big Brother is watching you, même si dans ce cas, ce serait plutôt « la petite sœur te regarde », mais Orwell n'a pas songé à cette version en écrivant 1984... — et je commence à regarder sur mon ordinateur, les écouteurs bien enfoncés dans mes oreilles. Je commence dans l'ordre chronologique, mais les confidences de Christophe m'obsèdent, alors je change de carte.

« Je ne vois rien de tout ça quand je suis avec toi. Est-ce que tu joues un jeu ? »

« Ce n'est pas un jeu. »

« Est-ce que tu portes un masque quand tu es avec les gens ? Quand tu es avec moi ? »

« Est-ce un masque si j'essaie de te montrer uniquement le meilleur de moi-même ? »

Je suis tellement prise dans les mots que quand la caméra capte son regard sur moi, j'en oublie même de respirer. Je fais avance rapide.

« Je ne sais pas si je suis amoureux, mais mon cœur est apaisé quand je suis auprès d'elle. »

« Et si cette femme est celle qui pourrait combler la solitude que tu t'es imposé ? »

« Je détruis les gens qui m'entourent, je détruis mes relations. Elle est mon opposé, une citadine qui aime être entourée de gens, qui veut l'amour, le couple, la vie à deux ? Pourquoi risquer ce que j'ai avec elle ? C'est un prix bien trop élevé, je ne veux pas la perdre. »

« J'aime ta compagnie, ta présence ne me dérange pas du tout. »

« Avec tes ex, ça te dérangeait ? »

« Oui. »

« Je refuse de te laisser patauger dans la solitude sans rien y faire. »

« Alors tiens-moi compagnie, ma belle. »

Les larmes me montent aux yeux sans que je ne m'en rende compte.

« J'essaie de te montrer uniquement le meilleur de moi-même. »

Je me fais des idées.

« Ta présence ne me dérange pas du tout. »

Ce serait bien beau de se prendre pour la femme dont Christophe s'est épris.

« Tiens-moi compagnie, ma belle. »

Et mégalo, surtout.

« Tiens-moi compagnie, ma belle. »

« Tiens-moi compagnie, ma belle. »

« Tiens-moi compagnie, ma belle. »

Je ferme L'Œil d'un geste précipité et arrache les écouteurs de mes oreilles. Je suis un peu trop chamboulée par ce week-end, je n'y vois plus clair. Après une bonne nuit de sommeil, je m'en occuperai au Boudoir. Il n'y a rien de mieux qu'une rédaction bruyante et sans aucune intimité possible pour se remettre les idées en place.

Malgré mes bonnes résolutions, et L'Œil rangé dans mon sac, je ne parviens ni à lire ni à penser à autre chose qu'à Christophe.

Et si... ?

Zouk Love #wattys2019Where stories live. Discover now