16 - Amours contrariées

Depuis le début

Quand je reviens dans le bureau, Christophe quitte son écran des yeux et m'observe, curieux. Je suis sûre que j'ai les joues encore écarlates après la conversation que je viens d'avoir... Je reprends ma place sur le canapé avec une expression d'enfant qui essaie à tout prix de cacher son méfait mais totalement conscient que ce n'est pas concluant.

— Tu es amoureuse ? demande-t-il soudain.

La chaleur est infernale sous les toits !

— Pourquoi tu me poses la question ? éludé-je sans oser le regarder.

— Quelques indices...

Je ne lui demande pas lesquels, je sais à quoi ressemble la liste, à commencer par le sourire con et les joues rouges. Mais j'ai quel âge, sérieusement ?!

— Raconte-moi, invite-t-il alors qu'il est évident que je ne sais pas dans quel sens se trouve la page devant moi.

Je soupire et lève les yeux.

— Je ne sais pas si je suis amoureuse parce que je ne sais pas si je crois aux coups de foudre, commencé-je d'une traite. C'est un cliché romanesque très tentant, mais j'ai toujours peur que ce soit « trop beau pour être vrai ».

— Et pourquoi ce serait un coup de foudre ?

— Parce que je l'ai rencontré il n'y a pas dix jours, au bal des pompiers. Je ne le connais pas ! On s'est vus quatre fois depuis, mais ce n'est pas suffisant pour se connaître et tomber amoureux ! Ça ne marche pas comme ça !

— Quatre fois en dix jours ? Je pense que c'est bien parti pour.

— Tu ne crois pas en l'amour, Christophe, n'essaie pas de me convaincre que ce que je suis en train de vivre en ce moment a une quelconque signification.

Il s'assit sur l'accoudoir du canapé en face du mien et me regarde avec gravité.

— Je n'ai jamais dit que je ne croyais pas en l'amour, j'ai juste dit que la vie de couple n'était pas faite pour moi.

C'est vrai que la différence est de taille, mais...

— Peut-on aimer sans être en couple ? demandé-je, perplexe.

— Que fais-tu des amours contrariées ?

— Ce serait horrible de tomber amoureux et de ne pas pouvoir vivre cet amour-là, je déteste Roméo et Juliette.

Il esquisse un sourire désabusé.

— Je ne crois pas au concept d'âmes-sœurs, une personne peut être aimée par une ribambelle d'autres. À ces moments-là, comment fais-tu ?

— Tu es amoureux d'une femme trop convoitée ?

Une expression traverse son visage, mais je ne parviens pas à la déchiffrer. Le souci d'être amie avec un homme qu'on voit trop peu souvent, c'est qu'on a du mal à traduire les expressions alors que cela aurait dû être naturel.

Christophe détourne vite la tête et se lève.

— Je ne sais pas si je suis amoureux, dit-il. Mais je me sens apaisé quand je suis avec elle.

Il se dirige vers l'ordinateur, mais avant qu'il ne se mette à taper à nouveau sur le clavier, j'interviens :

— Et si cette femme est celle qui pourrait combler la solitude que tu t'es imposé ?

— Il n'y a pas de formule miracle.

— Comment tu peux le savoir ? Tu parles d'amour contrarié, je suis sûre que tu ne lui en as pas parlé.

— Non, je ne lui ai rien dit, avoue-t-il en soupirant. Je la vois trop rarement pour que ça puisse aboutir en quelque chose.

— C'est peut-être ça dont tu as besoin ? D'une relation à distance ? Tu serais en couple, mais sans les inconvénients du quotidien parce que vous ne vous verrez qu'occasionnellement. N'est-ce pas le meilleur des deux mondes ?

— Ça ne marche pas comme ça.

— Comment tu le sais ? Si tu ne l'essaies pas, tu ne le sauras pas, Christophe.

Il serre les poings et je grimace. Je me suis peut-être trop emportée. Il est mon ami, mais ses choix ne me concernent pas en définitive.

— Cela aurait été simple de juste vivre une histoire, mais je risque de tout détruire parce que c'est ce que je fais, Petula, se justifia-t-il. Je détruis les gens qui m'entourent, je détruis mes relations. Elle est mon opposé, une citadine qui aime être entourée de gens, qui veut l'amour, le couple, la vie à deux. Pourquoi risquer ce que j'ai avec elle ? C'est un prix bien trop élevé, je ne veux pas la perdre.

Ma vue se voile.

— Laisse tomber, demande-t-il d'un ton fatigué.

— Désolée.

Je regarde dans la direction de Hitchcock.

— Cette fois-ci, je coupe au montage.

Zouk LoveLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant