16 - Amours contrariées

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Après le repas, je remonte dans l'antre de l'ours pour reprendre ma lecture. Cette fois-ci, Christophe m'accompagne. Je m'installe sur le canapé et lui, debout devant son ordinateur. Avec sa présence, je décide d'allumer Hitchcock et Tarantino. C'est incroyable le nombre d'heures de rush à la fin d'un week-end.

J'avance dans ma lecture de L'Homme qui voulait devenir Picasso, un verre à la main. Christophe peut créer des personnages affreusement détestables à nous faire faire des cauchemars, mais ce sont eux, les héros et on se prend à ne jamais vouloir qu'ils se fassent attraper par les « gentils », soient-ils la police ou les victimes qui veulent faire justice par leurs propres moyens. L'excitation de la traque, l'admiration pour les grands peintres, les meurtres à succession, les fausses pistes, les faux « méchants », les faux « gentils », les retournements de situation...

À un moment, je retiens ma respiration dans un hoquet.

— Petula ? s'inquiète Christophe en cessant de pianoter sur son clavier.

Je lève mon verre vide et lâche, sans quitter l'histoire des yeux :

— Un double, s'il te plaît.

Soudain, mon téléphone sonne et me fait sursauter. Je suis à deux doigts de verser du vin sur le tapuscrit immaculé de Christophe. Je siffle, prends l'appareil abandonné sur le canapé et... et toute mon irritation disparaît comme par magie. Je pose le verre sur la table, abandonne la liasse de plus en plus maigre sur un coussin et quitte le bureau en répondant.

— Salut.

— Bonjour, Petula, répond Marco. Ça va ?

— Oui et toi ?

— Ça va.

Les débuts des conversations au téléphone sont une plaie, le degré 0 de la poésie.

— Je prépare ma valise pour partir, demain, ajoute-t-il.

— Es-tu aussi organisé avec tes bagages qu'avec ta voiture ?

— C'est ma nature, s'amuse-t-il. Tu as fait un bon voyage ?

— Parfait. Je suis toujours bien accueillie, c'est un plaisir.

— Tant mieux. Je suis désolé si je n'ai pas pris de tes nouvelles, hier soir.

— Je ne m'attendais pas à ce que tu le fasses. Et puis, un texto suffit.

— Je ne suis pas très fan de textos.

— Je le sais bien, mais j'aime recevoir des textos, moi. En plus, ce n'est pas toujours très poli de décrocher le téléphone quand on est invités.

— Tu as raison.

Il inspire profondément avant de reprendre :

— Je pense beaucoup à toi, Petula.

Je me pince les lèvres, mais souris comme une idiote, un tourbillon dans mon ventre.

— Et je rêve, aussi, ajoute-t-il.

Je m'immobilise dans le couloir ; le parquet grince sous mes espadrilles.

— Quel genre de rêves ? demandé-je dans un chuchotement.

— De ceux qui ne s'arrêtent pas sur une piste de danse.

Le zouk love devrait être interdit, c'est péché.

— Je risque de te faire fuir, si je continue, non ? joue-t-il.

— Aux dernières nouvelles, je n'allais nulle part...

Zouk Love #wattys2019Where stories live. Discover now