Joue avec moi.

31 7 4

La maison du jeune couple est froide et lugubre. Aucune source de chaleur ne réchauffe la pièce et seuls les phares des voitures qui passent devant la demeure éclaire faiblement les pièces à vivre. L'atmosphère est glaçante, bien que la maison soit moderne et emménagée de meubles somptueux, elle n'en reste pas moins inquiétante dans ce climat algide.
Tout laisse à croire que la bâtisse au béton couleur crème est inoccupée. Seulement, l'homme vide, dénué de toutes émotions, l'amant malade, avide de contrôle est présent et avec lui son mauvais plan.

Le tyran à la carrure imposante se trouve dans la chambre, en haut de ses longs escaliers spirales de marbre noir. Le couloir semble immense et interminable. L'étau se resserre plus les marches sont gravies et avec lui la pression qui ne fait que s'accroître. La tension devient palpable, les cloisons se referment l'une sur l'autre ne permettant plus de respirer.
L'individu est debout devant sa penderie, les muscles contractés et le visage fermé. Dans sa main droite se trouve une chemise bleue pale sur laquelle il dirige sa main gauche pour arracher d'une poigne puissante un petit bouton, qu'il enfonce dans sa poche arrière gauche de son pantalon de smoking au teint rouge vif.
Au même moment, la porte d'entrée claque faisant trembler légèrement la structure de béton. Devant elle, Édith qui d'un pas décidé avance frénétiquement dans la salle de séjour.

- Alex? Je suis rentrée!

Alex descend les escaliers en trombe en emportant avec lui la chemise bleue pale.

- Chéri, tu n'aurais pas vu mon bouton de chemise? Je l'avais déposé sur le plan de travail de la cuisine mais je ne parviens plus à mettre la main dessus.

Édith est prise au dépourvu, elle fronce les sourcils montrant ainsi son incompréhension. Perdue entre le soulagement et la méfiance, il lui fallu quelques petites minutes pour remettre ses idées en place.

- Si, je l'ai mis dans la petite boîte en bois dans le bureau. Tu sais celle où sont déposée les aiguilles à coudre et les files? Mais je ne pensais pas qu'il t'appartenait, tu ne m'a pas demandé de passer chez la couturière.

-Ça m'est sorti de la tête, tu sais avec le boulot!

Alex joue avec Édith. Le bouton posé sur le plan de la cuisine n'était pas une erreur d'inattention, mais bien un petit indice permettant de lui mettre le doute. Son but est de la manipuler, la rendre folle pour mieux la contrôler. Lui laisser des indices, des signes. Comme un jeu de détective, elle doit résoudre l'enquête pour montrer qu'elle est digne d'être sa complice dans sa quête de purification de la société.
Malheureusement, ma pauvre Édith tu cours à ta perte. Sans le savoir tu t'es engagée dans un périple malsain où ton agresseur à toujours dix coups d'avance sur toi. Manipulateur, il ne te laissera jamais t'échapper.

- D'accord, donne-moi ta chemise et va me cherche ton bouton, je passerai chez la couturière demain matin.

Malgré elle, Édith n'est pas rassurée. Elle se tourna et se retourna dans son lit, ne sachant pas fermer l'œil de la longue nuit. Les yeux fermés, elle se concentre sur tous les petits bruits provenant de la chambre, ne pouvant pas s'empêcher de penser qu'en réalité elle ne connaît rien de l'homme couché à ses côtés.


- Alors Claire, que nous dit ton analyse? Demande Karl qui comme Édith n'a pas fermé l'œil de la nuit bien trop tourmenté par l'enquête.

- Les bouts de peau proviendraient de l'ADN d'une certaine Julie Rosbow. Elle n'a aucun antécédent judiciaire et ne correspond pas aux caractéristiques de notre tueur.

- On connaît d'autres informations à son sujet?

-Pas grand-chose, la jeune femme possède une vie plutôt monotone, pas d'enfant ni de mari, elle habite 33 avenue de Lys et travail en tant que coiffeuse au salon Pro-hair sur l'avenue Louise.

Karl prit note de tous les détails que claire lui dicta. Bien qu'il ne pense pas que le meurtre soit l'œuvre d'une femme, il ne peut se permettre de laisser passer le moindre détail. Et puis, avec un peu de chance il pourrait trouver ce dont il cherche.
La montre en or blanc qui entoure le poignet de l'inspecteur Karl affiche 14h20. Après quelques réflexions, Karl opta pour se rendre au salon pro-hair de l'avenue Louise considérant qu'à cette heure la jeune femme serait sûrement occuper de travailler.

- Bonjour une coupe homme? Demande la coiffeuse en monopolisant l'intention de l'inspecteur.

- Non, je cherche Julie Rosbow, j'ai entendu dire qu'elle travaille dans cet établissement.

- Et que lui voulait vous?

- Rien de bien méchant, juste lui poser quelques questions. Prononça l'inspecteur d'une voix rauque et autoritaire tout en sortant son insigne symbole de son autorité.

- Ça fait 3 jours qu'elle n'est plus venu travailler, je pense qu'elle a pris un congé maladie.

- Très bien, savait vous où je pourrais la trouver?

- Sûrement chez elle. Je ne vous donne pas l'adresse, de toute évidence vous la connaissez déjà.

L'inspecteur ne relève pas ce qui semble être un reproche dans la bouche de la jeune coiffeuse. Il enfuit ses mains dans ses poches, hoche la tête, tourne les talons et part en direction de sa voiture afin de prendre la route dans l'intention de se rendre chez Julie.

La maison semble inoccupée, aucune lumière, aucun bruit. L'inspecteur avança jusqu'au perron et toqua avec assurance trois fois, mais aucune réponse. Après plusieurs tentatives, il se décide de faire le tour de la maison et s'introduit par la porte de derrière. Soudain, une vague d'émanation le saisit, l'obligeant à mettre l'intérieur de son coude sur son nez. Il se rapprocha de l'odeur et...

- Évidemment! Grommela- t'il

À cet instant dans le centre-ville, Édith au volant de son 4x4 fonce à toute allure en direction de sa maison. À ses côtés, sur le siège passager se trouve la chemise de son mari avec le bouton manquant. Arrivée dans l'allée de sa résidence, elle se précipita à l'intérieur et telle une furie, elle se jeta sur les affaires de son conjoint à la recherche de quelque chose de bien particulier mais en vain. Tout en soufflant, elle reprit la chemise, mit le bouton arraché à côté des autres cousus dans le but de les comparer une énième fois afin de se convaincre. Mais le verdict est incontestable. Le bouton orphelin n'est pas le même que les autres présents sur la chemise, la taille et la teinte sont différentes.

Devant l'écran de son ordinateur, Édith décide d'en connaître davantage sur l'homme qui partage sa vie. Mais attention Édith, à vouloir découvrir la vérité et faire justice, tu pourrais bien faire déterrer tes vieux démons.

alexithymieLisez cette histoire GRATUITEMENT !