Chapitre 23 - Partie 1 - Fillip dans sa tour

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Diaidrail, lieutenant de l'Ordre pour la cellule de l'Ouest, père de deux filles et militant engagé dans le contrôle et l'élimination des humains, dirigeait l'une des branches les plus extrêmes de l'Ordre. L'assassiner entrait parfaitement dans les plans de l'Once.

Alix avait décidé d'agir rapidement. Trois jours seulement après l'entrevue avec l'héritière Cromwell, elle se retrouvait déjà en plein territoire Aigüesbraves, la région la plus au sud-ouest de la Fédération. La végétation avait repris ses droits sur tout le territoire de l'ancienne France et ce lieu n'échappait pas à la règle : le massif de Gave et les vestiges du château Museum où logeait Diaidrail reposaient sur le cadavre d'une antique ville, aux portes des Pyrénées.

L'Once se déplaçait avec légèreté sur le tapis d'humus. Elle n'appréciait que modérément les terrains forestier, plus à l'aise dans les montagnes, mais la saison dissimulait le sol d'une couche de neige rassurante.

Elle découvrit les ruines dans lesquelles la cellule avait installé sa base, au cœur d'un bosquet aux branches nues. Un châtelet au cachet très français qui, selon Esther, avait les faveurs de Diaidrail. Du grand arbre noueux où il s'était juché, le Chat apercevait un amoncellement de pierres blanches perforées de racine et prisonnières du lierre, mais dont une portion formait toujours un mur. La reconstruction, récente, gardait des traces de végétations partiellement arrachées, le mortier était encore frais.

L'Once se tendit et dressa les oreilles. Ses sens, aiguisés sous sa forme féline et amplifiés grâce à un charme, s'affolèrent. Une silhouette se tenait en contrebas de sa position. L'ombre disparut et, un battement de cœur plus tard, l'attaquait sur son étroit perchoir. Alix se laissa tomber au sol et reprit immédiatement apparence humaine. La créature lui fondit dessus, tous crocs découverts, mais la sorcière l'attendait déjà. D'un sortilège chargé au bout de son gant, elle frappa la vampire au thorax. Le choc, violent, se répercuta dans tout son bras et elle pesta contre la résistance hors norme de cette espèce.

La longue-dents attrapa son coude des deux mains, Alix contra d'un maléfice destiné à contaminer le sang de l'adversaire d'une fine poudre d'argent. Rien de mortel, mais la douleur cloua la bête sur place. L'Once se défit de sa poigne et, d'un geste du plat de sa main prolongée d'une lame de magie, égorgea l'ennemie qui s'écroula dans un gargouillis morbide. Elle termina le travail en séparant totalement la tête du corps : les vampires, grâce à leur capacité de régénération hors du commun, pouvaient se remettre d'une gorge tranchée. Pas d'une décapitation.

Alix grogna. Elle n'avait pas atteint les bâtiments qu'elle essuyait déjà un premier dégât. Un imprévu fâcheux. Elle agita le bras et tourna l'épaule plusieurs fois, le visage fermé. Elle se pencha sur le cadavre pour y trouver des indices, mais ne dénicha rien d'intéressant. Rencontrer un vampire dans ces lieux lui semblait hautement improbable : ils n'habitaient pas la région. L'Ordre devait l'avoir recruté. Malheureusement, elle s'était montrée trop rapide et ne pouvait plus interroger la créature.

Alix supposa la présence d'autre longues-dents et para sa peau d'un charme argenté qui enverrait l'équivalent d'une décharge électrique aux assaillants.

La sorcière vérifia machinalement qu'elle avait bien récupéré la forme humaine de sa couverture – un grand gars de couleur noir, chauve et baraqué – puis repris sa route avec une vigilance accrue.

Entrer dans la ruine restaurée se révéla simple : Esther lui avait listé la majorité des enchantements à neutraliser. Seuls deux petits nouveaux s'étaient ajoutés à l'arsenal et Alix les démina sans mal. Elle repéra facilement la coursive qui menait aux salles principales. Ces accès dérobés existaient à l'origine dans le château pour permettre aux domestiques de circuler dans l'ombre. Elles avaient sans doute été reconstruites par le mage bâtisseur de l'ouvrage pour prévoir un chemin aux websters trop déchargés, cependant Alix savait qu'elle n'en croiserait aucun : Diaidrail refusait de travailler avec des humains, fussent-ils augmentés.

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