Chapitre 18 - Partie 2 (new) - Révélations

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« C'est assez, sorcière », lâcha Mordret de sa voix atone.

Les deux silhouettes de l'apparence masculine revêtue par l'Once s'immobilisèrent au milieu de la salle d'entraînement. La nuit, déjà bien entamée, obscurcissait les hautes fenêtres du bâtiment et Naola, installée en tailleur sur un banc disposé contre l'un des murs, luttait contre le sommeil.

Le vampire avait sommairement expliqué les bases de ses antiques connaissances à son élève improvisée et avait ensuite passé le reste du temps à commenter, rectifier la posture, la prononciation, l'attitude de l'Once et l'exécution du maléfice ; faisant démonstration d'un sens de la pédagogie aussi exécrable que particulier qui n'était pas sans rappeler des souvenirs mitigés à son ancienne serveuse. L'Once, en revanche, s'en était accommodée.

Le Chat relâcha le sortilège et redevint une. Son concentrateur, ancré au creux de sa main, ne cessa pas de briller. Impossible de baisser totalement sa garde face à l'informateur de Stuttgart.

« Merci pour vos enseignements.

— J'escomptais en effet vous enseigner, pas vous tuer, maugréa Mordret.

— Vous ne m'avez pas tuée.

— C'est heureux pour vous, mais votre état est déplorable, grogna le vampire en sortant de sa poche la montre à gousset dont il se servait pour se déplacer. Vous avez l'essentiel, reposez-vous avant de poursuivre. Mademoiselle ?

— Monsieur ? répondit Naola en bâillant.

— Ces entrefaites vous auront distraite de mon livre de compte, j'entends qu'il soit à jour avant la fin de la semaine.

— Je ne travaille plus pour vous et je ne suis pas votre secrétaire, Monsieur.

— Avant la fin de la semaine », insista le vampire en s'estompant progressivement.

L'instant d'après, il avait disparu et Naola poussa un long soupir. L'Once émit un très léger rire avant de se diriger vers le mur avoisinant, la main crispée sur son ventre. Son enveloppe masculine s'y adossa et s'affala au sol. Ses doigts à plat passée sous son T-shirt, contre sa peau, diffusaient un charme antalgique. L'épreuve creusait son visage de sillons de douleur qui perdurèrent lorsqu'Alix reprit son apparence.

Naola sauta sur ses pieds et s'approcha d'elle, sourcils froncés.

« Ça ne va pas ?

— Le sortilège est gourmand en magie et ma magie préfère s'occuper de mon corps, en ce moment. »

La sorcière, les épaules et la tête basse, avait les traits tendus. Ses jambes dépliées se crispaient sous l'effet de crampes qu'elle cherchait sans succès à dissimuler. Naola fronça le nez, puis sortit son concentrateur. Elle s'accroupit et apposa l'artefact contre la cuisse de l'Once, sans lui demander son avis. Elle y diffusa un charme de récupération musculaire régulièrement utilisé sur les jeunes athlètes qu'elle entraînait à l'école. Alix se tendit un peu plus, puis esquissa un léger hochement de tête.

« Merci.

— C'était inespéré, mais c'était pas raisonnable. Les gars auraient pu apprendre le sort à ta place », grogna Naola.

Alix ne répondit pas immédiatement, focalisée sur les soins qu'elle s'apportait. À gestes mesurés, elle apposa sa main sur son épaule pour y appliquer un autre enchantement.

« Je ne pouvais pas passer à côté d'un apprentissage à la source. »

Naola acheva son maléfice, puis le reconduisit sur l'autre jambe de la sorcière. Elle resta silencieuse de longues minutes, attentive à la respiration d'Alix qui s'altérait de saccades lorsque la douleur devenait insupportable.

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