46

25 9 18

La tempête solaire dura toute la nuit, les aurores boréales balayèrent le ciel jusqu'à l'aube, le ciel se déchaîna, sans laisser de répit à quiconque. Dans tous les ouvrages que Jane avait lus, il n'avait pas été fait mention d'éruption solaire aussi forte, aux conséquences aussi longues. Anton lui avait parlé d'événements semblables qui avaient déjà eu lieu durant les siècles précédents, il avait raconté les lueurs des aurores, la violence des orages magnétiques, les coupures de courant qui avaient pu durer des heures, les communications suspendues pendant des temps plus ou moins longs.

Ils avaient imaginé ce qu'une éruption solaire pourrait donner à leur époque. Plus de communication, plus d'électricité, pendant quelques temps, ce qui aurait pu leur donner plus de temps devant eux pour se sortir de leurs ennuis, en profitant de la panique engendrée. Mais jamais ils n'auraient pensé que ça atteindrait de telles proportions. L'éjection de masse coronale avait été telle, que ses effets s'étaient fait sentir de longues heures et qu'au petit matin l'air était encore chargé d'électricité et le ciel semblait en feu. Cela n'avait aucun précédent connu et référencé.

Alors les conséquences seraient, elles aussi, sans précédent. Et ce matin Jane et Orry, allongés dans leur lit, après avoir passé la nuit à essayer de sauver ce que la communauté possédait, rêvaient à la vie qu'ils pourraient mener, si tout se passait comme ils l'espéraient. Ils imaginaient une révolte de forte ampleur, ils désiraient plus que tout au monde que le peuple profiterait de ce black-out total pour se réveiller et se battre, pour partir à la conquête du respect de ses droits.

Et ils voulaient eux aussi faire partie de cette révolution.

Ils avaient vécu toute leur vie dans la misère, travaillant d'arrache-pied pour l'enrichissement d'une poignée de privilégiés. Il était temps, à présent, de remettre les choses en ordre, de rétablir l'égalité oubliée il y a tant de temps, que ce clivage entre riches et pauvres était devenu normal et acceptable. Ils allaient donc profiter de ce que la nature leur avait offert pour partir en guerre contre cette milice qui se croyait toute puissante, mais qui devait être totalement perdue en ce moment.

Car une chose était sûre, ceux qui vivaient, auparavant, dans la facilité et le luxe allaient avoir du mal à s'adapter alors que ceux qui manquaient de tout étaient déjà habitués à l'obscurité. Ils savaient ce que c'était que de marcher des heures par manque de carburant. Ils connaissaient l'insécurité, l'éclairage à la bougie, le froid par manque de chauffage, le travail qui fait souffrir le corps et l'esprit, la fatigue insurmontable qu'il faut quand même combattre pour se lever le matin et survivre.

Tout cela les porterait et les mènerait là où ils prendraient enfin le pouvoir. Pas pour avilir à leur tour, mais pour faire respecter les droits fondamentaux qui avaient été oubliés depuis si longtemps.

— Tu vois ? Nous ne sommes pas morts, chuchota Jane à son compagnon, un léger sourire au coin des lèvres.

— Te moquerais-tu de moi ? répondit-il en la serrant contre lui.

— Non... ou oui, un peu. Tu passes ta vie à me protéger Orry et je passe la mienne à te rassurer.

— Et ça fonctionne plutôt bien.

Orry sourit à la jeune femme et caressa doucement sa joue.

— Tu es sûre que tu veux venir ? reprit-il dans un murmure.

— Ne recommence pas avec ça. Je viens ! Espérance restera avec Hanet.

— Ça risque d'être dangereux...

— Je le sais, on risque de rencontrer des pillards, des voleurs, des gens violents et des personnes prêtes à tout pour défendre ce qu'elles possèdent, même si ça n'a plus aucune valeur. Mais je veux être là, je veux assister à ça. C'est historique et je veux pouvoir le raconter, plus tard... ou l'écrire peut-être.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant