L'homme chez moi.

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La nuit obscure a laissé place à la clarté du jour et pourtant l'atmosphère ne reste pas moins glaciale. En cette période de grand froid, les rayons du soleil éclairent avec peine les rues encore désertes et font fondre légèrement la neige imposante qui recouvre les trottoirs.

Dans ce climat de calme, une femme court à bonne allure. Son visage est blanchâtre, ses pommettes ont une teinte rougeâtre due à l'effort physique et son nez rosé à cause du froid. Sa poitrine monte et descend au rythme de sa respiration laissant entrevoir lors de ses expirations une légère brise de buée sortir de ses lèvres légèrement gercées.

Soudain, intriguée, elle s'arrête reprenant peu à peu son souffle tout en se dirigeant vers une petite parcelle d'arbre présent sur le bord de la route et encore assombrit par le crépuscule du matin. Brusquement, son cri retentit, faisant écho dans la ville mystérieuse et tranquille de Prelvieuw.

La jeune femme reste inerte alors que la population alarmée par le cri strident se précipite à sa rencontre. À leur pied se trouve un corps rigide et froid allongé sur la neige lisse et scintillante. Les yeux grands ouverts, une femme au corps glacé et sans vie, nue au ventre lacéré. À première vue, on pourrait penser qu'il s'agirait de l'œuvre d'un animal mais même une bête ne pourrait pas être aussi cruelle. Cependant, la bouche cousue ne laisse aucun doute, seul l'humain est capable d'une telle chose.

Autour d'elle, son sang qui se mélange et s'enfonce un peu plus profondément dans la glace. Ainsi que des traces de pas qui se sont enfuies dans la neige et s'engouffrent dans la sombre forêt jusqu'à disparaître.

Les policiers arrivent sur place après quelques minutes, renvoient les personnes chez eux et commencent à inspecter l'affaire. Pris d'effroi, l'inspecteur Karl est abasourdi en analysant la scène de crime et la dépouille, il est emparé de haut de cœur en constant que le ventre scalpé de la victime est démuni de tout organe. La situation fait froid dans le dos, les policiers éprouvent des difficultés à contenir leurs ressentiments. Mais surentraîner, ils refoulent leurs sentiments afin de collecter dans le plus grand calme et la plus grande concentration tous les indices présents sur la scène de crime pouvant faire incriminer l'assassin.

Un peu plus loin, en face d'un magasin de chaussures, se trouve un homme adossé à un poteau électrique en bois. Les yeux en amande et les pupilles d'un noir d'encre, il affiche un sourire de satisfaction en regardant la scène qui se déroule sous son regard amusé. Comme un prédateur, il passa délicatement sa langue humide sur ses lèvres rouge vives, avala sa salive et se tourna pour reprendre son chemin dans une démarche de dominance et d'assurance.

Les enquêteurs sont dans l'impasse, les traces de pas présent dans la neige s'arrêtent au pied d'un arbre, et aux alentours aucune autre piste. Les indices récoltés sur la scène de crime sont insuffisants. Les personnes présentes lors de la découverte du corps ont effacé d'éventuels indices et en ont rajouté davantage inutilisables. Ils mettent de grands espoirs sur l'autopsie où ils espèrent trouver des traces d'ADN appartenant au meurtrier. L'inspecteur Karl le dit, aucun assassin ne commet de meurtre sans ne laisser aucune trace qui remontrait jusqu'à lui. Il arrivera à l'arrêter, il en est persuadé, tout est une question de temps.

Édith ferme son journal ahuri et dépité. Le monde est malade et les personnes qui l'habitent sombrent de plus en plus dans la folie. Allons-nous à notre perte? Pourquoi l'homme ne peut s'empêcher de détruire tout ce qu'il construit? Et qu'elle est cette haine qui l'anime? Elle ferme les yeux, prend une grande inspiration, gonfle ses poumons et expire l'air tout en ré-ouvrant délicatement ses paupières. Une manière de calmer son esprit qui s'agite et s'enflamme. Impossible de le contrôler, besoin de réfléchir, de comprendre, pour finir par se retrouver dans l'incapacité de refouler ses pensées qui la torture et l'emprisonne. Son regard vagabond de passant en passant tout en les analysant. Elle aime observer les personnes et se demander qui ils sont, ce qu'ils font, à quoi ils pensent, ... C'est son échappatoire, son petit passe-temps de sa pause-déjeuner avant de retourner travailler enfermé dans son bureau.

La journée a été éprouvante, Édith se trouve assise dans son siège en cuir noir devant le volant de sa range rover noire mate, le modèle de ses rêves. L'odeur du cuir des banquettes et du plastique présent sur les portières lui procure du bonheur lorsqu'elle inhale les senteurs de ce nouveau bijou. Mais malgré le confort de son cabriolet, elle ne désire qu'une seule chose, rentrer et s'allonger dans son sofa avec un bon petit plat devant son téléfilm.

Après le cliquetis signalant la preuve de la fermeture de sa voiture, elle se dirigea vers la porte d'entrée en bois de chêne, inséra dans la serrure d'argent sa clef et pénétra dans la noirceur de son habitat. Dans son hall d'entrée, elle alluma une petite lampe en forme de bougie qui éclaire faiblement la pièce pour y déposer son trench brun légèrement mouillé par la présence de petits flocons de neige. Puis, déchausse ses bottes afin d'enfiler ses chaussons. Sa maison est clame, aucun bruit perceptible et pourtant, dans sa cuisine une faible lueur éclaire sa petite pièce composée de bois blanc dans le thème rustique. Intriguée elle pénètre dans la pièce, mais prise de sursaut elle laissa échapper un petit cri aigu.

- Tu m'as fais peur idiot!

Derrière elle son conjoint qui l'entrelace en posant ses bras autour de sa taille tout en enfuyant son visage dans son cou.

- Je voulais te faire une petite surprise, ça te plaît?

La table de cuisine massive est décorée de deux petites bougies senteur lavande, de deux grands verres à vin, suivie de petits plats fait maison donnant l'eau à la bouche.

Le repas se passa presque dans le calme complet jusqu'au moment où Edith constatant le bandage présent sur la main de son partenaire lui demanda;

- Tu t'es coupé?

- Pardon?

- Ta main, elle est bandée.

- Oh ça! Oui, tout à l'heure en épluchant les carottes.

Après que le repas fut terminé dans le silence apaisant, Édith monta se coucher à côté de l'homme qui partage sa vie depuis quelque-temps, tout aussi mystérieux qu'elle. Sans se douter une seule seconde que le repas qu'elle vient de manger se trouve être les organes de la femme retrouvée quelques heures plus tôt. Et n'imaginant pas qu'en bas des escaliers menant à la cave se trouve le pire des secrets inavouables composés des éléments qui vont bousculer sa vie à tout jamais.

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