12 - Séance hydratée

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Et nous avons ri ! À tel point que j'ai le haut des mâchoires qui menacent de se déboîter et mes zygomatiques me font mal !

— Il était parfait ! m'exclamé-je. C'est compliqué de surprendre avec le one-man-show, c'est souvent du réchauffé, mais là, c'est réussi.

— Je suis ravi que tu aies aimé, fait Marco.

— J'ai adoré !

Nous échangeons un regard qui me fait passer l'envie de rire. J'ai si chaud, tout d'un coup ! Marco me prend à nouveau par la main et nous marchons jusqu'à un restaurant, pas très loin. Marco donne son nom au maître d'hôtel qui nous guide vers une alcôve. J'apprécie le décor élégant, la musique de chambre en sourdine. Lorsque Marco tient ma chaise pour que je prenne place, je m'installe en me tenant droite par instinct. Le décorum l'exige, après tout.

— Du bal des pompiers à une étoile Michelin en passant par une des boîtes de nuits les plus sulfureuses de Paris. Qui es-tu vraiment, Marco ? questionné-je dans un murmure.

— Je suis tout ça, répond-il de la même façon. Et plus encore.

Je sens mes joues devenir rouge aussi sûre que ma robe est bleue. Je baisse les yeux sur la carte, mais je ne vois pas grand-chose alors que j'ai mes lentilles.

— Que me conseilles-tu ? demandé-je.

— Je ne connais pas encore tes goûts, remarque-t-il.

— Je ne suis pas une fille très compliquée quand il s'agit de nourriture. Je mange tout sauf les animaux crus. Je préfère quand mes aliments ne sont pas encore à moitié vivants dans mon assiette.

Il rit, me propose le risotto aux champignons sauvages et vieux parmesan alors qu'il prend un tartare à la noix de Saint-Jacques. Je ne suis plus tout à fait sûre de vouloir l'embrasser après ça...

Je n'ai pas pris de montre, je ne sais pas quelle heure il est lorsque nous quittons le restaurant après un trio de chocolats divin. La nuit est déjà tombée, ce qui sonne sûrement la fin d'une si bonne soirée en si bonne compagnie.

— Déjà, soufflé-je bien malgré moi.

Il m'entoure par les épaules et je me colle à lui. Je n'ai pas envie que cela s'achève et les pensées qui traversent mon esprit me font peur par leur urgence. Je ne le connais pas, mon cerveau insiste, pourtant mon corps — et mon cœur ! — veut faire fi de toute précaution.

Une nuit avec Marco.

Vingt-quatre heures.

Une semaine.

Toute une vie.

C'est effrayant.

Marco me reconduit chez moi en silence, puis arrête sa voiture devant mon immeuble. Nous restons immobiles pendant un moment, sans trop savoir quoi faire. Du moins, moi, je ne le sais pas.

— J'ai passé une excellente soirée, Petula, dit-il soudain sans pour autant me regarder. Ça faisait longtemps que je n'ai pas autant ri.

Il joue avec le cuir du volant, il semble mal à l'aise de devoir me le dire et je trouve cela plus attirant que jamais. Comme si être séducteur n'était qu'une carapace et que sous cette couche se trouvait quelqu'un de vulnérable.

— Moi aussi, j'ai passé une excellente soirée, le rassuré-je.

Il me regarde furtivement, esquisse un sourire.

— Merci, ajoute-t-il.

Je me penche pour l'embrasser sur la joue, puis pose la main sur la poignée pour ouvrir la portière.

— Attends ! m'interpelle-t-il.

J'ai tout juste le temps de me retourner que Marco prend mon visage entre les mains et m'embrasse.

Longuement.

Si longuement et si fiévreusement, que j'ai mon bas-ventre qui se contracte d'anticipation. Peu importe la position très peu confortable par-dessus le levier des vitesses, je réponds à son baiser avec le même empressement. Bon sang, je ne peux pas ressentir autant d'urgence à son égard, je ne le connais même pas !

La main de Marco se pose sur ma taille, me faisant oublier tout questionnement, descend jusqu'à ma hanche. Mon cœur tambourine dans ma poitrine, ma peau brûle, j'ai chaud, tellement chaud ! J'entoure son cou d'un bras, utilisant l'autre pour m'équilibrer.

C'est Marco qui rompt notre baiser et s'écarte, le souffle affreusement court. Il s'éloigne et j'essaie de me ressaisir en tirant sur ma robe.

— Tu me rends fou, souffle Marco en passant la main dans ses cheveux.

— Permets-moi de ne pas être désolée, rétorqué-je avec insolence.

Il cherche mon regard, éclate de rire, d'un rire rauque qui me fait vibrer. Je m'humidifie les lèvres — pourtant bien hydratées après cette séance — et j'ouvre la porte. Cette fois-ci, Marco ne m'en empêche pas.

Zouk Love #wattys2019Where stories live. Discover now