11 - Marco l'Accro

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— Ouh là là ! s'exclame Ninon à la fenêtre. Il sort le grand jeu, Marco l'Accro !

Maintenant que le surnom est acté, m'emporter serait une perte de temps.

Enroulée dans mon drap de bain, je m'approche de ma colocataire et regarde par-dessus son épaule. Marco pianote sur son Smartphone, appuyé à une Mercedes noire. Il porte un costume noir, une chemise blanche, sans cravate. Même du troisième étage, ses chaussures brillent.

— Je ne sais pas ce que tu allais porter, mais agis en conséquence, suggère Maeve.

Je pousse un cri désespéré, reviens en courant dans ma chambre et sors une robe portefeuille bleu marine du placard. Je l'enfile et me place devant le miroir sur pied. Le décolleté en cache-cœur est un peu plongeant, mais nous nous sommes déjà dévoré la bouche devant des témoins sur une piste de danse, le reste n'est décidément que détail. Je prends des sandales argentées à talons hauts et change de pochette.

— C'est bon ? demandé-je à mes colocataires.

Elles sont si impliquées dans l'aboutissement de ma vie sexuelle, je serais bête de ne pas leur demander leur avis. Uniquement sur mes tenues, pour le reste, je me débrouille, merci bien.

— Super ! complimente Ninon en hochant la tête.

— Maintenant va, ça fait un moment qu'il s'acharne sur son téléphone, le pauvre, plaisante Maeve.

J'inspire fond et m'en vais. Je cours dans l'escalier, mais me calme à l'entrée pour me ressaisir. Ce serait propre, arriver à court de souffle alors que la soirée n'a pas encore commencé.

Je pousse la porte de l'immeuble.

Marco lève la tête.

Pendant un moment, il reste immobile, seuls ses yeux bougent, et me dévorent. En d'autres circonstances, je m'offusquerais de me sentir aussi appétissante qu'un grand steak saignant, mais cela n'aurait pas eu de sens : je me suis habillée pour qu'il ait exactement cette réaction. D'un coup de pouce, Marco éteint son téléphone sans me quitter du regard, le range dans la poche intérieure de sa veste tout en se détachant de sa voiture.

— Bonsoir, salué-je alors qu'il s'approche de moi.

Ma voix est sortie rêche, j'ai l'impression que j'ai le désert de Gobi dans la gorge.

— Tu es magnifique, murmure-t-il.

Il prend ma main et m'attire doucement vers lui pour m'embrasser.

Seigneur, je suis encore devant mon immeuble et je suis déjà sur le point de chavirer. Qu'est-ce que ce sera à la fin de cette soirée ?

Je me tiens à son bras et réponds à son baiser comme s'il s'agissait d'un baiser de bonne nuit, d'un baiser d'adieu, presque. Quand ses lèvres se détachent des miennes, j'ai l'impression d'être à la dérive.

Oh, ça promet !

Il m'ouvre la portière. Galant avec ça... Je monte dans la voiture en faisant un effort considérable pour ne pas montrer plus qu'il n'en faut. J'oublie souvent le côté « monter » et « descendre » de voiture quand je m'habille puisque je me déplace toujours en métro — le glamour parisien à son comble. Le tissu fin glisse, dévoilant bien plus de cuisse que je ne le voulais et je remets ma robe en place, non sans remarquer le regard de Marco à nouveau sur moi. Il ferme doucement la portière, contourne la voiture et s'installe derrière le volant.

— On va où ? demandé-je.

— Rire.

Il garde le mystère, ce qui décuple ma curiosité. Il démarre et j'admire l'élégance de ses mains qui glissent sur le volant. J'ai un faible pour...

Bref !

Je reporte mon attention ailleurs. La voiture est propre, il n'y a pas un grain de poussière, au contraire de la voiture de mon petit frère où il fait pousser des frites du McDo...

— Tu vends donc des téléphones..., commencé-je pour combler le silence et oublier le vertige dans mon ventre.

— C'est ça, répond-il.

— Et si tu étais un peu plus spécifique que ça ? demandé-je, les yeux sur la main posée sur le levier des vitesses. Tu n'es pas que vendeur.

Il esquissa son diabolique sourire en coin.

— J'ai mes propres magasins, répond-il enfin. Je mets un point d'honneur à aller sur chaque point de vente, quitte à parcourir toute la France.

Il est sexy, zoukeur et chef d'entreprise. Où est le piège ? Il y a forcément un piège !

— Je suis donc dans ta résidence secondaire, dis-je.

— Exactement, s'amuse-t-il.

— Remarque, cela aurait pu être un taudis... C'est bigrement propre chez toi.

— Je gère ma voiture aussi bien que je gère mes magasins, répond-il en haussant les épaules. J'aime que ce soit net.

Il n'a pas du tout besoin de connaître mes défauts dès le premier jour. Ou le quatrième... ? On est le combien, d'ailleurs ?

— Ça doit être compliqué pour la vie de famille, non ? continué-je.

Ses doigts se crispent sur le volant.

— Je n'ai pas de vie de famille, répond-il en se renfrognant.

— Tu le voudrais ?

Il s'arrête à un nouveau feu rouge. La séduction a en partie quitté ses traits, il a l'air très sérieux, d'un coup.

— Plus que tout, avoue-t-il sans me regarder.

Il redémarre.

Je ne sais pas comment relancer la conversation.

— Quand tu grandis, tes parents ont un plan de route pour toi, commence soudain Marco avec gravité. Il faut que tu fasses de bonnes études, que tu aies un bon travail, puis que tu fondes une famille. Parfois, leurs plans deviennent les tiens, et tout ne marche pas comme prévu. À la fin, tu ne sais pas qui tu déçois le plus, qui est le plus touché par l'échec...

— Ma mère m'a toujours dit qu'il faut que je trouve ma voie, quitte à tout essayer, commenté-je. Mais de préférence quelque chose que je puisse étudier pour avoir un diplôme ou un certificat au bout ! Je ne sais pas ce qu'elle aurait fait si j'avais décidé de zouker pour gagner ma vie, par contre, ajouté-je avec une pointe d'humour pour alléger l'ambiance.

Et cela fonctionne. Marco rit, le sourire lui revient aux lèvres et aux yeux. Il est tellement plus beau quand il est détendu !

— Je ne sais pas ce que mes parents auraient fait de ça, moi non plus, s'amusa-t-il. Il suffit que je montre la tarrachinha à ma mère pour qu'elle se signe !

— La quoi ?

— Le love version kizomba, traduit-il en faisant un clin d'œil.

Mon cœur tambourine.

Mon cœur ou mon bas-ventre, je ne sais plus, mon anatomie s'embrouille.

Au bout d'un moment, Marco se gare, puis contourne la voiture pour m'ouvrir la portière avant que je n'aie le temps de m'en occuper. J'aime bien sa galanterie, mais j'attendais juste de voir s'il y avait des voitures qui passaient...

— Donne-moi une seconde, demande-t-il alors que je le rejoins sur le trottoir. Je vais payer le stationnement.

J'acquiesce et le regarde qui part à très grandes enjambées, si grandes que j'ai même l'impression qu'il court, au fait. Il revient très vite, place le ticket bien en vue sur le tableau de bord, puis me rejoins.

— Maintenant nous pouvons y aller, dit-il.

Nous faisons tout juste quelques pas que Marco saisit ma main. Je devrais peut-être refuser, mais, sérieusement, je pense qu'après le Mojito Lounge, tout n'est que détail. Il me guide jusqu'à un petit théâtre d'humour du IVe arrondissement que je ne connais que de réputation.

— Nous allons rire, m'informe Marco avec un sourire.

Zouk Love #wattys2019Where stories live. Discover now