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La journée s'était écoulée dans une lenteur moite, laissant dans son sillage une sorte de pesanteur et de lassitude envahissante. Les tâches avaient été faites dans la douleur, sous une chaleur accablante. Les plus jeunes, encore bercés par une certaine insouciance, avaient, quant à eux, passé la journée au bord du Lemon creek, afin de se rafraîchir le plus possible.

Alors que la soirée avançait, les rues avaient été désertées, l'air était électrique, le silence se faisait pesant. Jane et Orry n'avaient rejoint personne, à l'inverse des soirs précédents, et étaient restés chez eux. Ils étaient assis sur les marches du perron de leur maison et attendaient que la nuit tombe, les visages levés vers le ciel. Orry était assis sur la plus haute marche et entourait de ses bras sa compagne, assise entre ses jambes. Elle tenait leur fille contre elle et laissait reposer son dos contre le torse du jeune homme, la tête calée contre son épaule.

Comme ils se l'étaient promis, ils ne s'étaient pas quittés de la journée, devenant l'ombre de l'autre et étonnant tout le monde, car, s'ils n'étaient jamais très loin l'un de l'autre et se cherchaient souvent, ça n'avait jamais été à ce point.

— On pourrait aller coucher la petite, souffla Orry en embrassant la joue de sa compagne.

— Je croyais que tu ne voulais pas qu'on te quitte, répondit Jane en riant.

— N'exagère pas non plus, on est juste devant la maison et puis... c'est peut-être dangereux de la garder avec nous.

Jane se redressa et se tourna légèrement vers le jeune homme, un sourire inscrit au coin des lèvres.

— S'il y a réellement un danger, il ne s'arrêtera pas à la porte d'entrée...

— Je sais... je crois que j'ai juste peur, Jane.

— Et moi je te répète que ça ira. Tu te souviens de ce qu'a dit Anton ? Ça peut être grandiose comme minime, on ne peut rien prévoir. D'ailleurs on peut très bien se tromper...

— Mais les oiseaux sont partis et... c'est un signe.

— Oui, c'est vrai... les oiseaux sont partis, répéta la jeune femme en relevant le regard vers le ciel.

— Et tu avais raison, leur chant avait changé, je n'y ai pas fait attention, mais en y repensant...

— Sachez, cher monsieur, que j'ai toujours raison, claironna Jane en riant.

Elle se retourna complètement, se mettant sur ses genoux, afin d'être à la hauteur du jeune homme et lui fit face. Orry secoua la tête en l'entendant fanfaronner et se pencha légèrement pour l'embrasser, posant ses mains sur les hanches de la jeune femme, tentant de la rapprocher de lui.

— Attention ! Je vais tomber, rit-elle contre ses lèvres.

— Tu serais plus à l'aise si on allait coucher Espérance, et on pourrait se câliner un peu plus.

— Hey ! Mais monsieur aurait-il des pensées déplacées ?

— Disons que je préfère mourir en t'aimant qu'en regardant le ciel.

Il l'enlaça un peu plus, faisant tout de même attention au bébé qui babillait entre eux, et reposa son front contre celui de la jeune femme.

— C'est vrai, reprit-elle en lui caressant la joue, que ça serait une belle manière de mourir.

Leurs regards se croisèrent et malgré le ton badin de la conversation, leurs yeux trahissaient l'angoisse qu'ils essayaient de cacher.

— Regarde, dit soudain Orry en fronçant les sourcils et en relevant le visage.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant