13.Ezra♠

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J'ai la désagréable impression qu'il me suit dans le moindre de mes gestes, je le croise beaucoup plus souvent qu'auparavant, il s'implique dans mes histoires. Assise dans le fond de la classe en cours de français , je reste prisonnière de mes pensées. Je me suis promis de ne pas m'attacher aux gens, il faut que je tienne. Pourquoi doit-il venir tout compliquer ? Et ce poème que l'on doit faire ensemble... Je ferme les yeux et me résonne : C'est juste pour travailler. Pour travailler. C'est tout. Le professeur m'appelle, me tirant de mes pensées, je lui fait voir notre texte. Après l'échauffement, il nous laisse en autonomie afin que l'on puisse travailler nos poèmes à l'oral , pour le baccalauréat. Pour que je puisse travailler avec Adam.

- Je ferai passer le premier groupe dans une vingtaine de minutes.

Je retourne m'asseoir au fond de la salle, obligeant Adam à se déplacer jusqu'à moi. Sortant un carnet de son sac, je place toute ma concentration dessus, voulant manifester mon indifférence à son égard. Lorsqu'il s'assoit à côté de moi je reste rivée aux mots imprimés sur le papier. Il s'approche un peu plus, cherchant une réaction de mon côté et mon cœur accélère automatiquement ses battements. Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Ne t'y mets pas toi aussi ! Je décide de faire, comme à mon habitude, comme si de rien n'était. Il finira bien par se lasser et me laisser tranquille. Pourtant, il n'entre pas dans mon jeu et m'oblige à sortir de ma pseudo-lecture :

- Alors on peut commencé à s'entraîner à l'oral?
- oui.

Je m'empêche toujours de lever les yeux vers lui, tout en m'efforçant que ma réaction paraisse naturelle. Ses yeux sont vert, je crois.... Chut ! Mon cœur ne veut toujours pas se calmer et à ce moment même, j'ai juste envie de l'arracher de son socle et de le broyer. Il ne battrait plus et cela réglerait bien des problèmes. La seule solution pour parer les battements de mon cœur est de ne pas laisser le silence s'installer. Alors je ne vois qu'une issue : parler de la mise en scène. Tirant machinalement sur la manche gauche de mon sweat noir, je renonce à ma résolution et lève la tête vers lui. Ses yeux sont vert, j'avais raison :

- Euhh si ça ne te dérange pas...

Comme si ça m'importait réellement de le déranger. Son regard est planté dans le mien et il m'invite amicalement à exposer mes idées :

- Vas-y.
- Très bien. On pourrait s'attribuer chacun un vers du poème, et donné l'impression au spectateur que ... que nous sommes " un couple" je pense que ce serait plus intéressant.Et ça aurait le mérite d'être original.

Il acquiesce et, partie sur ma lancée, je pose le carnet entre nous deux pour que nous puissions procéder à des coupes de texte. Rapidement, j'expose mon idée à Adam. Le côté studieux s'est emparé de moi, a pris le contrôle de mon être et j'aime mieux ça, il me permet de garder mes pleins moyens. Ce n'est pas au garçon en face de moi que je parle mais à la personne avec qui je vais interpréter...

- Il faut qu'on se mettent au centre dans la salle de classe. Toi, tu es d'abord en dehors de cette zone, dans l'ombre, on ne distingue qu'une forme. Peu à peu tu avances et ta silhouette se dessine dans l'ombre. Tes premières répliques tu peux les lancer dans le noir , une fois la lumière éteint, je pense que ça rendrait bien... Ensuite, tu peux avancer lentement jusqu'à la zone éclairée, Jusqu'à ce que tu arrives face à moi et...

Tout d'un coup, son regard planté dans le mien me gêne, m'intimide. Je me recroqueville dans ma carapace et prenant conscience que je suis en train de prendre les directives, bredouille un :

- Je suis désolé, je ne voulais pas...
- T'inquiète, ton idée est super.
- Ne te sens pas obligé d'accep...
- Je te fais confiance, c'est toi la pro.

Sur ce, il se lève d'un bond et va voir le professeur pour lui dire que nous sommes prêt. Je reste assise un moment à l'observer, hébétée. C'est toi la pro. Perplexe je vais finalement le rejoindre , me plaçant au centre de la salle, comme prévu. Le prof s'asseoir et fait silence, prêt à nous écouter. Quand je sens enfin que nous sommes tous les deux prêts, je relève légèrement la tête. Les deux adolescents s'évaporent alors de scène pour laisser place à ce couple fictif.

Adam: J'ai envie de t'aimer, j'ai envie qu'on s'aime, que tu m'aimes...

Ezra : Apprends-moi l'amour,le vrai, l'unique celui qui nous fait vivre celui-là, et surtout pas un autre apprends-moi à m'aimer...

Adam: Comme on s'aime lorsqu'on est deux , apprends-moi à t'aimer , chaque jour comme si c'était le premier...

Ezra : Apprends-moi à aimer, a donner une chance à chacun d'exister hors de moi , apprends-moi à aimer , sans procès, sans appel a prêter l'oreille ,

Plutôt qu'à blâmer, apprends-moi à aimer, sans connaître, sans juger, apprends-moi à dire je t'aime avec les larmes aux yeux et en offrant mon cœur...

Apprends-moi tout ça et alors je saurai que c'est toi.

Adam et Ezra : Apprend- moi...

-BRAVO ! S'extasia le prof

Tu es beau Adam. La scène est enfin terminée et seuls ces mots me restent en mémoire. Je n'arrive pas à sortir de l'univers que je viens de me créer. Je suis perdue dans ma bulle, Monsieur Fost commence à parler et Adam s'avance pour l'écouter, mais moi je ne l'entends pas. Tu es beau. Je ne peux m'empêcher de le regarder. Ses cheveux mis-long légèrement en bataille, ses yeux d'un vert profond, sa bouche... Je me mords la lèvre. Sa bouche, attirante. Sentant mon regard sur lui, il se retourne et me décoche un sourire. Je m'empresse de tourner la tête, me sentant gênée. Et alors, la bulle explose et je reprends enfin mes esprits.

- Ezra?

Je sursaute en entendant mon prénom, Fost me regarde, interrogateur :

- Pardon je...
- votre interprétation était très réussie , en aurais dit qu'il y avait une connexion , un lien entre vous.

- Merci monsieur Fost soufflait je timidement

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant