10.Erza♠/ Adam♠

1K 64 2
                                          

Peu à peu, tandis que la fin du cours s'écoule, ma force semble s'échapper et le doute s'empare de moi. Ai-je vraiment bien fait de prendre la parole ? Était-ce vraiment une bonne chose que cette expression de frayeur sur le visage de Cheryl ? Et cette liste, cette foutue liste : pourquoi, au grand pourquoi, m'y suis-je inscrite ? Maintenant que j'y repense je n'ai pas envie d'y aller, une fête ce n'est pas pour moi, je n'ai aucune envie de faire comme toutes ces filles s'habillant de leur plus belle robe et revêtant leur plus beau maquillage dans le but de passer une soirée inoubliable à faire de l'œil au gars qu'elles admirent en secret. La seule chose que cette soirée m'apportera peut-être, c'est la paix. Car je prouverai à Mme la Comtesse qu'elle ne peut plus me marcher sur les pieds car dorénavant je ne me laisserai plus faire, je prouverai à tous qu'ils ne me connaissent pas, qu'ils ne savent pas qui est Ezra. Alors j'irai à cette putain de soirée, j'irai. C'est dit, c'est fait.

Dès que la sonnerie retentit mes affaires sont rangées et je suis prête à sortir. C'est sans compter sur Cheryl qui se précipite dans le couloir espérant me barrer le passage, avec son fidèle toutou à ses côtés. Dès qu'elle aperçoit que, contrainte, je m'arrête à son niveau, un large sourire hypocrite illumine son visage. Quelques curieux, sentant la confrontation s'amassent autour de nous :

- Donc tu viens à ma soirée ?
- Oui.


Je réponds d'un ton dur, cassant, sans appel. Je viens à la fête, point.

- C'est bizarre tu sais...

Elle lève sa main droite pour observer le vernis rouge pétant si bien appliqué sur ses ongles fraîchement manucurés :

- ... J'avoue que c'était plutôt inattendu. Je parie que ça va être ta première fête. Ne te méprends pas, je déduis juste. En tout cas, félicitations, comme quoi il y a une première fois à tout. Et pour n'importe qui.

Et sa copine de pouffer de rire, ainsi que quelques illuminés de notre petit public. Resserrant mon sac à dos sur mon épaule, et faisant tout de suite moins la fière que durant le cours et face à toutes mes bonnes résolutions, je tente de la pousser pour qu'elle me laisse partir. Ç'aurait été trop simple :

- Ne t'inquiète pas on veillera sur toi.

- Merci, c'est vraiment très aimable de ta part mais à la base je sais m'occuper de moi-même tu vois.

- Ne te vexe pas ma petite Ezra ! C'est juste qu'on tient tous beaucoup à toi, je te le jure, et un drame peut si vite arrivé.

- Qu'est-ce que je dois comprendre par-là ?

Est-elle en train de me menacer ? Tandis que je la regarde avec haine, son regard reste vissé sur son vernis, cette fois de l'autre main :

- L'alcool est traître tu sais, on ne se rend pas toujours très bien compte mais ça saoule vite... un gars pourrais te dépuceler ? tu m'as l'air si facile.


Ma mâchoire se contracte et je serre le poing pour m'empêcher de lui en coller une. Elle détache enfin son regard de son vernis et porte son attention sur mon corps crispé :

- Tu n'oserais tout de même pas me frapper ?


Sans pouvoir plus me contrôler, le coup de poing part tout seul, se fichant en plein milieu de sa figure tandis qu'elle tombe violemment en arrière, rattrapée trop tard par son amie qui jette un petit cri.






//

Je suis encore dans la salle, souriant bêtement en repensant à Ezra inscrivant son nom sur la feuille, nourrissant ainsi mes espoirs de rapprochement, quand j'entends un cri on ne peut plus féminin et aigu provenant du couloir. Je jette un coup d'œil à Lohan et comme un seul homme nous nous ruons à l'extérieur. Ezra est là, entourée d'une masse d'élève et Cheryl est au sol devant elle, se tenant le nez d'une main. Précipitamment, elle se relève et se plante face à elle :

- Pouffiasse.
- Tu en veux un autre ? Je suis tout à fait disposée là.

Elle lève le poing, prête à frapper une seconde fois. La scène ne me laisse pas indifférent, je ne l'ai jamais vue en colère. Ezra a toujours été pour moi la fille intériorisant ses problèmes, contrôlant ses émotions. A l'instant, son masque vient de tomber.

Voyant que Cheryl ne reprend pas, elle continue, cette fois d'une voix plus contenue :

- Maintenant tu auras l'amabilité de bouger, j'ai envie de passer.
- Pardon, j'ai mal entendu ce que tu viens de dire.


Le ton de Cheryl est provocant et Ezra conserve à grand peine le calme qu'elle essaye de regagner, lâchant dans un rictus :

- Dégage.

Une gifle vole, c'est Cheryl qui réplique en criant :

- Tu me parles pas comme ça OK ? Je suis pas une chienne !

Des « Oh » fusent dans l'assemblée, certains tapent dans leurs mains, d'autres crient des « vas-y », lancent des vieux « baston ! » de cours de collège :

- Ah non ? Pourtant tu le fais bien.

Ça y est, Ezra est hors de ses gonds et ne contrôle plus ce qui sort de sa bouche. Elle parle avec acidité, semble prête à mordre, attisant les railleries des autres qui encouragent pour la plupart Cheryl, la bonasse du lycée. Cette dernière saute de suite sur l'occasion pour répliquer, crachant son insulte du bout de ses lèvres comme pour ne pas se salir :

- Sale pute. Tu ne mérites même pas de vivre , ta putain de mère doit regretter dans sa tombe de t'avoir mise au monde.

Je vois Ezra reculer d'un pas. J'ai l'impression de ressentir son cœur se serrer, exploser en mille morceaux. Hors de moi, outré par ces propos, je me rue en avant et l'attrape par le bras , la repoussant en arrière. Son dos heurte violemment le mur derrière elle et je lui crie au visage, menaçant :

- Ose répéter ça ! Ose répéter encore une fois ces mots et tu te retrouves dans le plâtre !

Mon visage me brûle, est en feu, je devine mes veines saillantes au niveau du front, mes yeux fusillant ceux de Cheryl. Elle également rougit, mais à cause de la pression qu'exerce ma main sur son bras. Elle a peur, elle n'ose pas parler et se ratatine devant moi :

- Je préfère ça tu vois. Donc maintenant tu vas te contenter de gentiment fermer ta gueule et de foutre la paix au monde.

C'est à ce moment que ma conscience doit me rattraper. Pour ce que je dis, pour le fait que je m'en prenne à plus faible que moi, que des gens nous regardent et que je vais maintenant passer pour le salaud du lycée. Mais sur le moment je m'en contre-fou totalement, je n'ai aucun respect pour ce genre de fille.

Elle ne connait pas le passé d'Ezra et ne peut surement pas être consciente de la répercussion de ses paroles mais moi je sais qu'il y a au plus profond d'elle des blessures et je sais également que ces mots prononcés sont comme un poignard enfoncé et retourné dans son cœur. Derrière moi, Ezra ne dit plus rien mais je sens toujours sa présence. Je sens la main de Lohan presser mon épaule pour m'intimer de lâcher prise. Alors je desserre ma main et après m'avoir regardé avec rancœur, la blonde déguerpit sans demander son reste. Avant de tourner aux escaliers, son amie me lance un regard accusateur :

- Adam...
- Laisse-moi !

Je ne veux pas que Lohan me fasse la morale. Je veux qu'il se casse et qu'il me laisse tranquille. Pour le coup j'ai juste envie d'être seul. Je me retourne violemment et réplique à l'intention de tous ces voyeurs :

- Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué le spectacle est fini ! . Alors vous êtes tous conviés à dégager.


Et tandis que le couloir se vide, emportant mon pote y compris, je ne peux m'empêcher de continuer sur ma lancée :

- J'espère que vous avez passé une agréable séance. Le manque de pop-corn sera dédommagé.


Et alors finalement, je me tais. Ma respiration est forte mais je redescends sur terre lorsque le silence du corridor m'enveloppe et que je prends à nouveau conscience de la présence d'Ezra dans mon dos. Elle tremble. Sa voix, légèrement éraillée, résonne dans l'espace étroit :

- Pourquoi ?

Je ne réponds rien. Je ne me retourne pas. Parce que je me suis emporté et que je n'aurais pas dû. Ou alors, parce que j'ai pris ta défense. Je savais pertinemment qu'elle n'allait pas me sauter dans les bras en criant : « mon héros ! », mais je ne m'attendais pas à une telle réaction. Ce n'est plus la colère qui est maîtresse de son corps mais la frustration :

- J'aurais pu me débrouiller seule !

Et alors je me retourne pour lui répondre quelque chose, n'importe quoi pour tenter de rattraper la gaffe que je viens de faire, mais je me coupe instantanément. Car dans ses yeux se reflète la honte. Ses yeux noir , sont attitude a sur moi l'effet d'une douche froide et j'ai l'impression de me fracasser au sol. Peu à peu, ses yeux se mettent à briller. Non, ce n'est pas ça que je voulais Ezra.

- C'est comme ça que tu me vois ? Comme quelqu'un de faible ? Incapable de se protéger !
- Non ! Non pas du tout ! Je...
- C'est pas grave, laisse tombe
r.

Et maintenant, la déception dans sa voix.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant