Chapitre 22 : « Allons enfants de la patrie... »

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Précédemment dans « Les Mizer Heroïks » : Gavroche est sur le point de mourir au pied des barricades de la rue Saint-Denis, quand un étrange phénomène fige les belligérants dans un état de stupeur...


Éclairé par cette lumière céleste, le corps de l'orphelin se met à briller comme l'or. Puis c'est la rue Saint-Denis qui scintille comme un champ de blé caressé par les rayons d'un soleil à son zénith. Chassés par un vent silencieux, les nuages prennent la fuite et libèrent le ciel qui se colore d'un bleu d'outre-mer.

Le temps semble s'être figé, comme s'était agi d'un moment sacré. Les soldats et les rebelles se dévisagent mais n'osent rien faire ni rien dire.

C'est alors que l'air au-dessus de la rue Saint-Denis se fonce peu à peu avant de laisser se dessiner la silhouette d'un ange, ou plutôt d'une divinité. Dépourvue d'aile, mais flottant au-dessus des toits parisiens, apparaît une déesse coiffée d'un bonnet phrygien et portant fièrement le drapeau tricolore. Le doute n'est plus permis, c'est la Vierge Marianne, qui se manifeste en ce jour de soulèvement républicain.

Ce n'est pas l'ardeur ni la détresse des insurgés qui l'ont convaincue de se joindre à la fête. Ce sont les paroles d'un garçon, les confessions d'un orphelin, les rimes d'un amoureux. La Vierge Marianne a été touché par l'amour sincère que Gavroche porte à Cosette. C'est une si belle histoire qu'elle ne peut se finir ainsi, dans l'inachevé et l'indifférence. La providentielle championne de la République veut donner une chance à l'Amour, aux amoureux et à la République pleine d'Amour, de Liberté, d'Égalité et de Fraternité...

La Vierge Marianne tend le bras et verse une pluie d'or et d'argent sur le corps immobile de Gavroche. Ce dernier, baigné par cette huile flambante, irradie comme un soleil de chair avant de se transformer en une torche de lumière.

Le miracle, fulgurant et spectaculaire, sidère les belligérants qui en sont réduit à l'état de simples témoins.

Le brasier magique se dissipe progressivement autour du corps de Gavroche qui a été lavé, purgé de toute souffrance, de toute faiblesse, de toute blessure, de toute tristesse, de tout désespoir. Le miracle s'accomplit pour de bon. Gavroche, béni, purifié, ressuscité, se relève comme d'un long sommeil.

Satisfaite de son prodige, la Vierge Marianne se tourne alors vers les Compagnies Royales de Sécurité et pique dans leur direction ! Les soldats sortent brutalement de leur songe éveillé. Ils alignent leurs fusils avec le mitrailleur d'élite et tirent sur l'entité républicaine de 6 mètres de haut. En pure perte. La Vierge Marianne brandit son immense étendard, qui absorbe les balles avant de les renvoyer à l'envoyeur. C'est l'hécatombe : tous ceux qui ont fauté par la poudre tombent, morts par la poudre. La Championne Républicaine pose ensuite pied à terre et pique dans les rangs ennemis. Elle piétine et fauche les royalistes, comme s'il s'agissait de nuisibles fourmis, nombreuses mais impuissantes.

La rue Saint-Denis est le théâtre d'un incroyable retournement de situation. L'armée et les CRS, sur le point d'écraser la mutinerie, se font massacrer. Les insurgés reprennent courage et se jettent dans la mêlée. Ils suivent le chemin de sang et de fureur tracé par la Vierge Marianne.

La rue Saint-Denis dégagée, la Championne de la République continue son travail de labour. Elle bifurque vers le boulevard Sébastopol. Elle fait alors face à deux Éléphanks envoyés en support des troupes loyalistes. Croyez-vous qu'elle prenne peur ? Pas du tout. Les deux mastodontes manœuvrent avec une lenteur pataude avant de pouvoir s'aligner dans le bon axe de tir. Pendant ce temps, la Vierge Marianne s'approche fièrement d'eux. Les deux pachydermes blindés canonnent de concert et le même et impensable scénario de se produire. La Sainte Miraculée se sert de son drapeau comme d'un bouclier, qui absorbe les deux obus avant de les recracher dans la direction opposée. Les Éléphanks explosent, l'un après l'autre, victimes de leur propre projectile ! C'est la panique dans les rangs royalistes et l'hystérie victorieuse dans ceux des républicains. Ces derniers foncent à la suite de leur divine héroïne et défont un nouvel escadron des Compagnies Royales de Sécurité.

La Vierge Marianne ne semble pas prête de s'arrêter en si bon chemin. Elle continue son chemin, déterminée à tracer un nouveau sillon victorieux, irrigué par le sang bleu des courtisans et des vaincus. C'est ainsi qu'elle désengorge les voies de la capitale et que l'armée du Peuple de Paris qui la suit comme une traine de mariée, ne fait que grossir...

Jusqu'où va-t-elle aller dans son ballet épique et vengeur ?...

C'est bien la dernière des pensées de Gavroche. Ce bref mais éprouvant voyage dans le monde des morts l'a épuisé. Incapable de suivre le moment, il reste dans la rue Saint-Denis, laissant la horde des Bleu-Blanc-Rouge bouter la monarchie hors des murs de Paris. Il peine à garder les yeux ouverts, il titube, trébuche et finit pas s'étaler sur le pavé. Il peine à se remettre debout, ses muscles refusent de lui obéir.

— Mon Gars Vif à moi ! crie alors l'ange de beauté qui se précipite pour le relever.

Cosette n'a pas eu le cœur de suivre l'armée des Parisiens. Elle n'a d'yeux que pour son héros, son amour, son garçon des rues. Elle a cru le perdre une première fois et elle craint à nouveau de ne plus le revoir, vivant.

— Promets-moi que tu vas rester avec moi. Pour toujours et à jamais !

— Ahhhh... se contente de baragouiner le jeune homme à l'esprit cotonneux et endormi.

— Oui ! Gars vif ! Dis-moi oui ! lui ordonne la jeune fille, furieuse de le sentir si loin d'elle.

Va-t-il lui échapper une nouvelle fois ? Émue aux larmes, La Môme, pleure comme elle ne l'a pas fait depuis longtemps. Elle inonde le pavé parisien de perles, de diamants, d'émeraudes, de rubis, de saphir, d'améthystes et autres gemmes de tristesse...

À suivre...

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