Chapitre 14

36 5 14

La nuit s'installa. Les habitants de Chamonix finissaient de dîner avant de coucher les enfants. La télévision n'offrait aucun divertissement, seules les directives comtales et les dernières décisions étaient diffusées en boucle. Chacun se barricadait, guettait et craignait son voisin. Le couvre-feu était scrupuleusement surveillé. Le comte profitait de l'incident dans le but de rallier la population à sa cause, et cela fonctionnait : les sympathisants de la Résistance se taisaient, et la ville se divisait. La terreur régnait dans le département avec force, mais une ombre planait. Une ombre qui préparait la guerre contre l'autorité en place. Jonathan De Lacour montrait le visage d'un homme soucieux du bien-être de sa population, pointant du doigt les agissements de Maxence Larcher. Il jurait qu'il éliminerait ce meneur et ramènerait la paix en Haute-Savoie. Bien entendu, il mettrait tout en œuvre pour se débarrasser de la Résistance, quitte à sacrifier des vies inutiles, mais le peuple n'était pas obligé de tout savoir. Maxence avait engagé les hostilités : il avait déclenché ouvertement la guerre, alors le comte ne faisait que répondre. Ce dernier allait s'assurer, cependant, d'obtenir l'appui des siens et de ses confrères. L'attentat engendrait des conséquences assez inattendues, et le dirigeant avait compris qu'il se devait de calmer le jeu afin de prendre la Résistance dans son propre filet.

Jonathan De Lacour jouait sur la peur des gens, sur leur besoin de se sentir en sécurité. Il écoutait les citoyens et organisait de beaux discours. Néanmoins, quelque chose approchait, une chose invisible qui allait provoquer la chute du monde des Hommes. Personne ne se doutait de la catastrophe à venir. La guerre marchait lentement vers les plus grandes villes : l'armée des immortels progressait, refermant un piège fatal. Les Gammas suivaient les pas du capitaine désigné par les Alphas, car ces derniers n'avaient pas forcément la possibilité d'être physiquement sur place ; le terrain était trop vaste à couvrir. Les Skryta'lian infiltrés au sommet de la société et dans les endroits stratégiques enclenchèrent la première étape du plan.

Les centrales électriques se coupèrent et, en quelques minutes, la Triade plongea dans le noir. Les gouvernements s'agitèrent, s'empressant de localiser la cause de la panne. Les générateurs de secours furent actionnés, mais ceux-ci ne fonctionneraient pas longtemps. Des agents s'activaient afin de rétablir le courant sans pour autant y parvenir. Puis, les centrales explosèrent ainsi que l'établissement officiel de la Triade à Berlin. Ce dernier était au cœur du système : il réunissait l'ensemble des dirigeants ; c'était le lieu où les débats se déroulaient et où les lois se formaient. Un grand nombre de hauts dignitaires disparurent cette nuit-là dans ce lieu de pouvoir.

Personne n'eut le temps de comprendre ce qui se passait. La panique s'empara de la population qui vivait à proximité. Des individus hurlaient dans les rues, fuyant la zone de danger, et les forces de l'ordre commençaient à se regrouper. L'inquiétude était palpable face à un ennemi inconnu avec une attaque aussi ciblée. Aucun doute pour la police, cela venait de l'intérieur. Les intervenants patientaient, attendant le moindre mouvement, ainsi que l'arrivée des militaires. Le silence était angoissant dans ce noir ; seules les lampes torches et certaines magies offraient de la lumière.

Puis, un message court et précis fut diffusé par la radio. La voix de Lilias retentit alors dans plusieurs langues :

« Vos dirigeants sont tombés. Soumettez-vous ou mourez. »

Chacun observa son voisin ; certains s'enfermèrent dans leur domicile tandis que d'autres rejoignirent des rassemblements spontanés dans les rues. La peur se lisait sur leur visage. Ils ignoraient ce qui se passait et ce qui risquait de leur arriver.

L'armée pénétra dans les villes. Les immortels étaient munis d'arcs et d'épées, et certains se dressaient sur des chevaux ; leur puissante aura faisait reculer le plus téméraire des mortels. Les ordres étaient de faire prisonnier les soumis et d'abattre les rebelles. Sous le coup de la surprise et de l'incompréhension, la population ne tenta rien, se contentant de se regrouper. Cependant, l'espèce humaine possédait un instinct de survie et un sixième sens incroyable en cas de menace.

Skryta'lian : T1 - ExtinctionWhere stories live. Discover now