Chapitre 21 : « Javert se tire d'affaire »

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Précédemment dans « Les Mizer Heroïks » :

Tout le monde semble s'être donné rendez-vous sur la chaussée parisienne. Alors que Gars Vif n'a pas encore été blessé à mort par la mitraille, l'agent spécial de la Sûreté Javert fait le pied de grue, place de la Sorbonne. Le dos plaqué à une porte cochère qui donne sur l'entrée principale de la célèbre université, il examine attentivement la gigantesque barricade, érigée par ce qu'il considère comme de la vermine : les étudiants...


Pour l'instant, tout est calme. Les Compagnies Royales de Sécurité ne sont pas encore déployées autour de cette fortification spontanée. Quant à Javert, il n'est plus face à la palissade rebelle, mais à l'intérieur. Le policier, en mission d'infiltration, s'est introduit incognito dans l'antre du mal. Pour la peine, il a dû se déguiser en civil innocent. Il a troqué son costume noir pour un blanc crème, son chapeau pour une casquette d'ouvrier. Il a même poussé le luxe du détail à se nouer un foulard rouge autour du cou. Le seul attribut qu'il a conservé est sa paire de lunettes noires.

Autant dire qu'il est méconnaissable. On le prendrait aisément pour un ouvrier, venu prêter main forte aux forces estudiantines. Malheureusement, sa couverture ne convainc pas les ultras, le noyau dur des rebelles. Il est vrai que Javert est la seule personne de plus de 30 ans dans cette foule bigarrée d'intellectuels excités. Ou est-ce la paire de lunettes rondes qui casse la couverture de cet espion envoyé par la préfecture ?...

En tous les cas, à peine quelques minutes après son arrivée, l'agent spécial se fait remarquer. Il est alors rapidement encerclé par des jeunes apprenants, armés de piques, de fronde et fusils. Le capitaine de police se dit qu'il a affaire à un troupeau d'amateurs qui pensent et parlent beaucoup mais n'agissent pas. Il tente le tout pour le tout : il sort son pistolet. Hélas, il a sous-estimé le degré de colère qui anime ces fils de bourgeois ruinés qui aspirent à un monde plus juste. L'agent spécial n'a pas le temps d'appuyer sur la détente qu'il se prend une pique dans la main droite, une balle dans le ventre, l'autre dans la cuisse, et une pierre qui brise sa clavicule !

Blessé, Javert lâche son arme avant de se plier en deux et se laisser glisser au sol.

— Vauriens, vous finirez à la potence !

— Comme votre langue est mal éduquée, flicard ! lui balance l'un des "Misérables".

— C'est vous, qui allez passer du monde de la lumière au royaume des ténèbres éternelles ! crie un autre, qui s'approche du policier et s'apprête à l'abattre d'un coup à bout portant.

— Attendez, on ne va pas châtier cet envoyé du mal ainsi. Il a droit à un traitement digne et républicain, s'indigne celui qui semble être le chef de la meute.

— On ne va quand même pas couronner un suppôt monarchiste pour s'être introduit dans notre tranchée, clame le révolutionnaire armé du fusil.

— Surtout que les Compagnies Royales de Sécurité vont bientôt surgir des entrailles de l'enfer. Ils ne vont pas attendre que nous ayons résolu cette épineuse question. Ils vont nous charger, comme la soldatesque satanique, précise l'autre.

— Non bien entendu. Je pense plutôt à une exécution digne et respectueuse du protocole : les mains liées et dos au mur.

— Oui. C'est une idée qui ne manque pas de panache, reconnaît l'étudiant amateur de poudre.

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