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Quatre jours.

Quatre jours que Jane et Orry avaient eu cette conversation. Quatre jours que les chiens avaient disparu. Quatre jours qu'il avait fallu libérer les chèvres et les poules de peur qu'elles se blessent. Quatre jours que tout était sens dessus dessous.

Mais personne ne voyait rien, trop occupé par un autre problème, beaucoup plus dangereux.

Ward allait revenir, dans un peu plus d'une semaine.

Alors la communauté se démenait, se préparait à se défendre, à se rebeller. Car il était hors de question de se laisser faire, il était hors de question de laisser ces hommes prendre ce qui ne leur appartenait pas, il était hors de question de se laisser maltraiter, salir, violenter sans au moins se battre.

Il ne leur restait que quelques jours devant eux. Seulement quelques jours pour s'aimer comme avant, pour vivre comme avant, pour rire, jouer, comme avant. Ou tout du moins, pour faire semblant.

La routine bien huilée qui s'était organisée ces dernières années était en apparence toujours d'actualité, au cas ou ils seraient observés, mais les maisons cachaient beaucoup de choses qu'on n'aurait jamais pensé y voir.

Le jour de la venue de Ward, certains membres de la communauté étaient descendus dans le sud de l'île, non loin des fosses communes découvertes quelques années plus tôt. Les maisons avaient été fouillées de fond en comble et des armes, beaucoup d'armes, avaient été trouvées. Miranda, qui faisait partie de l'expédition, n'en était pas revenu. Pour elle, et plusieurs autres personnes, c'était inimaginable de détenir ce genre d'arme dans sa maison. Des pistolets, des fusils et des munitions, tout ça dans des habitations de civils, à la portée d'enfants.

Et ces personnes avaient été assassinées sans s'en servir...

Mais ça ne leur arriverait pas. Eux, allaient les utiliser et se défendre. Ils mourraient, mais pas comme leurs prédécesseurs. Ils se battraient jusqu'au bout.

Alors après une journée en apparence normale, tous se retrouvaient chez les uns ou les autres et se mettaient en condition. Ils nettoyaient les armes, en apprenaient le fonctionnement comme ils pouvaient. Heureusement pour eux, il y avait des livres et ils avaient Anton, dont les connaissances s'étendaient toujours plus.

Ward aurait certainement ri en les voyant, en les écoutant, il les aurait trouvé ridicules et ne se serait pas soucié d'eux plus que cela. Mais au moins, ils étaient unis et prêts à se sacrifier pour les autres, et à mourir pour ne pas devenir esclaves.

Et c'était la plus grande force dont ils pouvaient faire preuve. Ward n'avait pas réussi à les séparer, à les désunir.

Jane était debout au milieu de la rue, le nez en l'air, elle scrutait le ciel. La nuit avait été courte, elle n'avait pas beaucoup dormi. Ils avaient passé leur soirée chez les Turner à parler et faire des plans. Elle avait beaucoup discuté avec Anton qui lui avait fait part d'une chose à laquelle elle n'avait pas pensé, mais qui lui semblait soudain si réelle.

Ce matin lorsque les lueurs du soleil l'avaient sortie de son sommeil, elle s'était extraite de son lit doucement pour ne pas réveiller Orry et s'était postée à sa fenêtre. Elle avait regardé dehors, mais n'avait rien vu, rien entendu. Elle s'était donc habillée afin de sortie, sans trop se coiffer, sans se préparer son thé habituel, sans vraiment faire attention à sa dégaine. La seule chose qu'elle avait eu conscience de faire, c'est de passer pas la chambre d'Espérance pour voir si tout allait bien.

Et à présent, elle regardait le ciel, vide et silencieux. Les oiseaux avaient eux aussi disparu.

Le ciel avait une couleur étrange et la chaleur était suffocante. Un vent léger se levait par instant, mais il était lui aussi porteur de cette chaleur insupportable. Comme si la communauté se trouvait au centre d'un immense brasier. Mais il n'y avait trace de flamme nulle part.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant