— Les poules ?

— Oui, Gabe est arrivé à la serre et elles piaillaient comme des folles, selon ses dires, en battant des ailes. Quand il a voulu rentrer dans le poulailler, elles l'ont presque attaqué.

— Les animaux deviennent fous, c'est...

— Bizarre ouais... mais bon, c'est le cadet de nos soucis.

— Je sais Malcolm, je sais.

Orry se passa la main sur le visage et tourna la tête vers les deux garçons toujours sur le banc.

— Ben va bien ?

— Il passe son temps là depuis hier, je crois qu'être avec sa famille est trop compliqué pour lui. Il a même dormi ici. C'est un chouette gosse, et mon fils est très attaché à lui alors... on le garde avec nous tant que c'est possible.

— Très bien, on se voit tout à l'heure ?

— Oui, chez John, avec tout ce qu'on a récupéré. On sera tous là.

Les deux hommes se serrèrent la main et Orry reprit son chemin vers le bâtiment commun. La vie semblait avoir repris son cours normalement, mais dans chaque regard on pouvait lire la peur de ce qui allait se passer d'ici quelques jours. S'il n'avait s'agit que de payer des impôts, sous quelque forme que ce soit, ça n'aurait pas été aussi difficile. La situation était tellement plus compliquée. Ward était un fou qui avait la gâchette beaucoup trop facile et il exigeait des choses qu'on ne pouvait supporter. De la violence à l'état pur.

Encore une fois, les personnes censées faire régner la loi et l'ordre se permettaient les pires crimes sans aucune crainte d'être inquiétées.

Orry passa devant la serre où travaillaient Miranda et Gabe, qui lui firent un signe. Il en profita pour leur demander s'ils avaient vu Jane, mais ils secouèrent la tête, en signe de négation. Il passa devant le poulailler où régnait un véritable chaos de plumes, ce qui l'aurait presque fait rire si, juste à côté, ne s'était pas trouvé l'enclos des chèvres qui donnaient des coups de tête à n'en plus finir, sur les barrières. Il regarda la scène avec des yeux écarquillés et observa quelques secondes Travis et Hélène Scott tenter en vain de les calmer. Hélène finit par sortir de l'enclos pour aller chercher de l'aide.

Ne pensant pas être vraiment à même de les aider le jeune homme continua d'avancer vers l'entrée de l'hôpital et se dirigea vers la grande salle commune. À une table, comme d'habitude, se trouvait Anton, en train de bricoler quelque chose qui ressemblait à une vieille radio. Toute une artillerie faite de petits ventilateurs, d'aimants et de tout un tas d'autres choses était éparpillée sur la table dans un bazar organisé que seul le vieil homme pouvait comprendre. Allister aurait pu, lui aussi. Orry secoua la tête pour se sortir cette idée et avança vers le doyen de la communauté.

— Bonjour Anton, dit-il doucement.

Le vieil homme releva la tête et regarda Orry quelques secondes — comme s'il avait besoin de temps pour réaliser qui se tenait devant lui — avant de se lever. Il fit deux pas et prit le jeune homme dans ses bras, l'étreignant le plus fort qu'il pouvait.

— Comment vas-tu ? murmura Orry, la gorge serrée.

— Je vais du mieux que je peux, j'essaie de bricoler, de me changer les idées. Et toi, mon garçon, comment vas-tu ?

— Ça va, merci Anton.

— Orry, je te connais, je sais que ça ne va pas si bien que tu veux me le faire croire. Rien n'est de ta faute. Tu as eu un courage incroyable de te montrer, de te tenir face à ce fou. Sans cela, nous serions certainement tous morts. Tu ne t'es pas caché, tu as affronté et pour ça, nous devrions tous te remercier.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant