Chapitre 22 - Partie 3 - Les plans d'Esther

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La porte, toujours condamnée par le sortilège d'isolation lancé par la magistre, ne se déverrouilla pas. L'Once attaqua. Esther, sur ses gardes, encaissa la charge en tressaillant. Le ressac des pensées du Chat était massif, brûlant et glacial à la fois. Le blizzard, grêle de plomb contre le mental d'acier de la jeune femme, assourdissait son esprit. Elle endurait. La première vague passée, elle endurait, sans confort, mais avec une fascination qui hérissa sa peau d'un frisson. Calmer les battements de son corps. Contempler l'ouragan en son cœur, dompter la peur.

Adélaïde sentit la porte contre la paume de ses mains. Elle chancelait. Elle trouva appuie contre le mur et se retourna, pour faire face à l'adversaire à qui elle adressa un sourire tendu. Le temps s'écoulait par saccade, elle comptait ses respirations, pour le mesurer.

« Je ne peux pas vraiment reprocher au fauve de montrer des dents, articula-t-elle avec calme. Mais vous vous donnez du mal pour rien. »

L'attaque redoubla. La grêle devint éclair. Des piques rapides et destructrices focalisées en un point, le plus apte à céder.

Esther lâcha un petit rire nerveux et croisa les bras, une protection instinctive, quoique dérisoire. Maintenir la défense, se concentrer, épaissir la membrane, s'imprégner du rythme, vibrer avec le ressac, l'accompagner, plier sans rompre. Ça tenait, ça tenait toujours. Elle évalua, à la fulgurance d'une pensée, le risque d'un contre.

L'Once, qui maintenant lui faisait face et la dominait de toute sa hauteur, arma son concentrateur, prête à faire feu. Esther ferma les yeux, s'affaissa plus encore contre la porte alors que, délibérément, elle encaissait une déferlante et accueillait l'esprit de l'adversaire en son sein. Isoler le brin d'idée, lui imposer sa vision. L'attaque cessa et l'Once, soudain aussi flexible qu'elle s'était montrée dure, se mêla au souvenir pour y assister.

« Cinq enveloppes, cinq serments, mais on ne sait pas qui garde le secret ? » souffla la voix d'Adélaïde.

En face d'elle, Giles acquiesça. Le majordome de la famille. Le vieux confident à qui elle confierait jusque sa vie, les yeux fermés.

« Les serments dépendront de moi, répondit-il de son timbre grave et rassurant.

— Et tu n'es pas sous serment, donc s'il m'arrive quoi que ce soit...

— Je diffuserai l'information. »

L'Once quitta immédiatement l'esprit d'Esther, indemne. La jeune femme reprit sa respiration et étira ses lèvres serrées d'un sourire satisfait. Un contre, à ce niveau... Ses yeux brillaient d'adrénaline. Elle s'aida du mur, dans son dos, pour se redresser, se relever au niveau de son adversaire qui la dévisageait, figée de rage ou de lassitude.

« J'ignore moi même qui me garde de votre secret », murmura-t-elle, encore étourdie.

Elle n'obtint pour réponse qu'un silence lourd de sens, poisseux du cul-sac dans lequel s'embourbait Amalia. Si elle tuait Esther, ce Giles éventrait sa couverture ; si elle la mettait hors d'état de nuire, en l'enfermant, par exemple, il parlerait également ; si elle parvenait à éliminer Giles, son garant ou Esther la balancerait ; et le ou les garants étaient inconnus. Insoluble.

Debout devant la jeune Cromwell, la magistre soupira et fit disparaître ses concentrateurs en s'écartant. Elle donnait l'impression de n'avoir fourni aucun effort malgré la puissance qu'elle venait de déployer. Elle retourna à son bureau avec une colère contenue par l'intérêt visible qu'elle portait à la mentaliste.

« Je trouverai comment m'en sortir. Je trouve toujours.

— Combien de temps auriez-vous tenu ainsi ?

— Et vous ?

— Trop peu de temps, si vous aviez attaqué au concentrateur. Sans cela, le temps nécessaire », sourit la jeune femme en fronçant le nez.

Elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille, souffla doucement et posa la main sur la poignée de la porte.

« J'allais attaquer physiquement et non avec mon esprit seul, avoua Amalia. Je suis meilleur mentaliste en défense qu'en attaque et vos barrières nécessitaient l'aide d'une persuasion plus violente. »

Amalia ponctua cette marque de reconnaissance d'un bref silence. Malgré l'impasse dans laquelle elle se trouvait, elle ne pouvait pas ignorer l'élégance de la manœuvre.

« Il est dommage, Mademoiselle Cromwell, que nous soyons dans des camps que tout oppose. Je trouve malheureux qu'un esprit aussi retors ne puisse profiter à la Fédération.

— De mon point de vue, il y profite, Madame Elfric. Et, puisque tout nous oppose, il est probable qu'un jour nous ayons l'occasion d'un échange inverse, conclut Esther en sortant. Madame la Magistre, merci de votre patience et de votre compréhension. Je vous souhaite une bonne fin de journée. »

Amalia attendit que la jeune femme disparaisse dans les couloirs du magistère avant de claquer la porte d'un sortilège lancé du bout des doigts. Elle frappa du poing sur la table. Elle tremblait.

L'identité de l'Once n'avait jamais été aussi exposée. Si elle ne pouvait pas tuer Esther, alors elle devait accélérer la mort de Fillip. Diaidrail et la chasse qu'elle allait être contrainte de lui donner ne suffisait pas à retarder ses plans.


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Et voila, un chapitre posté avec une journée de retard qui nous permet de vous fêter une bonne année 2019. Santé, prospérité et lectures extraordinaires sur vous !

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