4.Ezra

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J'suis dans le bus, le paysage défile derrière la vitre du bus et intérieurement je prie.
Pour que la route soit encombrée, qu'un incident ait lieu, qu'il tombe en panne. N'importe quoi pouvant me retarder ou m'empêcher d'avoir à rentrer. Mais je sais qu'il y a un jour où il faut assumer ses actes et savoir en répondre.

Je redoute le regard de ma grand-mère parce que je ne le connais que trop bien, c'est le même depuis des années ; un regard triste que je tente en vain de fuir et qui semble vouloir me suivre où que j'aille me réfugier. Je cours, je cours. Même sans m'essouffler il est plus fort que moi. Et ce regard est alourdi, car au fond je devine les reproches de son cœur. A chaque geste que je fais, à chaque pensée que je m'autorise, je revois son visage. La déception.La pitié.

Mais le bus file dans la ville, les feux de signalisations nous laissent passer, les voitures ne s'entassent pas dans l'agglomération ; et bien vite j'arrive à mon arrêt que je ne peux me résoudre à ignorer. Je suis tout de même tentée de faire un tour du quartier, d'aller dans le parc à quelques rues d'ici, mais une partie de moi est fatiguée, en a marre de constamment se défiler.

Alors je décide de puiser assez de force pour marcher jusqu'à mon immeuble. Après avoir pris une inspiration fictive, j'entre dans le hall d'entrée du bâtiment, monte les escaliers jusqu'au troisième étage.Une fois devant la porte, je pose la main sur la poignée. Déterminée, j'entre dans le hall d'entrée.Gand-mère est juste à côté, dans la cuisine. Aussitôt, je sens mon assurance flancher mais je la rattrape juste à temps, avant qu'elle ne rencontre le plancher. Tentant de prendre sur moi, j'opte pour une expression sereine qui m'aide quelque peu à me poser. M'empêchant de trop me presser afin de paraître naturelle, je pose mon sac au sol, enlève ma veste et mes chaussures. Puis, je rentre dans la cuisine et me dirige vers elle pour l'embrasser tout en évitant soigneusement de croiser malencontreusement son regard. Je m'apprête déjà à remonter dans ma chambre mais elle me coupe dans mon élan, alors que je m'apprêtais à passer l'encadrement de la porte de la salle :

- Le lycée a appelé.

- Je sais.

Je reste debout près de la porte de la cuisine, lui tournant le dos. Je n'ai aucune envie de me retourner et rien ne m'y forcera. Je ne le veux pas. Comme toutes les autres fois, j'essaye de me justifier, même si je sais d'avance que rien n'y fera :

- J'ai essayé de me concentrer sur le cours mais je n'y arrivais pas. Je te promets, mamie, j'ai essayé. Mais...

Je ne continue pas ma phrase, à court d'arguments avant même d'en avoir donné. Je suis lasse de promettre, je suis lasse d'avoir à m'expliquer, d'avoir à trouver une raison à mes agissements. Elle s'approche de moi et pose une main sur mon bras, comme pour m'inviter à tourner le visage de son côté. Mais je ne veux pas. J'ai un léger mouvement de l'épaule pour la faire me lâcher mais elle ne bouge pas. Elle aussi est déterminée et, cette fois, contrairement aux autres, elle ne semble pas prête à capituler si facilement :

- Je sais que tu as du mal avec ça ma chérie Mais un jour il faudra que tu réussisses à ...

Elle s'est arrêtée en percevant mon fronçemant de sourcil d'anticipation. Elle sait combien je hais le mot qu'elle s'apprêtait à prononcer, elle sait à quel point il me fait sortir de mes gonds. Je ferme les paupières, fort. Très fort. Comme si cette action pouvait me faire transporter loin de cette pièce maudite. Si j'avais pu me rendre sourde, je l'aurais fait. Je hais, je redoute, je voudrais l'achever, ce mot. Pourtant, malgré tout, elle continue. Peut-être n'aurait-elle pas du. Elle le savait :

- Il faudra que tu réussisses à oublier.

Elle le savait.

Mes poings se serrent. Le fameux mot vient d'être prononcé, et comme à chaque fois, il sonne comme une sentence. Carillonne à mes oreilles. Oublier. Mes yeux se rouvrent instantanément, tandis que j'inspire profondément l'oxygène m'entourant. Mes mains se crispent encore plus et les muscles de mes avant-bras se bandent. Baissant machinalement la tête, je me mords la lèvre. Je sens sa main se resserrer plus fort sur mon bras :

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant