3 - Avantage à gauche

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Ninon restée avec son Nico, Maeve et moi nous frayons un chemin vers la sortie de la caserne, courons jusqu'au métro, passons nos cartes Navigo sur les bornes et volons dans l'escalier en riant. Nous atterrissons tout juste sur le quai que le dernier métro de la nuit arrive.

— Je suis bonne pour dormir jusqu'à la semaine prochaine, soufflé-je. Heureusement qu'Audrey nous a donné le pont.

— Elle n'a pas plus envie de travailler que nous, se moque Maeve en se massant le crâne, les yeux fermés.

Les portes se ferment et la rame s'ébranle.

— Petula ? appelle quelqu'un.

Statistiquement parlant, il ne peut pas y avoir deux filles avec ce même prénom improbable dans une même rame, donc je me retourne.

— Intéressant, chuchote Maeve en voyant Marco approcher.

Il se tient à la barre verticale et me dévisage de ses yeux faits de péché.

— Tu pars sans me dire « au revoir », sans même me laisser ton numéro, se lamente-t-il avec une expression à faire fendre l'âme.

— C'était soit ça, soit la marche, rétorqué-je en haussant les épaules. On n'avait pas du tout envie de rentrer à pied.

— J'aurais pu te conduire. Vous conduire, rectifie-t-il en regardant Maeve.

— Rhô, Simon ! s'écrie-t-elle. On n'aurait pas eu besoin de courir comme si le diable était à nos trousses, du coup !

— Qu'est-ce que tu fais là si tu as une voiture ? demandé-je à Marco en faisant de mon mieux pour ignorer mon amie.

— Je ne peux pas te laisser partir sans que tu me donnes ton numéro, répond Marco.

Le métro s'arrête et il se rapproche de nous pour laisser passer un groupe d'amis légèrement éméchés et pas mal bruyants.

— Qu'est-ce que tu vas faire de mon numéro ? questionné-je encore.

J'ai beau être attirée par ce spécimen, je n'ai pas dit que j'étais facile à convaincre. Même si je suis plus que convaincue... Seigneur, j'ai vingt-six ans, j'ai passé l'âge d'avoir des tourbillons dans le ventre à cause de quelqu'un du sexe opposé.

Enfin, je crois... ?

— T'appeler, bien sûr ! s'écrie Marco.

— Où avais-je la tête ? joué-je. Tu te souviendras de moi demain, évidemment.

Les portes se referment. Il va devoir marcher un moment pour retrouver la caserne s'il ne descend pas bientôt.

— Comment je pourrais t'oublier ? fait-il. Tu es aussi unique que ton prénom.

— Avantage à gauche, souffle Maeve dans mon oreille.

Je lui donne un coup de coude pour qu'elle se taise. Et elle se dit mon amie. Je commence à dicter mon numéro ; Marco sursaute.

— Attends !

Il sort son portable et compose les premiers chiffres. Il peut compter sur à la traîtresse de Maeve pour qu'elle répète le reste. Contrairement à moi qui ne connais que mon propre numéro, Maeve connaît ceux de tout le monde. Lors d'une catastrophe naturelle où seule la ligne terrestre fonctionne, c'est elle qui a plus de chances de s'en sortir.

Quoique, si tout le monde n'a plus que des portables, elle est aussi fichue que nous.

— Je t'appelle dès demain, promet Marco.

— Ça ne te dérange pas si je ne retiens pas ma respiration en attendant, hein ?

Il me toise, un sourcil arqué au comble de la sensualité.

— Pas du tout.

La rame s'arrête à nouveau et il s'approche des portes.

— À très bientôt, mesdemoiselles, salue-t-il en me regardant droit dans les yeux.

— Jésus-Marie-Joseph, souffle Maeve alors qu'il descend et se retourne sur le quai pour nous regarder.

Il ne bouge pas tant que le métro ne repart pas. J'avale péniblement la salive et détourne le regard.

— Sans commentaires.

Zouk Love #wattys2019Where stories live. Discover now